Sunday, November 27, 2016

L'Inestimable

Nouvelle de Sagamoni



Kunga Töndrup Rinpoché, alias l’Inestimable, est connu pour la méthode de méditation qu’il a mise au point il y a de nombreuses années. C’est vrai que cette méthode est particulièrement efficace : il suffit de s’endormir avec le CD en marche, après avoir longuement répandu de l’encens à travers toute la pièce, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Comme c’est soporifique, l’effet est d’emblée atteint. Vous êtes complètement liquéfié. La récitation des mantras par le maître alterne avec plusieurs échantillons de musique sacrée, tout spécialement conçus pour s’harmoniser naturellement à la respiration du cerveau droit.

Le cerveau droit, comme chacun sait, fonctionne suivant un rythme particulier (pour les connaisseurs instruits : noire, deux croches, noire, noire, triolet, noire, et ainsi de suite), tandis que le gauche, pour des raisons encore non éclaircies à ce jour, bat le rythme simple de la ronde avec point d’orgue (autrement dit, toujours pour les connaisseurs instruits : il est absolument immobile, comme le bourdon rendant son dernier souffle – ce qui est absolument incompréhensible aux dires des scientifiques).

Le point crucial de la méthode tient au fait que la ré-harmonisation des cerveaux droit et gauche engendre un équilibre parfait au niveau du plexus solaire. Ce dernier, régi par l’alliance des deux cerveaux, ne peut jouer son rôle d’équilibreur neuro-hormonal que si le cerveau droit et le cerveau gauche sont parfaitement harmonisés sur une tonalité de si bémol majeur, d’où l’intérêt vous l’aurez compris d’écouter le CD au moment de s’endormir (moment idéal pour agir au niveau du plexus solaire, qui comme son nom l’indique s’éteint lorsqu’il fait noir).

L’équilibre harmonieux et pacifique résultant d’une activité optimisée du plexus solaire se répercute à son tour dans tout l’organisme et garantit la pleine santé des corps physique, mental et astral. Car si la musique agit au niveau du cerveau, les mantras agissent quant à eux au niveau du corps astral. Pour ce qui est du mental, il est bien entendu inutile de s’en soucier, puisque selon "l’Art de la guerre" de Sun Tzu, il est toujours vain d’attaquer son ennemi. Bref, une fois que vous vous endormez, vous vous réveillez. Sauf que cette fois-ci, le CD aura agi toute la nuit à votre insu sans que vous n’ayez à fournir le moindre effort. Vous pourrez alors commencer la pratique du manuel, qui s’attache à organiser l’ensemble de votre journée.

Ceci fera l’objet d’un autre « Que faire de sa vie grâce à l’Inestimable? ». Pour l’heure, sachez déjà que le manuel-CD créé en 1987 par Kunga Töndrup Rinpoché et les grands savants de l’Université du Savoir-Bonheur, « Vie et Santé Réussies avec Kunga Rinpoché, manuel de rééquilibration cerveaux-plexus », est un véhicule de base indispensable à toute personne sérieusement intéressée par son progrès spirituel sur la Voie du Grand Chemin.



Dr Aboul-Prêtou et Dr Dominique Lecouard, psychothérapeutes associés, auteurs de "Plexus solaire, arrêtons le massacre". 



« Méditez ! La sagesse tibétaine enfin accessible grâce à la méthode authentique de Kunga Töndrup Rinpoché, le Grand Inestimable » (sic).

Pour la création artistique : « Depuis que je suis devenu redevable d’avoir trouvé la paix grâce à l’Inestimable, même s’il est vrai qu’encore et toujours je trime, j’ai néanmoins le bonheur de ne plus parler qu’en rimes. C’est dire que si vous êtes artiste et dédaignez la prose, un petit réglage hormono-plexique s’impose » (un fidèle utilisateur de la méthode).

Contre la frigidité : « Avant d’avoir été mise sur la route de l’Inestimable, je vivais un véritable enfer avec mon petit-ami. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais disons que depuis que j’écoute le CD « Vie et Santé Réussies avec l’Inestimable », je peux faire l’amour sans penser à mon grand-père. Je suis même allée acheter des sex toys dans une boutique de Pigalle » (Amélia, 26 ans, maître-nageur).

