mardi, juillet 10, 2018

TRADITION BOUDDHIQUE

Tradition universelle, intemporelle et primordiale


Texte rédigé par l’Instructeur de Patrick



Certains bouddhistes affirment qu’il n’est de “traditionnel” en Bouddhisme que dans les “écoles”. Nous considérons comme fausse cette opinion.

Rappelons que “Tradition” a pour racine indo-européenne dô : transmettre la possession de… Cette racine a donné en latin : traditio, action de transmettre, tradere : transmettre, livrer.

Dans l’acceptation moderne, le mot tradition a deux sens, l’un, caractérisant la transmission des éléments des Voies authentiques, l’autre, profane, caractérisant la transmission d’éléments sans articulation métaphysique. C’est à l’honneur de René Guénon d’avoir rétabli le premier sens, effacé par le modernisme, le sens profane ayant prévalu, dans l’oubli du troisième composant de l’homme : l’articulation métaphysique, Prajñâ, en Bouddhisme.

Quelle est la Tradition primordiale dans le Dharma du Bouddha ?

Elle est exprimée par les données suivantes :

1 – Les quatre Excellentes ou Nobles Essentialités

les ârya Satya ; nous abandonnons la traduction commune “Vérité” qui ne rend pas compte du concept exprimé par “AS” : être. Les quatre Essentialités sont indiscutables, irréfutables ; ce ne sont pas des hypothèses, des légendes, ce sont des constatations, soit :

1. L’insatisfaction phénoménale

2. La cause de cette insatisfaction

3. L’annihilation de cette insatisfaction

4. La Voie qui mène à l’extinction de la cause.

2 – La Chaîne des origines interdépendantes

3 – Les éléments qui furent rassemblés sous le titre : 
les 37 “ailes” ou auxiliaires de la Bodhi [mal traduit par Eveil, Bodhi étant féminin].

Tels sont les éléments de la Tradition primordiale, surgis lors de l’Eveil du Bouddha, transmis sans discontinuité et ils forment la base de toutes les écoles, qui sans eux ne seraient pas bouddhistes. C’est cette base même qui permet de reconnaître les données de la Tradition primordiale.

On voit que cette position qui est la nôtre, “réception et transmission” est parfaitement traditionnelle.

Comment se marque la régularité de la transmission ?


1. Par les Refuges [hélas, très mauvaise traduction de “saranam” mais que trouver d’autre dans les langues modernes infirmes ?

2. Par la transmission du code éthique, variable selon la position du disciple.

3. Par la transmission d’une technique de base.

L’ensemble étant validé par “adombrement” de Prajñâ, la Connaissance Transcendante.

Ainsi pourra se manifester Prajñâ, facteur d’articulation métaphysique, d’abord en faculté, indriya, puis en “Force”, bala ; enfin, quand cette Force est suffisante, Prajñâ donne l’Eveil, l’ouverture, Bodhi.

On voit qu’il n’y a pas en ce propos l’idée “d’école”. Qu’entend-on par “école” ? Le mot a pour sens : “ensemble des partisans d’une même doctrine”, “source d’enseignement, de réflexion”. On pourrait donc penser à l’Ecole bouddhique, dans la Tradition primordiale.

En fait, quand on parle “d’écoles bouddhiques”, il s’agit de “greffons” (quelquefois bien étranges !) apparus au cours des temps et poussés sur le tronc de Dharma. Les greffons ont eu pour raison d’être les différentes conformités de la psyché, les unes fortes, capables de s’en tenir à la tradition Primordiale, les autres ayant besoin de soutiens, par exemple le soutien du phénoménal subtil (autre que les dhyâna), des rites, des cérémonies, d’un apparat religieux, des mythes, voire du rappel des imprégnations passées, par exemple pour les européens, l’imprégnation judéo-christo-catholique ; nous en reparlerons.

Le choix est grand, car le Dharma en toute tolérance, accepte, mais “scolastiquement”, les “traditions” des pays où il s’implante, pourvu que les éléments de ces traditions soient en accord, où à peu près, avec le Tradition primordiale.

