lundi, janvier 07, 2019

Un boxeur déchaîné contre les sbires de Macron

Pour "défendre une femme", dit son ancien entraîneur.


Les images que Bourdin et RMC-BFMTV ne montrent pas du véritable contexte du passage à l'acte de Christophe Dettinger (le boxeur au grand cœur).



HOMMAGE À CHRISTOPHE

« Cette séance de boxe est un exemple à suivre, pour nous autres Gilets Jaunes. »


paru dans lundimatin, le 7 janvier 2019


Si les vidéos montrant, ce samedi à Paris, un « boxeur » affronter à mains nues des gendarmes ont provoqué des réactions outrées, notamment dans la classe politique ou chez les syndicats policiers, certains Gilets Jaunes semblent avoir apprécié le courage de leur camarade (que la police semble avoir identifié comme étant un certain Christophe, ex-champion de France d’anglaise). Un exemple ici, avec cette « lettre de soutien » que nous avons reçu et accepté de publier.


Je n’étais pas à Paris ce week-end. Je portais mon Gilet Jaune dans une ville du Sud, où nous étions plus nombreux que la semaine précédente. Ce qui a illuminé ma journée ce n’est pourtant pas la vue de centaines de gilets fluo, mais, en rentrant chez moi, de découvrir la vidéo de Christophe, le boxeur parisien. Je ne signerai pas cette lettre de soutien de mon nom, désolé pour ceux qui l’apprécieront, mais c’est à cause de (attention les journalistes, bouchez vos oreilles) la répression. Ce que je vais dire ne plaira pas à la foule haineuse des macronistes, ni à ceux qui ont retourné leur gilet. Mais, oui, Christophe est un superhéros. Pas parce que qu’il sait se rétablir comme Spiderman ou parce qu’il envoie des patates comme Sagat. Plus simplement, mais c’est une chose rare, parce qu’il nous a montré une digne manière d’agir.

Je ne parlerai pas du fameux « contexte ». Les GJs et leurs soutiens le connaissent. Le contexte général : les milliers de blessés et d’arrestations arbitraires, les mains arrachées et les yeux explosés dans le silence médiatique et avec la bénédiction du gouvernement. Le contexte particulier : des gendarmes qui bloquent le cortège de Gilets sur un pont, et qui font n’importe quoi (quelle bonne idée !). Les commentateurs, eux, s’en foutent du contexte. Ou plutôt ils s’en servent exactement comme ils le veulent, tant que ça permet de présenter les policiers en victimes ou d’excuser leurs exactions. A Mantes-la-Jolie la police filme des gamins agenouillés pendant plusieurs heures les mains sur la tête ? On brandit le contexte (des violentes émeutes par des méchants jeunes de banlieue). A Paris, des manifestants jettent des projectiles sur des motards ? On mettra le contexte et les grenades (jetées sur une foule qui ne leur avait rien demandé) sous le tapis.

Non, peu importe le contexte, les vidéos ont suffit à me rendre joyeux, en voyant Christophe plonger tête la première pour entreprendre de faire reculer une ligne de robocops à lui tout seul.

Dans une première séquence, on voit cet homme, grand, vêtu de noir et d’un bonnet, effectuer une figure aérienne, atterrir malgré tout sur ses deux jambes, réajuster son couvre-chef, et puis enchaîner les jabs contre le bouclier d’un gendarme, qui cède sous les coups et est contraint de reculer, alors que ses collègues renoncent à le soutenir. Cette vidéo a provoqué mon hilarité, mais aussi la cacophonie habituelle : « violence », « inacceptable », « intolérable », blablabla. Même la Fédération de Boxe a fait un communiqué.

De quelle violence parle-t-on ? De celle d’un homme qui n’a ni protections, ni armes et qui boxe, en un contre quatre, un gendarme doté d’un plastron, un bouclier, un casque avec une visière pare-balle, des genouillères, des trucs sur les épaules, un tonfa, des grenades rangées dans le dos et des dizaines de collègues autour de lui. Un homme à mains nues face à un robot (où est la fente pour glisser les sous de la prime ?). Quelles blessures vont-ils pouvoir lui inventer ?

Alors on dira que le type est un boxeur et que, bien qu’il ne soit pas armé, c’est son corps qui est une arme ! C’est vrai… C’est vrai qu’après avoir procédé à tant d’arrestations de GJs pour « groupement armé » parce qu’ils avaient trois conneries dans leurs coffres, après avoir confisqué des masques à gaz (parce que quand même si les GJs ne crachent pas leurs poumons c’est pas du jeu), on pourrait arrêter des manifestants à cause de leur corps, ou de leurs compétences. Un punching-ball de foire au péage, et on teste les GJs un par un. Trop fort ? Interdit de manif’. 


On pourrait aussi imposer les moufles en manifestation.
En fait il n’y a pas de débat. Dans le combat de Christophe, il y a toujours la même disproportion entre une police surarmée d’un côté et des manifestants qui n’ont que leurs mains.

Il n’y a pas non plus de déchainement de violence dans ces images. Car en fait ce qui « choque » la plupart des politiques et des journalistes (en fusion depuis 2 mois) c’est qu’on ne soit pas faibles. Qu’on ne donne pas l’image de gens faibles. Alors que c’est ce qu’ils voudraient voir. Ils voudraient nous voir d’abord peu nombreux. La déception fut grande quand en fin de journée le Ministère a été obligé d’avouer que le mouvement connaissait un « rebond ». Samedi, en début d’après-midi, la chaîne LCI titrait « moins d’un millier de manifestants dans toute la France, hors Paris ». Moins de mille ! Pourquoi mille ? Pourquoi pas deux ? « Deux gilets jaunes repérés au bord de la D332 avec un cric » ç’aurait été presque plus crédible.

