Thursday, September 11, 2014

La vision sans voile


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Le but ultime du yoga, « l'enstase sans semence », est atteint quand, « le dernier voile mental est écarté et le yogin demeure dans une vision sans voile, une pure sérénité. Il n'y a plus de graines ou germes de l'esprit entraînant la séparation avec la Réalité absolue, ultime, le Divin. C'est le parfait samâdhi, enstase ou illumination ; ce qui se passe peut être illustré par cette métaphore : une danseuse finit sa représentation pour un spectateur royal, après avoir satisfait le désir du maître souverain ; l'intellect, comme la danseuse, se sépare de l'âme (le maître royal), âme qui devient ce qu'elle est depuis toujours, par essence, libre et éternelle, le Purusha (le Mâle, la Conscience pure statique, la substance ultime de toute créature), non troublée par l'intellect (qui a fini sa danse) ; ou encore : « De même que la lune n'est pas rattachée à l'eau, dans laquelle cependant elle se reflète, de même la Conscience éternellement immuable est disjointe de la matière et de ses manifestations (dont les flux du mental), elle n'est pas troublée par elle » ; ainsi, le Soi se contemple lui-même, il ne se pense pas (l'intellect, bien que pont vers la connaissance, ne pouvant connaître que ce qui est phénoménal), puisque la pensée est elle-même une expérience, un phénomène, et donc appartient la Nature (Prakriti, la Femelle, la substance inconsciente éternellement active, la matière/énergie primordiale) ; la douleur, qui prend racine dans le mental, est donc niée comme telle, tout ce qui arrive n'appartient plus à la Conscience libérée : « Il n'est rien de plus sensible que la Prakriti ; dès qu'elle s'est dit : « Je suis reconnue », elle ne se montre plus aux regards de l'Âme » (Kârikâ, 61). C'est l'état du Délivré vivant (jivanmukta), libéré du Temps, du Devenir : le sage vit encore en ce monde dans son individualité, parce qu'il est comme la roue du potier qui continue à tourner à cause de la vitesse acquise (le karma/acte passé), bien que le pot (la Réalisation de l'âme) soit déjà achevé (Kârikâ, 67). A la mort effective du corps et de l'esprit de ce yogin réalisé, l'âme du Délivré vivant est enfin affranchie du cycle des réincarnations. »



Dino Castelbou

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