Pour la vie de famille : « C’est un véritable miracle ! Après trois semaines d’utilisation du manuel-CD de l’Inestimable, je suis allé rendre visite de moi-même et sans contrainte à ma belle-mère, qui habite pourtant une petite ville paumée du Nord de la France. Je lui ai offert une boîte de chocolats belges et nous avons fait au moins trois parties de Scrabble. Tandis que je rentrais le soir à la maison, tout content dans ma voiture et chantant même à tue-tête, ma femme m’a appelé sur mon portable pour me demander où j’étais passé et si je n’étais pas allé voir une certaine fille, une collègue de bureau prénommée Camille, etc., etc. J’avais oublié de la prévenir... Quand je suis arrivé à la maison, elle demandait le divorce et n’a pas voulu croire un seul instant que j’étais allé voir sa mère. Celle-ci n’a jamais confirmé, exprès. Ce jour-là, grâce à l’Inestimable, j’ai enfin compris que cette femme et cette belle-mère n’étaient pas du tout faites pour moi, et je m’en porte pour le mieux » (André, 45 ans, informaticien).

Pour la réussite professionnelle : « Après le bac, et ce malgré ma mention très bien, convocation spéciale du proviseur, œuvres complètes de Balzac en cadeau et tout, je ne savais pas quoi faire de ma vie. J’ai beaucoup cherché et puis finalement j’ai rencontré l’Inestimable par hasard, grâce à une amie. Je suis allée à deux conférences, et j’ai tout de suite mis en pratique la méthode, CD la nuit, manuel le jour. Mes parents étaient d’ailleurs très contents, car ce n’était pas trop cher malgré tous les résultats tangibles qu’on pouvait en tirer en six mois maximum (528, 90 euros seulement). Figurez-vous qu’en un mois, un mois et demie, je tombe par hasard (mais comme dirait l’Inestimable, on n’a que les hasards que l’on se donne) sur une annonce ainsi tournée : « cherchons jeunes-filles 18-25 ans, grandes, blondes, yeux bleus, 58 kilos maximum, sachant se maquiller avec goût et aimant porter mini-jupes de cuir, mais prêtes à revêtir de longues robes noires avec capuche à l’extérieur, pour servir comme répétitrices de français à émir du Qatar désireux d’apprendre pour culture générale. Logées, nourries, blanchies. Sœurs jumelles volontiers acceptées ». J’ai fait ni une ni deux je me suis dit que si je tombais sur une proposition pareille à dimensions internationales avec juste le bac en poche et sans aucune expérience, c’était grâce au processus d’harmonisation cerveaux-plexus mis au point par l’Inestimable et les savants de l’Université Sagesse-Bonheur. J’ai envoyé ma photo et ils m’ont prise tout de suite, malgré mon manque d’expérience. Quelle chance ! Je prends l’avion lundi prochain » (Elodie, 18 ans et demie, bac en poche).

Pour recouvrer la santé : « On a découvert mon cancer le jour de mes cinquante ans. Je vous raconte pas le choc que ça a été. J’avais déjà perdu mes trois enfants dans un accident de voiture l’année précédente – c’était peut-être un choc émotionnel consécutif, ce cancer... En tout cas, ma femme, qui est atteinte de la maladie d’Alzheimer, a cru qu’il s’agissait du voisin. Mais c’est bien moi qui avais le cancer. Un dimanche matin, j’ai allumé la télé. Il y avait une émission spirituelle où l’on parlait d’un certain l’Inestimable, un nom que je n’avais jamais entendu ni d’Eve ni d’Adam, vous pouvez demander à ma femme, elle vous confirmera mes dires. Toujours est-il que cet Inestimable, je le vis, je rougis et pâlis à sa vue, à cause d’une auréole rosée qui l’entourait et qu’on appelle « aura ». Ils ont expliqué dans l’émission que ce phénomène lumineux s’expliquait très rationnellement par sa réalisation psy-rituelle, qui fait sortir de lui comme une espèce de néon rose que j’ai bien vu de mes yeux vu. Eh bien je vous le donne en mille : depuis ce jour-là, grâce au néon, sans même avoir eu besoin d’appliquer la méthode, je me suis retrouvé du jour au lendemain tout à fait guéri de mon cancer. Je le savais intérieurement, par intuition karmique. J’ai annoncé à mon médecin que j’arrêtais le traitement. Je suis enfin libre des illusions de la médecine ! » (M. Potruche, 53 ans, retraité de l’Education Nationale).


