Tuesday, September 06, 2016

Illusions tibétaines & visions de thögal



Sogyal, le fondateur des centres Rigpa, fait souvent l'éloge de thögal (les techniques tibétaines de contemplation de la lumière solaire et des photescences nocturnes, parfois produites par des troubles ophtalmiques).

Comme la plupart des fondateurs de sectes, le gourou de Rigpa est un habile bonimenteur. « Thögal, écrit-il dans « 
Le livre tibétain de la vie et de la mort », permet au pratiquant d’actualiser en lui-même tous les aspects de l’éveil en l’espace d’une seule vie. Thögal est, par conséquent, considéré comme la méthode unique et extraordinaire du Dzogchen. » (Le Dzogchen est l'enseignement ultime de la secte tibétaine des nyingmapa.)

L'assertion du gourou Sogyal est en contradiction avec d’authentiques connaissances spirituelles fondées sur une compréhension plus subtile des photismes colorés. En réalité, thögal n’est ni une méthode unique ni une voie sûre. Les techniques de thögal pourraient provenir d’une résurgence dégénérée de l’antique sagesse iranienne et de l’épiphanie de la lumière des mazdéens. Les lamas tibétains de Menri, un monastère bonpö situé en Inde, ne cachent pas que le dzogchen et l'enseignement du Yungdrung bön se rattachent à l’ancienne Perse (Tazig).

En Asie centrale, après l'islamisation, survivait discrètement l’héritage de Zoroastre. Le maître soufi Najmoddîn Kubrâ a laissé une description détaillée des expériences de lumières. Dans son livre, «
 L'homme de lumière dans le soufisme iranien », Henry Corbin rappelle l'enseignement de ce maître.

Dans une étude préliminaire du traité de soufisme de Nuruddin Isfarâyini, « 
Le révélateur des mystères », Hermann Landolt écrit :

« La voie mystique est barrée par les "70 000 voiles de lumière et de ténèbres" ; il faut les dépasser tous, sans se laisser détourner par aucun. En citant ici cette célèbre tradition, dont l’explication sera le propos de notre texte principal, Isfarâyini semble faire allusion en particulier au spectre entier des expériences visionnaires qui peuvent se présenter dans la voie mystique. En d’autres termes, c’est un avertissement de ne pas surestimer l’importance de ces expériences, et surtout de ne pas les confondre avec le but de la quête mystique. Remarquons ici que Kubrâ lui-même, qui avait pourtant un goût très vif pour ce genre d’expériences, avait déjà lancé un appel semblable à la prudence. En effet, si ces « indices » et « signes » sont des « guides » pour celui qui cherche la voie, disait-il, ils deviennent un « voile » lorsqu’on a reconnu le But, et sont un « ennemi pour les amis de Dieu ». C’est que Dieu est caché par un voile de lumière et de ténèbres tant sur le plan du monde sensible que sur celui du monde supra-sensible (monde du Mystère, « âlam al-ghayb ») ; et bien que la lumière et les ténèbres du monde supra-sensible soient, par rapport à la lumière et les ténèbres du monde sensible, ce que la « signification » (ma’nâ) est par rapport au « nom » (ism), Dieu lui-même (ou l’Absolu, Huwa) est « la Signification des significations, l’Esprit des esprits, le Cœur des cœur ».


Les disciple du gourou tibétain Sogyal s’extasient facilement devant la moindre particule lumineuse, nommée « thiglé », croyant y percevoir la dimension ultime, le dharmakaya ; alors que le maître chinois Nan Huai-chin admoneste ses disciples qui ont des visions de particules lumineuses (cela peut arriver quand les canaux de souffle sont vraiment débloqués). Il leur dit sans détour : « N’allez pas croire pour autant que cet espace lumineux est le royaume de la grande lumière, vous en êtes encore loin ! C’est une lumière formelle ».


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