Saturday, August 29, 2015

Géopolitique infernale, d'après l'œuvre de René Guénon



La géopolitique infernale de la contre-initiation est-elle à l'origine du Califat dévié de Daesh, du Saint-Empire contrefait et vindicatif de Poutine et de l'islamisme guerrier qui s'étend du delta du Niger au Soudan ?

L'origine de la contre-initiation

« [...] ce qui permet que les choses puissent aller jusqu’à un tel point, c’est que la “ contre-initiation ”, il faut bien le dire, ne peut pas être assimilée à une invention purement humaine, qui ne se distinguerait en rien, par sa nature, de la “pseudo-initiation” pure et simple ; à la vérité, elle est bien plus que cela, et, pour l’être effectivement, il faut nécessairement que, d’une certaine façon, et quant à son origine même, elle procède de la source unique à laquelle se rattache toute initiation, et aussi, plus généralement, tout ce qui manifeste dans notre monde un élément “non humain”, mais elle en procède par une dégénérescence allant jusqu’à son degré le plus extrême, c’est-à-dire jusqu’à ce “renversement” qui constitue le “satanisme” proprement
dit [...] ». (Guénon)

Si cette contre-initiation revêt sous un certain aspect le caractère « providentiel » que nous savons, en accélérant la dissolution d’un monde, et donc d’une illusion, le règne éphémère de la contre-tradition, but ultime de son action dans l’Histoire, n’en sera pas moins redoutable pour les êtres qui traversent ce monde. C’est pourquoi Guénon mit en garde contre les dangers inhérents à la « Grande Parodie » dont il prophétisa l’imminence. [...]

Si l’on récapitule toutes les données que nous a fournies à ce sujet le « Témoin de la Tradition », on peut retracer schématiquement la « filiation » suivante : selon lui, la première manifestation de la contre-initiation doit être recherchée dans la perversion d’une civilisation ayant appartenu à un continent disparu. Or, il nous invite aussitôt à nous reporter au chapitre VI de la Genèse, qui écrit effectivement la déchéance de certains anges, les fameux « Veilleurs » du « Livre d’Hénoch », qui apportent aux hommes des secrets d’ordre inférieur, relatifs, selon toute vraisemblance, au monde intermédiaire.

Furent-ils de ces anges du Pardes, qui, selon la Kabbale, « ravagèrent le jardin » et « coupèrent les racines des plantes » ? Il est loisible de le penser, puisque selon le symbolisme inversé de l’Arbre du Monde, les racines sont en haut, dans le Principe, et que les couper (d’une façon tout illusoire bien sûr) revient à invoquer les anges en question non plus comme les intermédiaires célestes ou les attributs divins qu’ils sont en réalité, mais comme des puissances indépendantes, « associées » dès lors à la Puissance divine (ce qui constitue en Islam le crime du shirk) et non plus dérivées de celle-ci :

« On pourrait dire, et peu importe que ce soit littéralement ou symboliquement, que, dans ces conditions, celui qui croit faire appel à un ange risque fort de voir au contraire un démon apparaître devant lui. »

C’est là l’archétype de cette dégénérescence de la théurgie en vulgaire magie, et, à l’échelle d’une tradition, de cette déviation, par retrait de l’Esprit, qui ne laisse finalement subsister qu’un cadavre psychique – comme ce fut le cas en Égypte.

Quoi qu’il en soit, et toujours selon la Genèse, c’est la corruption issue de cette chute des anges qui provoqua le déluge. Comme Guénon nous dit encore que le déluge biblique doit être très vraisemblablement assimilé au cataclysme qui engloutit l’Atlantide, la conclusion s’impose : les crimes des géants nés du péché des « anges déchus » réfèrent à la corruption de la tradition atlantéenne – prenant la forme d’une révolte des kshatriyas – et c’est donc bien à ce moment que s’incarna la force centrifuge dès lors connue comme la « contre-initiation ».

Le dieu à tête d'âne

Cette révolte « nemrodienne » de la caste guerrière contre l’autorité spirituelle, ajoute Guénon, est inspirée par Set, qui fut en Egypte, entre autres, le « dieu à la tête d’âne », et qui, sous la forme de l’âne rouge :

« était représenté comme une des entités les plus redoutables parmi toutes celles que devait rencontrer le mort au cours de son voyage d’outre-tombe, ou, ce qui ésotériquement revient au même, l’initié au cours de ses épreuves ; ne serait-ce pas là, plus encore que l’hippopotame, la “ bête écarlate ” de l’Apocalypse ?