Il n’est pas dans notre propos d’étudier chaque école. Cette étude serait trop longue et d’ailleurs si nous sommes éclairés sur leur origine, nous n’en connaissons pas toutes les modalités, par exemple : panthéon des Bouddha et des Bodhisattva mythiques, techniques d’origine hindoue ou asiatique, etc…

Il est, pour nous, caractéristique de constater que toutes ces écoles, plus ou moins, se critiquent, chaque école proclamant sa supériorité : les Theravâdin estiment que leur “école” est la plus proche de l’Enseignement du Bouddha, position niée par le Mahâyâna ; à l’intérieur de celui-ci, les écoles s’affrontent et ont des positions curieusement opposées : dévotion extrême ou bien attitude de Lin-Tsi à qui on demande : “Qu’est-ce que le Bouddha ?” et qui répond : “Bâton merdeux !”. Action et réaction président à la formation de certaines écoles.

Réaction du Ch’an contre l’excessive recherche littéraire ; réaction du Mahâyâna contre le “Hinayâna”, école de l’Arhat égoïste (?!), où le laïc est en mauvaise position, aussi le Mahâyâna et d’autres écoles compensent-ils le laïc par l’idéal du Bodhisattva ou par les techniques du Vajrayâna.

Comment pourrions-nous, si nous en avions la moindre envie, “appartenir” (mot très juste) à une école ?


Le Theravâda ? Son canon Pâli n’a pas été dit par le Bouddha qui ne parlait pas le Pâli, langue réservée à l’expression du canon bouddhique. Comment dans ce canon accepter ces histoires fantaisistes ? : la biche donnant naissance à un moine à tête de cerf, pour avoir bu de l’urine mêlée de sperme d’un Bhikkhou ! le ver que les moines allaient manger : “Arrêtez, frères ! Ce ver est la re-naissance d’un Bhikkhou qui aimait trop le fromage ! Et les Jataka, et bien d’autres histoires qu’il nous paraît indécent de mettre dans la bouche d’un homme sage.

Le Mahayana ? Son canon sanskrit prétendument réservé à une élite de haute compréhension (pauvres Theravâdin !) et caché au fond d’un lac à la garde des Nâga, jusqu’à leur réapparition 600 ou 700 après le parinirvâna du Bouddha ?

Le Ch’an ou le Zen ? Il faudrait croire à la légende du Bouddha montrant une fleur, que seul Kasyapa comprend (les autres étaient trop simplets !). “Transmission en dehors des écritures…”

C’est enfoncer une porte ouverte et ceux qui prônent la transmission uniquement par l’écriture sont débiles.

La Nichiren sho shou ? Il faudrait croire que Nichiren est le Bouddha de l’ère Mappa ?

Les “Bonnets rouges” ? Il faudrait croire à cette rencontre mythique de Tilopa avec le Bouddha mythique Vajradhâra ?

Arrêtons-nous là et admettons que nous sommes infirmes par notre incapacité à “croire” ou, pourquoi pas ? “Normaux”.

Mais pourrait-on dire, toutes ces légendes sont des symboles ! des images qui indiquent la Voie ! Nous sommes dans la Voie, par la Tradition primordiale (que certains en doutent, c’est leur droit !), nous n’avons pas besoin de poteaux indicateurs, ni d’un “culte” rendu à ces poteaux indicateurs le long de la Voie.

Certains diront : “Ces fables, ces légendes, ces rites, ces cérémonies sont nécessaires pour compenser le subconscient, l’irrationnel qui existe en tout homme. Mais le rêve aussi ! Est-il cependant conseillé de toujours rêver ? Le subconscient a des degrés d’intensité : les angoissés, les agressifs, les passionnés, aux réactions incontrôlables – combien en avons-nous vu dans notre monastère, pendant les méditations – sont pour nous des “anormalement anormaux”, leurs purulences, leurs âsrava, expulsent un pus abondant qui les empoisonne, les intoxique à un degré parfois extrême. Par contre, et là, référons-nous, encore aux ludions ; ceux dont les âsrava, sans être éteints, ne sont pas à un degré d’irritation “anormal”, nous les appelons “normalement anormaux”, et ceux-là n’ont pas besoin de moyens dionysiaques pour arriver à l’extinction des purulences, les Dhyâna suffisent.