Ils veulent nous voir peu nombreux et inoffensifs. D’abord on aurait bien voulu nous voir pique-niquer (le 24 novembre), puis manifester en cage (le 1er décembre), puis manifester en garde-à-vue (le 8 décembre), puis ne plus manifester du tout (pendant les fêtes). Comme on n’a répondu à aucun de ces souhaits de policiers et d’éditorialistes, chaque nouvelle manifestation de notre détermination est un outrage. Et il est donc là le vrai scandale : ce samedi nous n’étions pas faibles. Malgré les faux décomptes nous étions nombreux. Et malgré les intimidations, les menaces, les barrages, les fouilles, nous ne nous sommes pas laissés faire. Surtout Christophe.

Dans une seconde vidéo on voit sur la passerelle un corps à corps entre des Gilets jaunes et les mêmes gendarmes mobiles. Au milieu de cette foire d’empoigne, Christophe met des coups de pieds à un gendarme tombé au sol. Second scandale. En plus d’être violent, il serait donc un lâche. C’est vrai que ce n’est pas un geste de grande classe. Il doit le savoir Christophe puisqu’il pratique le noble art. C’est la disqualification assurée. La bagarre est captée par les caméras des sous-BFM de l’internet. Qui s’empresseront d’en diffuser les extraits hollywoodiens quasi en direct. Comme quelques semaines plus tôt avec l’affrontement entre GJs et voltigeurs sur les Champs. De ces vidéos attrape-mouches, les bousiers gouvernementaux formeront des Dragibus prêts à gober pour l’AFP : « lynchage », « factieux », « antisémites » ! Macron en a fait un chapelet le premier de l’an : c’est la « foule haineuse » qui s’en prend « aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels ». Sur les plateaux des grandes chaînes on réclame la gueule ouverte ce genre de susucres, les vidéoclips de « violences » tirées de l’internet, surtitrés aux éléments de langage LREM.

L’inégalité des moyens à dispositions des bélligérants : un gilet jaune face à une armure, peut expliquer ce genre de coup bas. Peut-être aussi la curiosité, qui pousse à agiter du bout du pied une carcasse de plastique et métal comme pour vérifier s’il y a bien quelque chose d’humain là-dedans. Ce n’est pas classe, mais est-ce lâche pour autant ? Les GJs se souviennent tous d’un événement qui permet peut-être mieux d’établir ce qu’est la lâcheté. Le 1er décembre, (les journalistes : cachez vos yeux je vais parler violence policière) un homme était tabassé au sol par 8 CRS. Ils l’ont poursuivi dans une rue. Ils étaient en armures, et ils l’ont frappé à de multiples reprises avec leurs matraques. Si cet acte est d’une lâcheté innommable, ce n’est pas parce que l’homme était à terre. Ce n’est pas parce qu’ils étaient 8 contre 1, pas parce qu’ils avaient des armures et lui juste un bonnet, pas parce qu’ils avaient des matraques et lui rien du tout. C’est parce que ces policiers savaient qu’ils seraient couverts. Ils pouvaient frapper sans crainte.

Christophe a été arrêté au bout de quelques heures, parce qu’il a été rapidement identifié (il n’était même pas masqué). Si les policiers auteurs de violence pouvaient être aussi vite identifiés ils seraient sanctionnés n’est-ce pas ? Le même jour que les exploits de Christophe, un policier était filmé en train de boxer un manifestant sans protection, à Toulon. Son identité a rapidement été révélée sur les réseaux sociaux. Le procureur de la République a décidé de ne pas ouvrir d’enquête à son encontre. Il est libre. NDLR : le préfet a tout de même saisi l’IGPN dans cette affaire

Qui sont les faibles et les lâches ? Sur un rond-point, puis dans une manifestation, deux policiers différents m’ont dit : « il ne faudra pas venir nous appeler quand il y aura des attentats ». Sur les réseaux sociaux plusieurs policiers invitaient Christophe à des duels, des combats de boxe en un contre un. A Nantes le même samedi un policier portait un masque du Punisher. C’est tout le drame des policiers : ils se voient comme des héros, des hommes forts, les derniers remparts de la France face au chaos. Alors que ce qu’ils font, depuis 2 mois, tous les samedis, c’est de tirer au flashball dans la tête de lycéens, lancer des grenades explosives sans viser et dans la foule, donner des coups de matraques à des vieux, arracher les téléphones qui les filment, traîner des jeunes femmes au sol et par les cheveux, confisquer des lunettes de piscine, bloquer des gens sur un pont parce qu’ils veulent aller à l’Assemblée Nationale. On a vu meilleurs Supermen.

Que les choses soient claires. La faiblesse et la lâcheté ce ne sont pas les patates de Christophe. C’est éborgner des manifestants, tout en niant tirer dans la tête. C’est faire de la provocation tous les jours sur Twitter et s’enfuir par la porte de derrière de son Ministère quand on vient y sonner. C’est porter plainte pour « violence » contre quelqu’un qu’on a savaté. C’est dire « qu’ils viennent me chercher » avec deux hélicos prêts à décoller dans la cour. C’est lancer des grenades de désencerclement sur la foule, puis réclamer 45 jours d’ITT pour choc psychologique parce qu’on a vous a lancé deux trottinettes. C’est dire « force et honneur », et n’avoir ni l’un ni l’autre.

On m’a averti de « ne pas soutenir ce Christophe sans savoir qui c’est ». C’est peut être un pédo-nazi, ou pire un macroniste infiltré. La question n’est pas celle de l’homme, ni du boxeur, mais de son geste. Qui nous a redonné courage et qui doit nous inspirer. Ça ne veut pas dire se mettre à la boxe anglaise. Ça veut dire : avancer, ne pas reculer, rester déterminés.


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