[...] En tout cas, un des aspects les plus ténébreux des mystères “ typhoniens ” était le culte du dieu à la tête d’âne, auquel on sait que les premiers chrétiens furent parfois accusés faussement de se rattacher [...] nous avons quelques raisons de penser que, sous une forme ou sous une autre, il s’est continué jusqu’à nos jours, et certains affirment même qu’il doit durer jusqu’à la fin du cycle actuel. »

Cette part obscure de l’héritage atlantéen échut d’autant plus facilement à l’Égypte que, selon Guénon, la tradition égyptienne avait vraisemblablement servi d’intermédiaire entre l’Atlantide et la tradition hébraïque, dont la base était précisément le cycle atlantéen.

L'Europe et les « tours du diable » 

Passant de l’« histoire » à la « géographie », la connaissance directe, discrètement évoquée par Guénon, des mystères typhoniens, lui permit de dresser une carte assez étonnante des centres contre-initiatiques, qu’il confia à un correspondant le 25 mars 1937. Il faut auparavant préciser que les « tours » dont il est question ne sont autres que les « tours du diable », telles que les décrivit W. B. Seabrook, c’est-à-dire des centres de projection des influences sataniques à travers le monde.

« Celles-ci (les “tours”) semblent plutôt disposées suivant une sorte d’arc de cercle entourant l’Europe à une certaine distance : une dans la région du Niger, d’où l’on disait déjà, au temps de l’Égypte ancienne, que venaient les sorciers les plus redoutables ; une au Soudan, dans une région montagneuse habitée par une population “ lycanthrope ” d’environ 20 000 individus (je connais ici des témoins oculaires de la chose) ; deux en Asie Mineure, l’une en Syrie et l’autre en Mésopotamie ; puis une du côté du Turkestan […] ; il devrait donc y en avoir encore deux plus au nord, vers l’Oural ou la partie occidentale de la Sibérie, mais je dois dire que, jusqu’ici, je n’arrive pas à les situer exactement. » (Guénon)

Grâce à des éléments en provenance d’une autre source, nous pouvons compléter en partie ces indications. L’un au moins des deux « maillons manquants » de la chaîne contre-initiatique enserrant l’Europe – et qui réfèrent évidemment au chamanisme ouralo-sibérien – doit être localisé dans la région du fleuve Ob, forme géographique constituant pour certains « démons » un support d’activité permanent. Par une curieuse « coïncidence » Gaston Georgel y situe le « pôle d’évolution » de l’Eurasie, centre originel de la race indo-européenne avant sa “ descente ” cyclique vers les pays méridionaux ». Cette « Terre des Vivants » à l’origine fertile et peuplée, devenue une « Terre des Morts » glaciale et déserte, offre un nouvel exemple d’un centre relevant de la géographie sacrée, mais qui ne subsiste plus qu’à l’état résiduel et maléfique.

Ce n’est pas le lieu, ici, d’insister sur la parfaite continuité qui unit, dans l’arc de cercle emprisonnant l’Europe, les « tours du diable » situées en terre d’Islam et les centres « bolchevisés ». Libre à chacun d’en tirer certaines conclusions, relativement aux déviations du « Khalifat », parallèles à la corruption de l’idée du Saint-Empire, dont Moscou, la Troisième Rome des pan-slavistes, incarne partiellement l’héritage. Ces deux contrefaçons – orientale et occidentale – de l’Imperium pérenne, doivent être selon Guénon « l’expression de la “ contre-tradition ” dans l’ordre social ; et c’est aussi pourquoi l’Antéchrist doit apparaître comme ce que nous pouvons appeler, suivant le langage de la tradition hindoue, un Chakravartî (ou “monarque universel”) à rebours ».

Jean Robin, « Le problème du mal dans l’œuvre de René Guénon » (extraits), « René Guénon », Cahiers de l'Herne, 1985.




1 comment:

  1. Anonymous6:19 AM

    "Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables !"
    "Qui juge sera jugé".

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