Wednesday, March 25, 2009

Le roi du monde



Pendant que l’aventurière Alexandra David-Néel parcourait le Tibet et se préparait à faire la promotion du lamaïsme en Occident, le journaliste français Albert Londres était en Chine. Il écrit :

Ma joie est sans mélange. J’ai trouvé mon Eldorado. Il est des hommes cupides qui s’en vont par le monde pour épouser des mines d’or ; d’autres, aimant la lumière, pourchassent les puits de pétrole ; des troisièmes, une lanterne entre les deux yeux, attendent vibrants, des nuits entières aux lisières émouvantes des jungles, un rendez-vous secret avec le tigre noctambule. Moi, votre petit serviteur, je cherchais le pays sans maître, la ville chimérique de l’anarchie totale. Dieu m’a comblé. Je la tiens. C’est Pékin !

Contrairement aux occidentaux férus de magie tantrique, Albert Londres est goguenard devant le grand lama du Yonghegong, le temple tibétain de Pékin :

Je bondis dans un rickshaw et me fis conduire chez le Bouddha vivant.

Le Bouddha vivant est un personnage dans le genre de Pie XI, mais pour la religion lamaïque seulement. C’était, en principe, une haute conscience. De plus son esprit sanctifié offrait toutes garanties de gravité.

A mon arrivée le Bouddha vivant était en prières, au fond de la quatrième cour.

Autour du saint, une trentaine de bœufs, de cerfs, de rhinocéros et de démons terrifiants dansaient le Pu Tch’a.

D’abord un peu étonné, je compris assez rapidement que ces animaux valseurs, n’ayant que deux pattes, n’étaient autres que des bonzes tibétains coiffés d’une tête en carton. C’était la prière pour reconduire les esprits malfaisants.

Néanmoins, je demeurai.

Cette bamboula dura dix minutes.

Alors deux lamas eunuques apparurent portant sur leurs épaules quelque chose comme un bonhomme de neige. C’était la statue du diable.

La bamboula recommença.

Ceux qui représentaient les rhinocéros bramaient comme des cerfs, quand repoussent leurs bois. Les cerfs glapissaient comme un chacal affamé. Les bœufs piaillaient comme des moineaux insouciants. Quand aux démons ils avaient la voix des anges.

Et toute la séquelle, suivant la statue du diable, passa dans une cinquième cour – processionnellement.

Un tas d’herbes sèches y était préparé. Les eunuques jetèrent le diable dessus. Un silence plana.

A cet instant, le Bouddha vivant s’avança vers le bûcher. Là, il fouilla parmi ses innombrables robes et finit par en extraire une boîte d’allumettes japonaises. Il rata la première, et rata la seconde. Le silence planait toujours. A la troisième, il lâcha un juron tibétain. Mais il réussit à la quatrième.

Se baisant, il mit le feu aux herbes. Ce fut un signal : les bonzes tirèrent des pétards. Le diable, en brûlant dégageait une odeur de boulangerie : il était en farine.

La cérémonie était terminée.

Je m’approchai du Bouddha vivant :

- Grand Saint ! fis-je, d’abord daigne bénir l’incroyant que je suis, ensuite, ô puits de tout savoir, condescends à m’apprendre qui dirige aujourd’hui la Chine ?

- C’est Padma Sambhava, né du Lotus, l’éternel génie vivifiant.

- A part lui, grand Saint, est-ce Sa Majesté l’empereur ou Sa Roture le président de la République ?

A part lui, répondit le Saint…
Et j’allais enfin comprendre la question chinoise.
- A part lui, qu’importe ?


(Texte extrait de "La Chine en folie", reportage publié dans l’Excelsior en 1922.)

Aujourd’hui, les extravagantes bamboulas tibétaines se déroulent régulièrement en Occident. Les temples voués à la pratique du bouddhisme magique ont poussé comme des champignons vénéneux, les Boletus satanas.

Satan a toujours été associé au monde souterrain. Or le Tibet, le plateau le plus élevé du monde, permettrait d’accéder aux entrailles de la terre et de parvenir dans le monde souterrain d’Agartha. Des occultistes affirment que dans les profondeurs de la terre se cache le mystérieux roi du monde. En réalité, ce personnage est l’incarnation d’une terrifiante imposture spirituelle. Il est au centre de la "toile d’araignée" qui piège les mystiques imprudents. On chuchote que le Dalaï-lama est le représentant du roi du monde*.

En 1921, le Bouddha vivant des Mongols résidait à Ourga. Son bibliothécaire fit une confidence à Ferdinand Ossendowski. La tête du doyen des prêtres d’Agharta est "un crâne nu avec des yeux vivants et une langue qui parle". En présence de son répugnant prêtre, le roi du monde communique avec les défunts. Il est aussi en relation télépathique avec les puissants, les religieux et les savants qui contrôlent l’humanité. "Bêtes, hommes et dieux, l’énigme du roi du monde", Ferdinand Ossendowski.

La terre creuse était une des obsessions des dignitaires nazis. Ils entretenaient d’étranges rapports avec les initiés tibétains. Lors de la chute de Berlin, les russes ont trouvé les cadavres d’un millier de tibétains en uniforme allemand.



*) "Depuis l’époque des invasions musulmanes, écrit René Guénon, le prêtre Jean (le roi du monde) aurait cessé de se manifester, et il serait représenté extérieurement par le Dalaï-lama." Source : "Le roi du monde", Gallimard.

René Guénon n’a pas vu l’ampleur de la déliquescence de la sagesse orientale. Il pensait qu’une influence spirituelle pouvait survivre dans une organisation qui avait eu autrefois un authentique caractère initiatique. La dégénérescence du lamaïsme n’a laissé qu’un cadavre psychique possédé par des entités anormales.

***

Le 28 mars 1959 le gouvernement tibétain est dissous par Pékin.
Voir la vidéo "Témoignage d’anciens serfs tibétains" : http://bouddhanar-9.blogspot.com/2009/03/temoignages-danciens-serfs-tibetains.html

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