Thursday, July 11, 2013

Vivre sans argent



L'incroyable pari d'Heidemarie Schwermer


Par Isabelle Tissot


Heidemarie Schwermer a fait le choix de vivre sans argent. Impossible voire impensable, direz-vous ! Et pourtant, cette expérience, qui ne devait au départ durer qu’un an, s’est prolongée. A tel point que son initiatrice n’envisage plus de vivre autrement.

Les prémisses de cette idée un peu folle remontent aux années 1990. Après un divorce douloureux, Heidemarie, ancienne institutrice, s’installe avec ses deux enfants à Dortmund dans le nord-ouest de l’Allemagne, où elle ouvre un cabinet de psychologue. Les chocs pétroliers ont frappé de plein fouet la région très industrielle de la Ruhr, précipitant de nombreuses personnes dans la pauvreté. Un constat qui choque Heidemarie, convaincue qu’il ne s’agit pas fondamentalement d’un manque de ressources, mais de leur mauvaise répartition. Quelle absurdité, se dit-elle, que certains ne sachent plus quoi faire de leur argent quand d’autres meurent de faim !

Alors que d’aucuns se seraient contentés d’un apitoiement de circonstances, cette femme énergique refuse de se résigner à cette situation de fait, persuadée que les petits gestes de chacun comptent. Elle monte un projet appelé « Gib und Nimm », en français « Donne et prend », opérationnel en 1994 à Dortmund : tout simplement un système de troc, où les gens échangent biens, services et compétences, sans aucun recours à de l’argent.

Le succès est au rendez-vous, mais pas comme elle l’espérait : ce ne sont pas les sans-abris qui se pressent aux portes des points de rencontre « Gib und Nimm », mais les chômeurs, les retraités ou encore les étudiants… Conséquence inattendue de l’aventure « Gib und Nimm », Heidemarie se rend bientôt compte qu’elle n’a pas besoin de beaucoup pour vivre, et certainement pas de tout ce qu’elle possède. Germe alors une idée folle, ne pas dépenser un seul sou pendant un an.

Arrive le joli mois de mai 1996, sa décision est prise. Elle donne ses biens à des amis et des connaissances, ferme son compte bancaire, résilie ses assurances, et vend sa maison. Mais hors de question de vivre dans la rue ! Elle tire parti de son réseau de troqueurs passionnés qui lui confient la garde de leur maison en leur absence contre de menus services. Elle récupère les invendus des supermarchés bios de Dortmund et s’habille avec des vêtements qu’elle a troqué au marché aux puces. Elle se refuse même à aller chez le médecin. Quant à sa retraite mensuelle de 700 euros, elle la donne à des proches qui en ont besoin. De même pour les droits d’auteur de « Vivre sans argent », le livre traduit dans cinq langues qu’elle a tiré de son expérience : la coquette somme a été reversée en coupures de cinq marks à des passants chanceux. Ses effets personnels se résument au contenu d’une petite valise. Plus 200 euros en cas d’urgence.

D’abord tenaillée par l’angoisse du réfrigérateur désespérément vide, elle finit par apprécier de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Au point d’adopter définitivement ce nouveau mode de vie, auquel elle ne renoncerait pour rien au monde. Heidemarie Schwermer partage son temps entre les services qu’elle rend pour assurer son quotidien, l’écriture de son troisième ouvrage, et de nombreuses conférences. « Living without the money », le documentaire tiré de son expérience n’a pas encore été diffusé en France, mais connaît déjà un franc succès dans le monde entier.

On lui demande souvent si elle n’a pas subi de traumatisme dans son enfance qui permettrait d’expliquer ce dessein irraisonné. Aucun, répond cette native de Dantzig, à l’époque enclave allemande en terre polonaise, si ce n’est la fuite vers l’ouest devant l’avancée des soldats soviétiques à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Arrivée en Allemagne, la famille démunie fait l’objet de moqueries, une prise de conscience brutale pour la petite fille qu’elle était à l’époque, du pouvoir de l’argent sur le jugement des hommes.

A ceux qui la traitent de folle, elle répond que « l’argent nous détourne de l’essentiel » et que l’abandonner lui a apporté « une qualité de vie, une richesse intérieure et la liberté . » Une démarche qu’elle souhaite pousser encore plus loin, en prônant désormais le partage totalement désintéressé, plutôt que le troc.