« Petite histoire du bouddhisme en France », Religio-Conso.

C’est en 1991 que les recherches sur les effets de la méditation ont débuté, sous l’égide du biologiste français devenu moine bouddhiste, Marc Pernod – mieux connu dans les milieux new age sous le titre d’« Illustre Expert ». Nous ne reviendrons pas ici sur la mirifique carrière de l’éminent scientifique, déjà bien connue du grand public grâce aux innombrables articles que lui consacrent régulièrement Psychothérapie Magazine et Madame Beauté. Retenons simplement son idée révolutionnaire, à l’origine de la fondation de l’Université Sagesse-Bonheur : mettre scientifiquement en évidence la supériorité spirituelle des Tibétains en observant l’activité de leur cerveau et en la comparant à celle d’Occidentaux ordinaires, pour la plupart chrétiens ou athées. Les premiers résultats, tout à fait stupéfiants, faisaient état, sans l’ombre d’un doute possible, d’une amélioration notoire de ce que les chercheurs ont rapidement appelé, par commodité de langage, « la symphonie de l’esprit », à mesure que les Occidentaux se mettaient à pratiquer la méditation. Plus ils passaient de temps assis sur un coussin, plus se développaient chez eux la sagesse, le bonheur et la compassion. L’altruisme surtout voyait sa courbe s’élever de manière spectaculaire : lorsque les sujets s’enfermaient seuls durant de longues journées, elle atteignait des pics himalayens. Forts de ces premières constatations, les chercheurs de l’Université Sagesse-Bonheur – sponsorisée par un célèbre acteur américain ami du Dalaï Lama dont nous tairons le nom – ont décidé de passer à l’étape supérieure de leur programme : livrer aux Occidentaux matérialistes les clés définitives de l’équilibration neuronale. Pour cela, il s’agissait de faire appel à un lama réputé, issu des plus hautes lignées tibétaines. C’est ainsi que l’Inestimable fut approché – avec la révérence qu’il se doit – par les savants de l’USB.


L’Inestimable est arrivé à Londres au début des années 1970. D’après ses plus anciens disciples, il aurait été découvert par la célèbre voyageuse russe Olga Mizuroff, ancienne actrice à la réputation sulfureuse, convertie au bouddhisme pendant le long voyage qu’elle effectua en Inde, en 1968, avec quelques amis hippies. C’est au Népal qu’elle rencontra l’Inestimable, qui venait de terminer une retraite de plusieurs mois dans un monastère dirigé par son maître, un proche discret mais influent du Dalaï Lama. L’Inestimable se sentait dans l’obligation morale de rétablir la situation financière et le prestige social de sa famille, monument d’aristocratie ruiné par l’occupation chinoise. Comme il avait été reconnu tülku – lama réincarné considéré comme un bouddha –, il avait largement les qualités requises pour devenir l’abbé d’un grand monastère. Il tirerait des dividendes réguliers de ses nombreux domaines et obtiendrait, en échange de quelques bénédictions, des dons substantiels de la part de ses ouailles. La destruction des monastères au Tibet était certes dramatiques, mais elle offrait également de nouvelles opportunités de carrière aux lamas exilés, notamment en Occident, où le confort de vie, disait-on, était insurpassable. L’Inestimable, encore peu au fait des règles du commerce international, comprit immédiatement qu’il y avait là un marché à prendre : il irait se construire un nouveau domaine en Europe et offrirait à sa famille et à lui-même le luxe qu’ils méritaient. Olga Mizuroff, que la vision de ce grand maître enflammait, lui obtint rapidement un visa pour l’Angleterre, faisant valoir sa qualité de réfugié et les services spirituels que ce grand sage rendrait à la nation, alors en proie à la déliquescence morale et aux ravages psychiques infligés par la fausse secte des Hare Krishna. Il vint à Londres, ouvrit un centre de méditation, fréquenta assidûment la société des intellectuels et des artistes et acquit, en l’espace de quelques années, une telle stature que le Dalaï Lama lui-même ne fut pas loin d’en prendre ombrage. La consécration suprême survint lorsque les neuroscientifiques de l’USB passèrent commande auprès de lui d’une méthode de rééquilibration neuronale, dans la plus pure tradition tibétaine. Les hommes et les femmes du monde moderne, que le confort matériel enfonçait chaque jour un peu plus dans la misère psychologique, se l’arrachèrent comme des petits pains. Ce faisant, ils permirent au lama de s’offrir plusieurs villas dans le monde entier, entre lesquelles il partage désormais sa vie. Ces concessions au matérialisme occidental n’endommagèrent en rien la toute-puissance de sa sagesse, en raison de la configuration harmonique naturelle de son cerveau. Aussi put-il en profiter pleinement.

