mardi, août 14, 2018

André Archimbaud : « L’héritage du XXe siècle sera balayé par le retour des eaux de l’Histoire »




Dans votre livre, Combat pour l’hémisphère nord, les héros se font les défenseurs d’un nouvel Occident au cœur de l’Eurasie mais aussi d’un califat soufi qui neutralise le salafisme wahhabite. Pensez-vous que les continuateurs spirituels de l’Occident ont à gagner d’un rapprochement avec l’islam ?

Dans l’ouvrage, la voie des « Archontes » est celle du génocide programmé de la population arabo-musulmane. Toujours dans l’ouvrage, le Mossad est préoccupé par une prochaine Saint-Barthélemy antisémite d’inspiration islamiste, impossible à contrôler ; il mise donc sur les réfractaires eurasistes en soutenant leur « programme Al Hallaj », destiné à favoriser un renouveau soufiste « de combat » pour deux milliards de musulmans en quête d’un destin.

Dans la réalité, il existe une approche concrète : celle des Russes, qui travaillent depuis quinze ans avec des lettrés musulmans de leur ancien empire à déterminer des points de convergence entre le christianisme orthodoxe et l’islam, sous la bénédiction commune de la Vierge Marie, « reine du monde ». Il ne s’agit pas de dilution de la Russie par « apaisement », mais de désignation d’un adversaire, le « christianisme anglo-saxon » hostile à la Russie et à l’islam depuis le début du XXe siècle. C’est une approche géopolitique et spirituelle, partant du principe que l’islam respecte les régimes forts, et qui ne tombe pas dans le piège de la compatibilité ou non entre islam et « civilisation ». Reste à savoir si ce mécanisme va s’enclencher et aspirer l’oxygène du salafisme – et si le catholicisme sera capable de raisonner en ces termes, sa propre hiérarchie ayant déjà renoncé à Rome.

Les « Archontes » d’aujourd’hui (néoconservateurs américains et lobbies des frontières ouvertes) se jouent des Européens de l’Ouest en les soumettant à la tentation de l’« islamophobie ». Entre la propagande des néocons terrorisés par les banlieues et les lobbies des frontières ouvertes qui attisent le feu, le piège de la décapitation du peu d’élites européennes « traditionnelles » qui reste se profile rapidement ! Ce processus engendrera plus de chaos, et donc d’excuses, pour que les « archontes » états-uniens interviennent, en invoquant par exemple l’article 5 de l’OTAN, afin de lancer leur grand nettoyage eurasiatique.

La situation est grave en Europe et en Russie. Vassalisés par le « soft power » du mirage californien et le « hard power » de l’extra-territorialisation washingtonienne, autant que par le « liquidity power » de Wall Street et son système SWIFT, ces deux espaces auront du mal, sans la réanimation dialectique du déplacement de l’Occident à l’Est, à renaître. Une « grande coalition » est donc nécessaire, qui rassemble les meilleurs « actifs » des cultures en faillite.

Et comme mon livre fait feu de tous les ésotérismes, de même l’Occident eurasien devra faire feu de toutes les eschatologies religieuses, pour stopper l’hégémonie des « Archontes ». D’où ce plan offert à l’islam, la plus jeune des trois religions du Livre, fortement prolétarisée, au stade de l’adolescence violente, hostile à la « religion humanitaire », et surtout centrale d’énergie ignorant la repentance. Un islam en qui Evola voyait un héritier de la pensée traditionnelle, mais qui aujourd’hui est contrôlé par des intérêts opaques, et se trompe d’adversaire. Charge, aux musulmans, de s’en rendre compte et d’accepter l’offre d’une Eurasie régénérée… ou pas. N’oublions pas que l’islam n’est pas uniforme et devra se restructurer face à l’illusionnisme de la religion humanitaire. C’est un pari qu’il vaut la peine de faire.


Dans la postface d’"Un samouraï d’Occident", Dominique Venner donnait quelques « conseils pour exister et transmettre ». À votre tour, si vous deviez donner quelques conseils concrets pour mener ce « combat pour l’hémisphère nord », quels seraient-ils ?

3 conseils

Mon premier conseil est d’être optimiste. Les fleuves et les marées reprennent toujours leur étiage, en dépit du viol de la nature. Ce viol a commencé en 1776 (naissance de la république universelle américaine) et s’est confirmé en 1789 et 1917 (régicides, fin des empires), pour culminer en 1989 avec l’effondrement du matérialisme « réaliste » soviétique, laissant régner seul le matérialisme « exceptionnaliste » américain. L’héritage du XXe siècle sera balayé par le retour des eaux de l’Histoire.

Mon deuxième conseil sera de pratiquer une ascèse individuelle. Être toujours positif, ne pas embrasser les fausses querelles et, surtout, cesser d’utiliser les réseaux sociaux comme les poubelles de sa frustration. Mieux vaudrait se bâtir un programme de lecture, puis revivre, par exemple avec Evola ou Abellio, l’expérience de l’heroic fantasy et de la science-fiction contemporaine dans laquelle baigne notre monde dominé par les troubles déficitaires de l’attention.

