vendredi, septembre 21, 2018

Invitée en France, Ahed Tamimi témoigne



Ahed Tamimi, l'icône de la résistance palestinienne, et sa famille étaient à la fête de l’Humanité où ils ont témoigné de la violence de l’occupation israélienne et de l'engagement de la jeunesse de Palestine.

Suite à l'invitation de l’Association France Palestine Solidarité, ils se sont rendus dans trois villes de France :



A Nantes, le 18 septembre 2018

A Grenoble (Échirolles), le 20 Septembre 2018

A Nancy (Tomblaine), le 21 septembre 2018




Mon refus d’être juif

(J’ai même souvent honte d’Israël, notamment lorsque je vois la cruelle colonisation militaire dont sont victimes des faibles, sans défense, qui ne font pas partie du « peuple élu ».)


par Shlomo Sand


Au cours de la première moitié du XXe siècle, mon père a abandonné l’école talmudique, n’a plus remis les pieds à la synagogue et a depuis lors exprimé son aversion pour les rabbins. 

En ce début de XXIe siècle, je me sens à mon tour dans l’obligation morale de rompre définitivement avec ce judéocentrisme tribal. Je suis pleinement conscient de n’avoir jamais véritablement été un juif laïc, sachant qu’un tel sujet imaginaire est dépourvu d’assise et d’horizon culturels et que son existence se fonde sur une vision creuse et ethnocentrique du monde. Je me suis trompé à l’époque, lorsque je croyais que la culture yiddish dans laquelle j’ai grandi était l’incarnation de la culture juive. En compagnie de Bernard Lazare, Mordechaï Anielewicz, Marcel Rayman et Marek Edelman, je me suis longtemps identifié comme partie prenante d’une minorité opprimée et rejetée. Je me suis obstiné à être juif avec Léon Blum, Julian Tuwim et bien d’autres qui avaient accepté d’endosser cette identité à cause des persécutions et des bourreaux, du crime et des assassinés.

Supportant mal que les lois israéliennes m’imposent l’appartenance à une ethnie fictive, supportant encore plus mal d’apparaître auprès du reste du monde comme membre d’un club d’élus, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif.

Bien que l’État d’Israël ne soit pas disposé à transformer la mention de ma nationalité de « juif » en « Israélien », j’ose espérer qu’aussi bien des gentils philosémites que des sionistes engagés et des antisionistes exaltés, souvent nourris de conceptions essentialistes, respecteront ma volonté et cesseront de me cataloguer comme juif. En vérité, ce qu’ils pensent m’importe peu, et pas davantage ce que pense le reliquat d’idiots antisémites. À la lumière des histoires tragiques du XXe siècle, je suis déterminé à ne plus faire bande à part dans un club de prestige réservé auquel d’autres hommes n’ont ni possibilité ni vocation de se joindre.

Par mon refus d’être juif, je représente une espèce en voie de disparition. En insistant sur le fait que seul mon passé historique était juif, que mon présent quotidien est israélien, pour le meilleur et pour le pire, et qu’enfin mon futur et celui de mes enfants, tel qu’en tout cas je le souhaite, doit être guidé par des principes universels, ouverts et généreux, je sais que je vais à l’encontre des modes dominantes orientées vers l’ethnocentrisme.

En tant qu’historien des temps modernes, j’émets l’hypothèse que la distance culturelle entre mon arrière-petit-fils et moi sera égale, voire supérieure, à celle qui me sépare de mon arrière-grand-père. Tant mieux ! Je vis, malheureusement, parmi trop de gens qui croient que leurs descendants leur ressembleront en tout point parce que pour eux les peuples sont éternels, et a fortiori un peuple-race comme leur peuple juif.

J’ai conscience de vivre dans l’une des sociétés les plus racistes du monde occidental. Le racisme est bien sûr omniprésent, mais en Israël on le trouve dans l’esprit des lois, on l’enseigne dans les écoles, il est diffusé dans les médias. Surtout, c’est là le plus terrible, les racistes ne savent pas qu’ils le sont et de ce fait ne se sentent nullement obligés de s’excuser. En conséquence Israël est devenu une référence particulièrement prisée par une majorité de mouvements d’extrême droite dans le monde dont jadis l’antisémitisme était bien connu.

Vivre dans une telle société m’est devenu insupportable mais, je l’avoue, il ne m’est pas moins difficile d’habiter ailleurs. Je fais partie du produit culturel, linguistique et même mental de l’entreprise sioniste, et je ne peux m’en défaire. Par ma vie quotidienne et ma culture de base, je suis un Israélien. Je n’en éprouve pas de fierté, pas plus qu’à être un homme aux yeux bruns et de taille moyenne. J’ai même souvent honte d’Israël, notamment lorsque je vois la cruelle colonisation militaire dont sont victimes des faibles, sans défense, qui ne font pas partie du « peuple élu ».


par Shlomo Sand


Quand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d'historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ?

Dans le sillage de la " contre-histoire " née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l'histoire " de longue durée " des juifs.

Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l'an 70 de l'ère chrétienne, ou bien s'agit-il d'un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ?

L'auteur montre comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d'une nation. Ce détour par le passé conduit l'historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l'heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d'un ADN spécifique, que cache aujourd'hui le concept d'" État juif ", et pourquoi cette entité n'a-t-elle pas réussi jusqu'à maintenant à se constituer en une république appartenant à l'ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ?

En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays.



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