Jean-Pierre Reichmann, traducteur français de l’Inestimable et auteur de "Bouddhiste dans la vraie vie : tirer parti de l’illusion quotidienne".


Témoignages plus circonspects, sur le site franco-américain Buddha don’t fool me :

Je ne crois pas que la méthode proposée par cet Inestimable soit vraiment très sérieuse… Et cette pseudo-université financée par Richard Gere, qui utilise les moines tibétains comme rats de laboratoire pour tester les effets de la méditation sur le cerveau humain me paraît tout de même assez louche… pour ne pas dire dangereuse. Si ça c’est pas du racisme, qu’est-ce que c’est donc alors ? Pourquoi les Tibétains seraient-ils une race spirituellement supérieure ? C’est absurde. En outre, la moralité de ce Kunga Töndrup semble laisser à désirer. Une amie anorexique m’a raconté qu’elle était allée le voir à l’issue d’une conférence publique. Elle était au plus bas et voulait obtenir une bénédiction de sa part. Elle pratiquait le manuel-CD depuis plusieurs mois, sans aucun effet. Son moral fondait aussi vite que ses muscles. Arrivée après plusieurs longues minutes d’attente devant son trône, elle lui expose timidement sa requête et l’autre lui éclate de rire au nez, disant qu’il ne pouvait rien faire pour elle, qu’elle n’avait qu’à manger. Il lui a fait apporter un plat de riz aux lentilles. Qu’elle a refusé bien sûr. Il est certes possible d’interpréter ce geste comme une incompréhension d’ordre culturel : pour les Tibétains, qui ne vivent pas dans l’abondance, quand on a faim, on mange. Ce n’est pas plus compliqué. Mais pour quelqu’un qui dit connaître la mentalité occidentale, qui dit vouloir apporter le réconfort en tant que bodhisattva, ce n’est franchement pas très responsable. Une autre fois, il y a eu une femme dépressive qui a parlé en public de la mort de son chat, qui venait de se faire écraser. Il s’est aussitôt moqué d’elle, l’humiliant devant tout le monde. Ce n’est tout de même pas ce qu’on attend d’un maître spirituel, vous en conviendrez avec moi. (Anonyme)

Tout cela n’est qu’une entreprise de conquête du pouvoir mondial ! Ne vous laissez pas abuser par l’air doucereux de ces lamas tibétains ! Ils sont là pour vous sucer votre énergie vitale au moyen de rituels compliqués dans lesquels eux-mêmes figurent au centre, telles des divinités cosmiques. Toutes les prières et les dévotions que vous leur adressez vous vident complètement de votre force psychique. Le tantrisme, ce n’est pas pour tout le monde : nombreux sont ceux qui pètent les plombs. Et la propagation internationale de tous leurs grands rituels… Avez-vous jamais réalisé que l’initiation de Kalachakra se répandait à travers le monde, et plus particulièrement dans les grandes capitales du monde civilisé… comme s’ils voulaient absorber le mental d’un maximum de personnes… avez-vous noté que quelques semaines plus tard, comme par hasard, des évènements catastrophiques avaient lieu ? C’était le cas à New York à l’automne 2001, par exemple (…). Signé : les Tritempi, auteurs de "La face diabolique du Dalaï Lama".

