Friday, May 17, 2013

Extraordinaire Kundalini ou énergie intérieure incolore ?



A New York, des universitaires rencontrèrent le philosophe védantin Jean Klein. L'un d'eux lui posa cette question :

J'ai relu Krishnamurti, que je considérais comme un psychologue très intéressant, attentif d'une manière permanente aux pièges de l'esprit. C'est admirable, mais cela ne mène en fin de compte nulle part. Il précise nettement dans le recueil de Saanen 63 qu'il est impossible d'atteindre la réalisation sans la prise de conscience d'une énergie intérieure extraordinaire. Il est dans ce sens, me semble-t-il, un peu tantrique. Pourriez-vous nous indiquer ce qu'est cette énergie dont nous devons prendre conscience ?

Réponse de Jean Klein :

Si l'on veut employer le mot énergie, nous devons désigner par ce terme l'énergie qui, en nous, est absolument incolore. Il n'y en a qu'une. Cette unique énergie, animée par le désir de trouver l'ultime vérité, est par erreur dirigée vers un monde objectif. Quand on réalise que cette erreur précisément consiste à surimposer à l'objet des qualifications qu'il n'a pas et que, même s'il lui arrive d'être un véhicule, il pointe seulement vers la conscience, sans effort et par l'effet de cette seule compréhension, l'énergie se dirige immédiatement vers quelque chose de totalement inconnu auparavant. Elle se dirige vers l'inconnu, puisque nous ne pouvons objectiver la réalité. Ce genre de question m'est souvent posé, et vous savez par analyse et par le discernement que notre véritable nature ne se situe pas dans un monde objectif en perpétuel changement, en continuelle transformation et qui, de surcroît, est un objet perçu. Si vous vous souvenez de votre enfance ou de votre adolescence, c'est que Celui qui connaissait ces différents états est toujours présent et identique à lui-même. Par conséquent, lorsqu'on réalise que ce que l'on cherche est le suprême sujet, toute l'énergie se trouve canalisée vers le Soi qui est un état de repos.

Nous avons alors entièrement lâché prise, ou si vous voulez une expression plus adéquate, l'objet nous a lâchés. C'est à ce moment que l'expérience se produit.

L'ultime réalité.


La Joie Sans Objet 
L'ultime réalité 
Sois ce que tu es 
suivi d'Entretiens Inédits 

Jean Klein (1912-1998) est un des plus grands maîtres spirituels du XXe siècle. Son enseignement, inspiré par la tradition indienne de l'Advaita-Vedânta, a largement contribué à ouvrir la sensibilité occidentale à la non-dualité et à l'éveil.

On ne saurait classer dans aucune catégorie en vigueur ces livres d'entretiens avec Jean Klein. La vision de l'être humain qui se fait jour à travers ses paroles provient d'une évidence : nous ne sommes que Conscience, qu'inaltérable Eveil. Nous sommes le Témoin de l'incessant mouvement des choses de ce monde, Témoin qui est soustrait au devenir, qui est étranger à l'Espace et au Temps, et qui ne connaît ni naissance ni mort. Il ne s'agit là nullement d'une croyance ou d'une foi mais d'une expérience, d'un vécu qui dépasse toute spéculation intellectuelle et qui nous reconduit à la liberté inconditionnée et à la joie pure de l'être.

Cet ouvrage est la réédition de trois livres d'entretiens de Jean Klein, depuis longtemps épuisés, augmentés de précieux dialogues inédits. Les mots de Jean Klein ont le pouvoir rare de nous éveiller à notre propre silence intérieur et à la lumière non-duelle de la conscience.


Cliquer sur la vignette pour feuilleter le livre


5 comments:

  1. Il y a quelques temps vous nous mettiez en garde sur la perte de l'ego, selon la théorie de Freud quant à son utilité dans la distinction du réel et de l’irréel, le bien du mal, etc ... Alors que des personnes telles que Krishnamurti décrivent une nécessité de ne plus être piégé par l'illusion d'un égo, "l’éveil" serait de vivre dans un état sans l'illusion d'avoir un égo. Mais dés lors, où se trouve la limite, la "vérité" entre ces deux discours opposés? Je vous lis avec beaucoup d’intérêt, vous m'avez mis en garde sur beaucoup de choses, mais j'avoue que je ne m'y retrouve pas bien sur ce point..

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  2. Comme le rappelle Thomas Cleary, l'ego (l'esprit conscient) « correspond à l'ensemble des données mentales, des sentiments, pensées et attitudes conditionnés par l'histoire personnelle et culturelle de chacun, et emprisonnés dans des formes spécifiques imposées par l'habitude ».

    « L'esprit originel représente l'essence même de l'esprit, sans forme particulière, inconditionnée, transcendant la culture et l'histoire. »

    « L'essence du taoïsme consiste à raffiner l'esprit conscient pour le « réunir » à l'esprit originel. Le bouddhisme chan appelle aussi l'esprit originel primordial « l'hôte » ou « le maître », l'esprit conscient conditionné étant « l'invité » ou « le serviteur ». L'ignorance causée par soi-même apparaît quand le serviteur prend la place du maître, l'éveil par soi-même se produisant lorsque le maître retrouve son autonomie, au « centre ». »

    Le but du chan/taoïsme n'est pas l'anéantissement de l'ego. L'ego est au service du « maître », l'esprit originel.

    De son côté, le dzogchen intègre la contemplation dans la vie quotidienne, c'est-à-dire combine la présence dans l'état primordial de l'esprit à toutes les activités du corps, de la parole, de l'esprit (de l'ego)... Dans des écoles non-dualistes, l'éveillé ne détruit pas l'ego. L'éveillé est simplement présent dans l'état primordial. Il est conscient de son identité essentielle.

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  3. Anonymous9:56 AM

    Merci de ses précisions, j'y vois plus clair. Dans cet optique, il n'y a donc théoriquement pas de danger de tomber dans un état psychotique ou autre? Car pour un yogi etc, son style de vie me semble propice à ce genre d’état, mais pour nous occidentaux qui subissons des pressions sociétales différentes, je me demandais si il en était de même.

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  4. L'équilibre mental :

    Cleary pense que l'enseignement de la fleur d'or (école chan/taoïste) offre aux thérapeutes des techniques intéressantes.
    http://bouddhanar.blogspot.fr/2013/05/le-secret-de-la-fleur-dor.html

    Les conditions de vie :

    Dans le cadre du dzogchen (un dzogchen épuré des pratiques tantriques), un environnement apaisant est parfois nécessaire au début afin de stabiliser la « pratique » contemplative. Mais cette voie s'accommode parfaitement du tumulte du monde, notamment grâce à la pratique de l'intégration. Tenzin Wangyal, dans son livre « Les prodiges de l'esprit naturel », explique comment intégrer la présence dans les actions.

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  5. Anonymous7:59 PM

    Et bien merci de ces précisions, ça va me faire de la lecture. :)

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