Friday, January 23, 2015

Survivre en France



Les catastrophes, les accidents, aujourd'hui les attentats, cela n'arrive pas qu'aux autres.

Soit on ne veut pas le savoir. Par angoisse, on préfère ne pas y penser. Mais si jamais cela arrive, le risque est grand de paniquer, de ne pas avoir les bonnes réactions, ce qui aggrave les conséquences de l'événement dramatique.

Soit parce que, comme le dit le proverbe, un être averti en vaut deux, on s'informe à froid afin de faire face s'il y a lieu. Une attitude responsable consiste à prendre connaissance de ces données afin d'avoir les bons réflexes en cas d'urgence. En effet, l'expérience prouve que la connaissance des mesures préventives et des conduites à tenir permet de limiter considérablement les blessures et les pertes humaines, tant sur le plan physique que sur celui du traumatisme psychologique, ainsi que les pertes matérielles. Ceux qui ont les bons réflexes ont le plus de chances de s'en sortir et d'aider les autres à s'en sortir.

C'est un devoir personnel vis-à-vis de nos proches, de nos enfants, que nous devons protéger, et à qui il faut apprendre à ne pas avoir peur de regarder les choses en face et à avoir ces bons réflexes. C'est aussi une question d'esprit civique et de sens de la solidarité, qualités essentielles pour bien réagir devant l'imprévu.

Certes, le sujet est angoissant. Mais on est finalement beaucoup moins inquiet quand on sait ce qu'il faut faire. [...] 



L'attentat

L'attentat est un acte criminel et illégal contre une personne ou un groupe de personnes, les droits, les biens, les sentiments collectifs lorsque ces derniers sont reconnus et protégés par la loi. Il est destiné à désorganiser ou déstabiliser une société ou à créer un véritable sentiment d'agression et de peur. [...]

Tout de suite après l'événement, le sujet est submergé par l'anxiété. Il revit en permanence les images qu'il vient de subir.

Les victimes n'arrivent pas à se rassurer. Sous le coup de la violence de ce qu'ils ont vu et vécu, les rescapés craignent, sans raison objective, que la catastrophe se reproduise – s'il s'agit d'un attentat, que les agresseurs frappent à nouveau – et gardent très souvent cette peur irrationnelle. C'est ainsi que certains se terrent dans des endroits où, pourtant, ils ne sont pas à l'abri. D'autres, au contraire, vont présenter des réactions agressives envers leurs proches, voire leurs sauveteurs.

On voit également, aussitôt après l'événement, des rescapés dénier en partie la réalité, isolément ou à plusieurs. Faisant comme s'il n'y avait pas de danger, ils demeurent dans les lieux à risque ou y reviennent, et ne consentent à s'en aller que par la contrainte. Pour certains, des barrières se lèvent qui les font se livrer à des activités répréhensibles, notamment au pillage.

Puis, rapidement, l'émotion prend le dessus. Les pleurs, la colère et la tristesse apparaissent. Ceux qui survivent se regroupent auprès des leaders qui vont se dégager parmi les personnes qui ont eu des réactions adaptées.

Ensuite, on voit les victimes se focaliser de manière plus ou moins rationnelle sur la désignation du ou des responsables.

C'est une façon de compenser qui doit permettre de rétablir un ordre social, mais qui peut aboutir à un autre désordre avec violences et lynchage d'un ou plusieurs boucs émissaires.

Dans les zones à distance de l'impact de la catastrophe, les rescapés sont plus nombreux et vivent sinistrés. Ils peuvent avoir des comportements désordonnés, des réactions de fuite et de panique. Plus à distance encore, ils se montrent souvent très angoissés devant un avenir incertain, alors les rumeurs vont bon train, d'où encore un risque de mouvements de panique. 



Les réactions après coup

Parallèlement à ces chocs émotionnels rapides, d'autres réactions peuvent quelquefois se manifester dans l'après-coup.

Ainsi, des personnes, apparemment calmes jusqu'alors, se mettent en colère sans raison, manifestent une agressivité physique et verbale, se montrent agitées, ou bien ont des crises de larmes, des tremblements, des suées. Certains adolescents peuvent adopter des conduites toxicomaniaques (prise d'alcool et de drogue) alors qu'ils s'en gardaient auparavant.

Les réactions névrotiques

Elles se différencient des réactions émotionnelles par le fait qu'elles durent dans le temps et que leur intensité est bien plus importante. Elles sont souvent inquiétantes et anxiogènes pour les victimes et doivent être rapidement contenues.