Je suis d’accord avec tout ce qui vient d’être dit. Il faut savoir que le bouddhisme tibétain, j’entends par là les rituels tantriques que l’on pratique lors de retraites fermées, sont de pures entreprises de vampirisation. Vous croyez y aller pour apprendre à méditer, faire le calme à l’intérieur et toutes ces foutaises pour bobos, mais tout ce que vous faites en réalité, c’est de vous faire pomper votre énergie par un gourou malsain et assoiffé de force vitale.

Je m’explique : j’ai fait une retraite au centre de Kunga Töndrup Rinpoché en 20…, c’était dans un très bel endroit, à la campagne, dans une région tenue secrète, dont tout ce que je puisse dire est qu’elle est située au bord de la mer et spécialisée dans un célèbre alcool de poire. En arrivant là-bas, on nous a dit de former des groupes selon les niveaux : j’étais plutôt débutant, c’est vrai, mais j’avais déjà appliqué le manuel pendant presque cinq ans. Je n’étais donc pas tout à fait « nouveau », même si je n’avais jamais fait de retraite. Mais ils m’ont quand même collé dans le groupe « nouveaux ». Sur le coup je me suis dit c’est pas grave, on va essayer d’appuyer sur l’accélérateur pour passer au niveau supérieur. Et puis le soir venu, je me suis rendu compte qu’un phénomène étrange était en train de se dérouler...

J’étais en train de méditer en silence après le tsok des dakinis que l’on fait tous les soirs là-bas. Il devait être environ 23h. Je commençais à tomber de sommeil et j’ai eu envie d’aller me coucher. Il ne restait dans la salle que les plus avancés : les « nouveaux » avaient tous regagné leur tente, sauf moi. Au moment où je commençais à me lever, j’ai senti une force gigantesque qui me tirait vers le bas et m’empêchait de me mettre debout. Et là, je vois en face de moi, sur le mur, une ombre noire qui s’approche et à mesure qu’elle s’approche elle prend une forme de plus en plus nette et précise. Je vois surtout des dents jaunes et pointues, avec des poils noirs et drus autour d’une bouche rouge et charnue qui s’ouvre grand en fonçant sur moi. Je pense immédiatement : c’est une dakini, elle veut que je continue la pratique, que je reste ici, que je ne dorme pas. Les autres autour de moi semblaient ne rien voir du tout, d’ailleurs je ne les voyais presque plus non plus, ce n’étaient plus que des gros tas posés sur le sol, et tout se passait comme au ralenti. Je me suis brusquement rendu compte que j’étais allongé par terre et que quelqu’un s’approchait de moi. J’avais fait un malaise. Ils m’avaient emmené à l’infirmerie.

Plus tard, quand j’ai raconté cette expérience à un étudiant « presque avancé », il m’a répondu que c’était là un très bon signe, certes pas très fréquent, mais que c’était déjà arrivé. Il m’a dit que ça prouvait que ma pratique était très efficace, parce que la dakini m’était véritablement apparue et que donc mes obscurciations karmiques étaient tombées comme neige sous la pluie. J’avais la vision pure, c’était la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que je n’avais pas encore les canaux subtils suffisamment résistants pour faire face au choc physique de la dakini. Je me suis dit que c’était quand même pas si mal, au final.

Mais il y a eu d’autres manifestations bizarres qui m’ont amené à penser le contraire. Un autre soir, alors que je me dirigeais vers ma tente (on dort tous sous une tente, sur la pelouse du centre, sauf ceux qui font partie du comité d’organisation ou qui appartiennent au groupe des « avancés » : ceux-là dorment dans de vraies chambres, dans un bâtiment en béton du centre, non loin du maître pour mieux recevoir ses bénédictions en direct live, ce qui est la récompense de longues années de dévotion), alors que je rentrais me coucher sous ma tente, donc, j’entendis soudain un drôle de bruit venant d’un buisson. Je n’y prêtai pas attention car pierre qui roule n’amasse pas mousse. Je continuai mon chemin. Tout le monde était déjà couché parce que demain lever 5h. J’arrive à ma tente et m’apprête à en ouvrir la fermeture éclair quand le bruit surgit de nouveau, tout prêt de moi, sifflant contre ma joue. Là, un frisson me parcourt l’échelle. Je tourne doucement la tête, en direction du bruit. J’avais vraiment peur que ce soit encore la dakini.