Dans son livre "Sapiens", Yuval Noah Harari suggère que l’Homo sapiens a su créer des empires par l’invention du mythe, turbo de la conception culturelle. Or, la pensée « traditionnelle » offre d’extraordinaires occasions. Pétrie de mythologie, elle sait parler à nos trois cerveaux (raison, émotions, instincts). La pensée traditionnelle est, en fait, devenue étonnamment « moderne ».

C’est pourquoi mon troisième conseil (détaillé dans la préface de mon ami Olivier Adam) s’adressera à ceux qui appartiennent à une tribu ou un clan : passer de la « métapolitique » à la « mytho-logique ». Le XXIe siècle sera mythologique ou ne sera pas. La Raison « ne dégage que des vérités asymptotiques, relatives, dégagées au fur et à mesure [au sein d’un processus tautologique] » (Olivier Adam). Les oligarchies actuelles savent ainsi « mentir en disant des vérités ». Au contraire, le mythe « pose des questions à toutes les réponses, amalgamant variations sur variations sur des synthèses de synthèses » (Olivier Adam). Les opprimés actuels peuvent ainsi « dire la vérité avec des fictions ». Il y a un gros travail de refondation du mythe à faire, mon livre eurasiste n’en étant qu’une infime étincelle.

La bataille de la vérité ne fait que commencer.


Entretien réalisé par Arnaud Florac.


L'amour d'Ariane
André Archimbaud

Voici un roman inclassable et torrentiel, qui plonge ses racines dans les mythes anciens et s’élève jusqu’aux perspectives apocalyptiques. Un livre qui est pour tous et qui n’est pour personne, comme disait Nietzsche d’"Ainsi parlait Zarathoustra". Attachez vos ceintures.

L’action se déroule dans un monde qui ressemblerait au nôtre si on lui avait ôté son voile narcotique de médiocrité et de consommation. Un monde vivifiant où les oppositions métaphysiques se font jour derrière le tapage médiatique, la zombification des villes et l’oubli de l’être. C’est un combat qui prend place entre 1989, date de la chute du mur de Berlin (et donc de la fausse « fin de l’histoire » prédite par Francis Fukuyama), et 2035.

Une puissante secte progressiste et libérale, composée de 144.000 archontes, organise la soumission du monde à l’humanitarisme, à l’hégémonie américaine, à la déculturation et à l’oubli universel de la conscience. Face à ce complot, douze personnages s’agrègent sur un bateau qui remonte le Nil. Ils ont pour objectif la renaissance de l’Occident, qui n’est plus dans l’Europe géographique mais doit se déplacer vers Moscou, la Troisième Rome. Appuyés par une solide connaissance des symboles de la Tradition et de la gnose, leur but est de faire renaître l’Eurasie pour que revive l’héritage profond de l’hémisphère nord. Ils s’aideront, pour réaliser cet objectif cosmique, du terrorisme islamiste, de la manipulation financière, des gouvernements décadents. Voilà pour le cadre.

André Archimbaud connaît aussi bien la géopolitique contemporaine que la réinvention de la Tradition multimillénaire, il maîtrise aussi bien Brzeziński et Kissinger qu’Evola et Spengler. Son « essai en forme de roman », comme il définit son ouvrage, est une lecture oblique des événements du monde actuel. Il a commencé d’écrire son livre en 1989 et, parfois, sa prescience est vertigineuse. On peut ne pas adhérer à sa vision prospective de l’humanité : car, pour lui, le monde doit se réinventer par la mystique et l’ésotérisme, entre un califat soufi combattant et une Eurasie éternelle, retrouvée et redessinée, rayant de la carte à la fois le monstre saoudien et le diable américain (dirigé, dans son livre, par une musulmane). On peut aussi regretter qu’il ne s’adresse qu’à des lecteurs qui soient aussi des liseurs : ceux qui ne sont pas familiers du symbolisme ou de la philosophie traditionnelle, de l’exégèse islamique de Guénon ou de la structure totale d’Abellio, devront peut-être passer quelques heures (fructueuses mais denses) à la bibliothèque.

Il n’empêche. Ce livre conquiert le lecteur pour trois raisons. D’abord, parce que son architecture est admirablement dessinée, et qu’elle épouse son propos, qui est celui de la réinvention de la Croix et de la reconnaissance d’une structure sphérique de l’Histoire. Ensuite, parce qu’André Archimbaud est un géopolitologue inspiré, dont la connaissance semble à la fois encyclopédique et limpide. Il s’agit donc, pour lui, de dévoiler, au sens heideggérien du terme, le monde tel qu’il est en train de se faire ou de se défaire. Enfin, parce que ce conflit, entre la tension faustienne vers la puissance et la volonté sage et ferme de retour de l’identique, est le moteur caché du combat qui se joue en ce moment sous nos yeux.

Je vous avais prévenus : attachez vos ceintures. Mais, si ce propos parle à votre cœur, ne passez pas à côté de ce livre.

bvoltaire.fr

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