Les réactions névrotiques revêtent plusieurs aspects : 


Les troubles anxieux

Le sujet atteint a l'impression qu'il s'étouffe ; il a des palpitations, des douleurs dans la région thoracique, des tremblements, des spasmes musculaires. Par ailleurs, il est inquiet et a peur, mais sans savoir de quoi et il a besoin d'être rassuré. Ce trouble peut survenir par accès, à intervalles plus ou moins longs. Il peut entraîner, chez le sujet en proie à l'angoisse, des conduites d'agitation et d'agressivité dirigée contre soi-même ou envers autrui. 


Les troubles anxio-phobiques

La personne victime du choc psychique ne supporte pas – ne serait-ce que l'évocation – quoi que ce soit qui lui rappelle la catastrophe (vue de sang, bruits rappelant la situation de choc, odeur des cendres après un incendie, etc.). C'est tellement pénible à voir ou à entendre pour elle qu'elle peut manifester vivement cette souffrance par son comportement. De telles difficultés peuvent persister longtemps après l'événement.
 

Les troubles hystériques


Par son attitude, la victime montre de manière assez théâtrale qu'elle a besoin d'attirer l'attention et la sollicitude sur elle. 



La névrose traumatique

Toujours la conséquence d'un choc émotionnel – à ne pas confondre avec le choc physique qui entraîne, lui, la névrose post-traumatique –, d'une particulière gravité, dans des circonstances hors du commun, elle apparaît en général quelques jours après l'événement. La victime a le sentiment de revivre le traumatisme, de manière répétée et à chaque fois avec une très forte émotion. Comme si elle se repassait le film en boucle avec la même peur à chaque fois. Elle fait des cauchemars, a des idées obsédantes. Elle peut se montrer irritable, sans suite dans les idées, dépendante, recherchant la protection de son entourage, répétant inlassablement le récit des événements. Cela peut se prolonger plusieurs mois (ou plus). Une prise en charge spécialisée est nécessaire et efficace. 



La névrose post-traumatique


Elle est la conséquence directe et certaine d'un accident ayant entraîné une ou des blessures physiques (quelle que soit la localisation ou la gravité), contrairement à la névrose traumatique qui est la conséquence d'un choc psychique. Ses symptômes sont de l'anxiété, des angoisses, des phobies. Mais aussi des obsessions et des rituels, avec des revendications sans fin, une attitude hystérique, des troubles psychosomatiques, une modification du caractère, une fatigue sans raison, un manque de tonus et de goût pour les choses... 



Le complexe du survivant

Dans pratiquement toutes les expériences de catastrophes, pour la victime rescapée, s'ajoutent au traumatisme une culpabilité et une honte omniprésentes et importantes, irrationnelles bien sûr, en particulier lorsqu'il y a eu des morts. Les spécialistes nomment cet état "le complexe du survivant"· Dans ce cas, bien souvent, l'image de la mort envahit la victime. Elle considère que vivre n'est pas normal ; elle n'arrive pas à donner d'explication claire à sa survie qui lui apparaît comme étant imméritée. Elle a le sentiment que d'autres sont morts à sa place. Mais elle peut prendre appui sur cette culpabilité pour se reconstruire psychiquement.

Dr Yves Tyrode est l'auteur du « Manuel de survie face aux attentats et catastrophes naturelles ou industrielle ». 



"Manuel de survie face aux attentats et catastrophes naturelles ou industrielles" pdf gratuit :
http://www.pdfarchive.info/pdf/T/Ty/Tyrode_Yves_-_Manuel_de_survie.pdf

1 comment:

  1. L'enjeu de la lutte, pour les hommes véritables, sera bien souvent de survivre. Juste cela : survivre.

    Rejoindre les rangs des dominants fous n'est pas une option : on y gagne peut-être l'illusion enivrante d'une supériorité apparente, et à coup sûr des conditions de vie plus décentes ; mais on y perd son âme.

    Se résigner à végéter dans la masse des dominés est à peine moins déprimant. Au sein de cette masse opprimée et appauvrie, la violence sera de règle. Nos contemporains ont trop profondément intégré les logiques perverses de la société de consommation pour se convertir, du jour au lendemain, à une simplicité volontaire salvatrice.

    La survie se jouera presque certainement à l'écart, dans des refuges qu'il faudra savoir aménager et défendre. Survie matérielle, bien sûr. Mais survie psychologique et spirituelle aussi.


    http://bouddhanar.blogspot.fr/2012/09/survivalisme.html

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