Et là, je me suis rendu compte que c’était toujours le buisson, celui-là même que j’avais vu un peu plus tôt, le même exactement, j’en aurais mis ma main à couper les cheveux en quatre. Je le fixe, histoire de voir qui aura le dernier mot. Il dit plus rien. J’attends. Je remarque deux fois que si je relâche un peu mon attention, il se remet à siffler. Finalement, ça ne m’a plus fait peur. Je me suis dit : c’est sans doute un dialogue intérieur avec ma conscience en cours de ré-harmonisation. Rien de plus normal. Enfin, c’est ce que je me disais... Parce que tout à coup le buisson a pris feu, et le voilà qui me sort, assez fier de sa trouvaille : « Moïse, Moïse, n’approche pas d’ici, retire tes sandales... Je suis Celui qui suis... ». Là, je me suis tout de suite dit qu’il devait y avoir une erreur de casting et je n’ai pas enlevé mes sandales. J’ai tenu tête au buisson. Alors d’un seul coup, le buisson a été foudroyé, il a brûlé complètement, il n’en restait que des cendres. Ca n’a pris que quelques secondes. J’ai regardé les cendres, les ai remuées avec un bâton, et une voix en a surgi : « C’est moi l’Inestimable, le grand maître de la ré-harmonisation cerveau-plexus, et je t’ordonne de me donner ta substance vitale pour que je la suce jusqu’au trognon ! ». J’ai arrêté de remuer les cendres. La voix a disparu avec. J’ai remué, et elle a recommencé : « C’est moi l’Inestimable, le grand maître de la ré-harmonisation cerveau-plexus, et je t’ordonne... », j’ai raccroché avant qu’il finisse sa phrase. C’était un téléphone cosmique, via les cendres du buisson de Moïse. J’aurais dû m’en douter... Le problème étant que je n’avais pas trouvé les petits trous du téléphone par où qu’on parle. Ca a duré cinq jours comme ça, tous les soirs, et j’ai jamais trouvé le combiné (…).
A., ex-disciple de l’Inestimable, Forum Pourquoi le bouddhisme est-il bidon ?



Réponse à A : 

Si vous avez eu cette expérience et si surtout vous avez cette vision des choses, ce n’est que le signe d’un mental perturbé ! Allez vous faire soigner au plus vite! Tout le monde sait bien que les horreurs que l’on perçoit chez les autres ne sont que le reflet de ses propres obscurations karmiques ! Un seul remède et je vous le recommande : la pratique quotidienne du manuel-CD de l’Inestimable! Bonne chance ! (Marie-Hélène P.)

J’affirme de sources sûres que Kunga Töndrup Rinpoché n’est pas un maître sérieux, loin de là ! Il a été accusé à plusieurs reprises d’abus sexuels sur de jeunes disciples à lui. Il existe plusieurs articles sur le net à ce sujet. (Claudine Raucoeur, Avignon).

L’Inestimable m’a abordée lorsque j’étais à l’une de ses conférences. J’étais flattée qu’il m’adresse la parole. Je pensais avoir été choisie, qu’il y avait enfin quelqu’un pour prendre soin de moi, et m’enseigner la voie du grand chemin (...). Puis, lors d’une retraite, il m’a fait entrer dans sa chambre, m’a demandé un massage, et m’a littéralement VIOLÉE. (Anonyme, Australie). 


Actualités Bouddhistes dans le Monde, 25 avril 20… :

Le grand maître tibétain Kunga Töndrup Rinpoché a été accusé à Canberra d’avoir violé et battu l’une de ses disciples, âgée de 22 ans. L’étudiante a déposé plainte, mais le procès n’a finalement pas eu lieu, en raison d’un accord trouvé à l’amiable. On ne connaît pas les détails de cette sinistre affaire.