Un autre aspect se décèle aussi dans cette nécessité d’une école, particulièrement en ce qui concerne les écoles Tibétaines. Il est indéniable que par leur mystère, leur apparat religieux, leurs techniques, elles ont exercé, de nos temps, une influence importante sur le monde occidental, car elles sont propres à calmer à la fois la soif d’absolu et l’angoisse, la peur archaïque. Pourtant, René Guénon a dénié aux écoles tibétaines la qualité de bouddhistes. On peut lire dans “Mélanges”, à propos d’une mission dans l’Asie centrale : “La réalité est que le Bouddhisme n’a jamais eu dans ces régions qu’une influence toute superficielle et au Tibet même, on aurait peine à en retrouver quelques traces malheureusement pour ceux qui, maintenant encore, viendraient en faire le centre de la religion bouddhique”. Nous n’irons pas à cette extrémité, René Guénon a écrit ce texte avant sa rencontre avec Coomaraswamy [personnage bien curieux qui traduit “Tathâgata” par ‘Trouveur de Vérité !”]. Le Dharma du Bouddha, via negativa par excellence, dans son état primordial a été pour René Guénon une pierre d’achoppement. On peut le voir à son enthousiasme pour le Roi du Monde, l’Agartha, les “Maîtres inconnus”… etc …

Ces voies orientales quand elles sont exprimées par des Occidentaux dévots font penser à une nostalgie due à l’imprégnation judéo-christo-catholique, pendant des siècles ; les “wangs” sont appelés des “initiations” ; on parle “d’influences spirituelles” alors que cette notion est étrangère au Bouddhisme car en celui-ci rien qui rappelle un “spir” ; on parle de bénédictions, on donne à certains moines le titre de “Sa sainteté”, typiquement catholique ; mitres, chasubles, trônes, instruments du culte, musique, chants psalmodiés dans les langues “sacrées” [et pourtant quand on psalmodie le Vinaya, la traduction donne pour certains versets : “C’est une faute de stocker de la nourriture dans ses bajoues, …C’est une faute de pisser debout”] qui semblent bien être des emprunts aux religions occidentales. Cet enchantement des dévots est visible, nous gardons dans notre souvenir l’attitude d’une dame recevant un cordon rouge et trois pilules, de la même façon qu’elle eût reçu l’hostie. Il en est de même de l’Amidisme. Ceux qui croient au vœu du Bouddha Amithaba n’ont-ils pas la nostalgie d’un Paradis (paradesha = entrée) ? A noter qu’un représentant actuel de cette école est un ancien Chanoine. Certains, trouvent là leurs délices. Pour nous, nous partageons la conviction de ce Rimpoché, tulkou (spécialité tibétaine), vivant en France depuis longtemps, solitaire, étudiant et méditant ; quand nous lui avons posé la question : “Pourquoi n’enseignez-vous pas la Voie tibétaine ?”, il nous a répondu : “Parce que les Voies tibétaines conviennent pour les Tibétains, pas pour les Français”.

Voilà ce que nous avons voulu préciser, non pas pour répondre à certaines attaques – elles nous laissent indifférent – mais bien pour rappeler la Tradition primordiale, la présenter à ceux qui sont surpris, amusés, repoussés, par certains “greffons” ethniques.

On aurait tort de considérer cette étude comme une attaque contre les écoles, elles entrent pour nous dans la catégorie des “upâya”, les moyens habiles, les approches.

Souvenons-nous de l’image donnée dans le Saddharma Pundarika Sûtra, aux enfants de la maison en feu ; on présente des jouets divers pour les en faire sortir. Chacun peut y trouver ce qui lui convient. Nous n’hésitons pas d’ailleurs à emprunter aux diverses écoles les éléments qui nous semblent en accord avec la tradition primordiale. Quoi de plus illuminant que le Hrdaya Sûtra ? De plus précieux que les Mantra ? Jambes croisées, corps droit, l’attention établie devant soi, n’est-ce pas l’attitude sur laquelle l’école Soto Zen insiste ? (Probablement en réaction contre la position du fœtus remplaçant, dans certaines écoles, celle du Lotus !). Et les charmantes anecdotes du Ch’an ou du Zen ne sont-elles pas éclairantes ?

Toutefois ce que nous condamnons, suivant en cela René Guénon, c’est le syncrétisme :


Yogzen, Zen chrétien, Bouddhisme franc-maçon, etc … un pied sur une voie, un pied sur l’autre, c’est l’écartèlement, la chute ou la folie.

Pour nous, le seul garde-fou est de s’en tenir à la Tradition primordiale, sans exclure une compréhension de “sympathie” pour toutes les écoles.

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