Provocatrice ou prophète en avance sur son temps, le débat reste ouvert. Bien entourée et peut-être chanceuse au fond, Heidemarie Schwermer a prouvé qu’il était possible de vivre sans argent pendant quinze ans dans un pays où le troc, la récup et le système D font partie intégrante de la culture. Pas sûr qu’elle fasse des émules, et par ailleurs ce n’est pas tant son but que « de faire réfléchir les gens sur leur façon de vivre et leur relation aux autres. » Un pari réussi !

Source :
http://www.durable.com/actualite/article_vivre-sans-argent-l-incroyable-pari-d-heidemarie-schwermer_1607

Vivre et voyager sans argent



6 comments:

  1. Anonymous9:29 AM

    "Les hommes de la multitude ont du superflu ; moi seul je suis comme un homme qui a perdu tout. "
    Lao Tsu


    http://youtu.be/QgaTQ5-XfMM

    http://www.google.ch/search?q=photos+camps+de+r%C3%A9fugi%C3%A9s&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=52reUcq7Aqb54QShzIGAAw&ved=0CC8QsAQ&biw=1280&bih=675#facrc=_&imgdii=_&imgrc=JmNdaBconsbz5M%3A%3B7wyKqhixSTk1LM%3Bhttp%253A%252F%252Fwww.interet-general.info%252FIMG%252FSoudan-Darfour-Camp-Refugies-2.jpg%3Bhttp%253A%252F%252Fwww.interet-general.info%252Fspip.php%253Farticle8664%3B580%3B393

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  2. Anonymous2:21 PM

    Vivre sans argent du tout , vu les mentalités , c'est peut-être possible au cœur des grandes villes pour un nombre restreint d'individus , mais l'heure n'est pas encore venue.
    Celui ou celle qui est " a la marge" socialement est encore considéré comme une merde par beaucoup de gens pour qui le respect se gagne par la réussite sociale.

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    1. Anonymous5:46 PM

      J'adhère à 100% vos propos.
      C'est mon cas d'être considéré comme une "merde" par la société,mais la paix et la délivrance sont mes seuls leitmotivs dans la vie.

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  3. DIOGENE5:01 PM

    ..."Apprendre à me libérer de l’opinion d’autrui;"

    "Apprendre à ne plus justifier ma vision de la vie"...

    affirme Nicolas dans son blog :VIVRE SANS ARGENT :
    http://vivresansargent.wordpress.com/

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  4. Anonymous8:41 AM

    Précisions : alors que le Huffignton Post nous « enfume » depuis des mois avec sa nouvelle idéologie du bonheur…..

    http://www.huffingtonpost.com/meghan-keener/a-history-of-happiness_b_3542445.html

    Le groupe Monsanto vient d’être débouté en Inde de brevets sur le vivant : « Cette décision va avoir de profondes répercussions en faveur de la biodiversité de l’Inde, des droits des paysans et de la sécurité alimentaire », s’est réjouie Vandana Shiva

    « Les entreprises semencières comme Monsanto sont en train de voler aux paysans leurs connaissances et de les breveter, ajoute t-elle. Nous devons protéger notre liberté de semences ».

    Dans le même ordre d’idée, rappelons que la neuroplasticité est aussi le propre du vivant et Mr Matthieu Ricard (avec tout le respect qui lui est dû) ne dispose pas d'un brevet sur la méditation ni sur la plasticité cérébrale, car celle-ci est liée à la biologie humaine: Toute activité cérébrale modifie la plasticité et pas seulement la méditation.

    Enfin, une « lapalissade » pour vivre heureux, il faut aussi pouvoir manger.

    Cordialament

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  5. Anonymous9:29 PM

    La société n'est pas une entité sans visage, ni une entité anonyme : elle est composée par des hommes et des femmes.
    Et si vous dites que la paix et la délivrance sont les seuls leitmotivs dans votre vie c'est que vous êtes un être humain, doué d'une conscience profonde et sensible. Alors pardonnez-moi, mais ce n'est pas un état merdique, mais magique !!

    Aujourd'hui c'est le 14 juillet, alors considérons la défaite de Monsanto comme la prise de la Bastille indienne: seule la force de la vie est révolutionnaire !!







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