Kunga Töndrup Rinpoché est un maître éminemment respecté dans la communauté tibétaine, et qui dispose d’une fortune colossale (estimée à quelque 190 millions d’euros). Il est ainsi fort probable que cette attaque ne soit qu’une manœuvre d’extorsion de fonds avec chantage.

L’Inestimable est souvent la cible de jalousies en raison du prestige qu’il a accumulé grâce à l’immense succès de son manuel-CD de méditation et du groupe de soutien psychologique qu’il a mis en place dans ses centres urbains.

Marc Pernod, illustre expert. 

Le grand maître tibétain Kunga Töndrup Rinpoché, mieux connu sous le nom de l’Inestimable, qui depuis de longues années s’efforce de rendre accessibles les enseignements du Bouddha aux Occidentaux matérialistes que nous sommes, a été la cible d’attaques de la part d’une jeune pratiquante de son groupe de Canberra. Celle-ci se serait fait « violer » et « battre » par le maître. Ne s’agit-il pas plutôt de la simple manifestation d’une imagination débordante ? De la vision d’un esprit distordu encore embourbé dans la dualité samsarique du monde de l’illusion ? A moins que ce ne soit l’appât du gain ?

Le très précieux Inestimable lui aurait en effet versé la modique somme de 3 millions de dollars, qu’il a dû collecter, et ce ne fut sûrement pas de gaité de cœur, auprès de ses disciples américains, qui ont mis en place à cet effet une campagne de sensibilisation particulièrement émouvante, en échange de l’arrêt des poursuites. On n’arrête pas l’illusion dualiste quand elle s’y met...


Amanda Sovietsky, professeur de méditation dans la lignée des Sudankhas du Bhoutan. 


Toute cette histoire de procès pour viol est pur pipeau. Il s’agit d’une manœuvre d’une branche concurrente de la lignée de l’Inestimable. Depuis au moins dix ans, le lama en chef de cette lignée concurrente, Pofachen-Daro, est en guerre avec Kunga Töndrup. Il reproche à ce dernier de ne pas suivre les enseignements tibétains traditionnels et d’inventer des rituels et des pratiques qui n’existent pas – notamment le manuel-CD, qui il est vrai s’inspire d’autres traditions religieuses.

Il affirme en outre que la lignée mise en place par l’Inestimable n’est pas authentique et que celui-ci n’a pas le droit de donner d’initiations. De plus, sa position toute de proximité avec les femmes semble lui poser problème. Pofachen-Daro considère en effet que la chasteté est une valeur suprême et qu’elle seule permet de mener à l’Eveil – en plus des pratiques méditatives bien évidemment. Mais la lignée à laquelle appartient l’Inestimable n’interdit aucunement les relations sexuelles. D’autant qu’il n’est pas moine, mais enseignant laïque. Nous ne voyons donc pas où est le problème.

Antoine Vauduy-Dumouffe, représentant de l’Inestimable auprès des instances religieuses françaises. 


Kunga Töndrup Rinpoché occupe une position à part dans le bouddhisme tibétain en exil. Car s’il entend conserver intacts les enseignements de sa lignée d’origine, il n’est pas sans éveiller quelque suspicion auprès de ses confrères, dans la mesure où le manuel-CD qu’il a conçu et l’organisation qu’il a mise en place sont très loin de correspondre aux critères traditionnels du bouddhisme tibétain.

Personnellement, je ne sais pas si les accusations de viols et d’escroquerie sont fondées – quoique je préfère selon toute vraisemblance écarter d’emblée cette hypothèse. Néanmoins, j’ai pu entendre de nombreuses conversations entre lui et certaines de ses jeunes disciples qui prêtaient plutôt à confusion... Il a, de manière générale, une façon très particulière de s’adresser à ses étudiants, 
c’est vrai.

- Pouvez-vous être plus précis ?

