Tuesday, August 29, 2017

Le scandale qui secoue la communauté bouddhiste tibétaine


La secte lamaïste Rigpa est exclue de l'Union bouddhiste de France, 
son gourou est écarté.




Le leader spirituel de l'école de pensée bouddhiste Rigpa, a annoncé sa retraite forcée, frappé par un scandale d'agressions sexuelles et physiques, et d'abus financiers.

C'est une petite révolution qui s'est produite cet été au sein de la communauté bouddhiste tibétaine en France et qui a forcé le leader spirituel de l'école de pensée bouddhiste Rigpa au départ.


Au cœur de la tempête, Sogyal Rinpoché, l'un des artisans de la popularisation du bouddhisme en Occident et auteur en 1992 du "Le livre tibétain de la Vie et de la Mort", paru en 1992 et vendu à 2,8 millions d'exemplaires. Une figure donc, qui est définitivement tombée de son piédestal mi-juillet, lorsque huit de ses plus proches disciples, comme l'a révélé Marianne, envoient une lettre à 1 500 membres de Rigpa. Sur sept pages, on lit les claques, les humiliations, les agressions sexuelles, le train de vie trop luxueux.


Cette lettre, Olivier Raurich l'a lue, avec soulagement. Ancien traducteur de Sogyal Rinpoché, il a quitté Rigpa en 2014. Il avait dénoncé en vain ces agissements. Deux femmes lui ont confié avoir été violées.Olivier Raurich a constaté lui même des abus financiers : "En 2014, dans une grande retraite pour 600 à 800 personnes dans le centre principal près de Montpellier [NDLR : le centre de Lerab Ling], Sogyal Rinpoché nous a demandé des offrandes abondantes en argent liquide, et il a insisté pour que ce soit abondant et pour que ce soit en liquide. J’ai regardé les enveloppes tomber dans les paniers et je me suis dit que ça faisait beaucoup d’argent liquide et que si c’était destiné à des causes humanitaires et pures, pourquoi faire cela sous cette forme illégale".

La dénonciation d'Olivier Raurich, et quelques mois plus tard, la parution du livre "Les dévots du bouddhisme" (éd. Max Milo) de l'ethnologue, Marion Dapsance, n'ont rien changé. La lettre des disciples, en revanche, a créé un électrochoc, car elle émane de bouddhistes qui n'ont pas voulu quitter la communauté. Le moine Matthieu Ricard a fini par qualifier les actes de Sogyal Rinpoché d'"inadmissibles".

Le Dalaï Lama en personne a dû prendre position, début août, lors d'une conférence à Ladakh en Inde : "Certaines institutions lamaïques sont influencées par le système féodal. C’est dépassé, ça doit s'arrêter. Ces gens ne suivent pas l''enseignement du Buddha.
La seule chose à faire c’est de rendre ça public, dans les journaux, à la radio. Rendez ça public ! Sogyal Rinpoché était mon grand ami, mais c’est fini, il est tombé en disgrâce.

Dans la foulé, la communauté Rigpa a annoncé une enquête interne et la mise en place d'un code éthique.

Le scandale Rigpa est-il l'arbre qui cache la forêt ?

Tous les interlocuteurs, même ceux qui ont eu à accompagner des victimes d'abus, soulignent qu'il ne faut pas jeter l'opprobre sur la communauté bouddhiste dans son ensemble. Les dérives sont rares et localisées, mais elles existent.

Quand on demande à Olivier Raurich s'il avait eu vent d'autres abus, ailleurs, quand il était encore chez Rigpa, il le confirme, tout en ayant lui même du mal à y croire : "J’ai quelques bruits par des amis qui sont dans d’autres centres, mais bizarrement je pensais que c’était réservé aux autres. Quelque part c’est presque impensable, car les grands maîtres sont de droit divin, donc il faut avoir le nez dessus pour l’accepter et même dans ce cas, c’est difficile."

Ces soupçons, l'Union Bouddhiste de France, qui condamne toute dérive et vient d'exclure Rigpa, en a également entendu parler, comme l'explique l'un de ses dirigeants, Olivier Wang Genh. "Je pense que ça touche la communauté bouddhiste dans son ensemble et ça montre que toute forme d’angélisme ou de naïveté n’a pas sa place. On doit écouter des enseignements avec clairvoyance et toujours rester dans cette vigilance. Mais on fait très attention à ce que ça n’arrive pas ou le moins possible."

Reste que malgré tout cela arrive, parfois. Certains interlocuteurs, qui ne veulent pas en faire état au micro, évoquent la Dordogne, l'Auvergne, Montpellier. Des témoignages aussi sur les forums bouddhistes, avec toutes les précautions indispensables.

Et puis un cas un peu plus concret. C'était en 2011 au Temple des 1000 bouddhas en Saône-et-Loire. Trois lamas ont été exclus, après des dépôts de plainte. L'une est toujours en cours d'instruction, les trois autres avaient abouti à des relaxes fautes de preuve. Et on touche là le cœur du problème

Une parole qui a du mal à se libérer

Difficile de dénoncer, par honte de s'être laissé avoir, par douleur, par peur que son affaire ne discrédite tout le bouddhisme. Ceux qui franchissent la porte des associations d'aide aux victimes renoncent parfois aussi à porter plainte sur les conseils de ces mêmes associations qui ont peur que les personnes soient broyées par des années de procédure, peut-être inutile.

Daniel Sisco est le président de l'Association des familles et individus victimes de sectes, l'Adfi Paris Île de France : "Rassembler les preuves dans le domaine de l’emprise psychique c’est très, très difficile. Il y a heureusement une loi qui protège c’est la loi About-Picard, qui permet aux gens de faire référence à la mise en état de sujétion, mais il n’y a rien de plus difficile à prouver que l’état de sujétion car c’est la parole d’une personne contre une autre. Là où ça peut commencer à construire l’assise d’une procédure juridique, c’est quand vous avez cinq ou dix personnes qui disent la même chose à propos d’un individu".

L'ADFI Paris Île de France a répertorié 18 cas de signalements d'abus dans la communauté bouddhiste l'an dernier. Le bouddhisme, peut être un point d'entrée séduisant pour les mal intentionnés, poursuit Daniel Sisco, car les préceptes sont rassurants.

Si la lettre envoyée cet été pour dénoncer les actes de Sogyal Rinpoché est une révolution, c'est parce qu'elle montre que la parole commence à se libérer. Le linge sale continue à se laver en famille, mais plus de manière aussi confidentielle.

En attendant, les associations et les Bouddhistes eux mêmes le disent : il est temps que la lune de miel entre l'Occident et le bouddhisme se termine, chacun doit prendre conscience que toute religion peut avoir ses brebis galeuses.

Par Delphine Evenou






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