- Bien sûr.
Je faisais ici référence aux petits groupes de disciples dits « presque avancés » et « avancés ». Ces deux groupes sont essentiellement composés de très jeunes femmes, avec qui le lama entretient des relations… disons privilégiées, assez intenses, voire même intimes, sans que l’on sache très bien en quoi elles consistent exactement. Tout ce que l’on peut savoir, c’est qu’il se montre très dur et très exigent envers elles. Il leur demande des services sans arrêt (préparer du thé, lui apporter à manger, taper ses enseignements, lui cuisiner des plats à base de bœuf, lui faire prendre des bains, lui masser les pieds, le dos...) de façon assez... excessive. Je veux dire par là qu’il est parfois… sans pitié… De temps en temps, par exemple, il les frappe avec une baguette de bambou...

- Comment ?

- J’ai vu ça, un jour, oui... Il frappait une jeune-fille avec une baguette de bambou... Cela dit, je ne pense pas qu’il ait eu de mauvaise intention… Après tout, en tant que disciples, nous ne pouvons pas comprendre ses motivations profondes. Et puis le bambou est un matériau assez tendre, ce n’est tout de même pas comme s’il les fouettait avec un martinet clouté, vous voyez ce que je veux dire. Non, je crois simplement qu’il voulait la réveiller, lui rappeler son devoir de présence à soi et au monde, lui indiquer que l’Eveil sur le chemin, cela commence au début du chemin, c’est-à-dire par exemple en préparant convenablement une tasse de thé à son maître...

- Je vois... Mais revenons au sujet de notre conversation initial... Pourquoi croyez-vous que toute cette affaire soit le résultat d’une intrigue entre lignées rivales ?

- Tout simplement parce que l’Inestimable est le plus grand maître bouddhiste de l’ère moderne, voire même de tous les temps et qu’à ce titre il est l’objet de toutes les jalousies... Certains maîtres profitent de son influence en se faisant inviter par lui et en utilisant son réseau, sa visibilité, tandis que d’autres, plutôt rares il est vrai, préfèrent éviter toute compromission et privilégient l’attaque directe. Je suis sûr que cette malheureuse fille qui a porté plainte, et qui est sans doute sincère dans sa bêtise, a été manipulée sciemment par Pofachen-Daro ou l’un de ses sbires. C’est tout ».



Vladimir Prouteau, anthropologue spécialiste du bouddhisme tibétain, maître de conférences à l’Université de Hambourg et disciple de longue date de Kunga Töndrup Rinpoché, Bouddha pour tous version électronique. 

3 comments:

  1. Anonymous4:35 PM

    L'expert en méditation Marc Pernod et les Tritempi me font penser à Matthieu Ricard et aux Trimondi.

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  2. Anonymous4:54 PM

    Qui est SAGAMONI ?

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    1. Anonymous5:01 PM

      Lu sur le site de Jean Marcel http://www.jeanmarcel.info/barlaam-et-josaphat-ou-le-bouddha-christ à propos de Sagamoni Bercam :

      "Voici, dans une version simplifiée en français moderne, un petit texte fort surprenant. Il est connu de quelques spécialistes d'’hagiographie ou de médiévistes, mais n'’a encore jamais touché le public, même dit cultivé. Il s'’agit d’un récit christianisé de l'’histoire du Bouddha. Si bien christianisé, d'’ailleurs, que le pape Sixte V (ou Sixte Quint, 1520-1590), sur la foi d'’un culte qui lui était déjà rendu en raison de la diffusion de la légende, crut bon de le canoniser officiellement sous le nom de saint Josaphat, tel qu'’il figure toujours dans le martyrologe romain à la date du 27 novembre (calendrier orthodoxe au 26 août). On apprendra ainsi que l’'introduction de la connaissance du Bouddha en Occident ne date pas de la vogue dont bénéficie aujourd’'hui le Dalaï-Lama. Déjà Marco Polo (1254-1324), dans la chronique de son expédition en Chine, rédigée en français et intitulé le Livre des merveilles du monde (1298), donna une courte biographie de Gautama Sakyamuni dit le Bouddha (qu’'il appelle Sagamoni Bercam) et fit brièvement état de sa doctrine."

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