Monday, March 08, 2010

Alexandra David-Néel et l’anarchisme


Bravo pour ce blog, je fais passer aux copains...
Juste comme ça en passant : ne pas oublier qu'Alexandra David-Neel était l'élève, pour ne pas dire la disciple d'Elisée Reclus.
Toute ma sympathie spiritualanar.
J-F B.

Merci J-F B de rappeler qu’Alexandra David-Néel était l’amie et l’élève du géographe anarchiste Elisée Reclus. Le combat des anarchistes est plus que jamais d’actualité.

Les misérables en 2010

La triste condition du prolétariat, décrite par Victor Hugo dans « Les Misérables » ou par Emile Zola dans « Germinal », revient-elle progressivement ?

En 2010, des millions de français sont de plus en plus pauvres et beaucoup de personnes survivent grâce aux restaurants du cœur et aux banques alimentaires, nouvelles versions des « soupes gratuites » du 19ème siècle et des « soupes populaires » qui apparaissent après le Krach de 1929. Quant à la classe des riches, elle se vautre ostensiblement dans le luxe en parasitant, exploitant et dérobant les ressources du peuple sans jamais redouter la justice car, comme à l’époque de Victor Hugo, les tribunaux incarcèrent des pauvres (1) pour un vol de quelques euros et épargnent les riches forbans, les tricheurs et les magouilleurs du monde des affaires et de la finance. Tout cela rappelle la situation sociale qui provoqua les révolutions de 1830, 1848, la Commune et toutes les luttes des peuples exploités.

La « Reprise individuelle » d’Elisée Reclus

« Elisée Reclus (1830-1905) n’était pas seulement un savant et un penseur, républicain fervent, il s’était lancé dans la politique active avec son frère aîné Elie, qui fut aussi son collaborateur. Comme Louis David (le père d’Alexandra), Elie avait été proscrit à la suite du coup d’Etat du 2 décembre 1851, qu’Elisée n’avait même pas attendu pour quitter la France. Les deux frères s’étaient retrouvés à Paris, pendant la Commune, au sein de laquelle ils jouèrent chacun leur rôle. Tandis qu’Elie devenait directeur de la Bibliothèque nationale, Elisée faisait le coup de feu comme simple garde national. Ayant échappé aux Versaillais qui les avaient condamnés, les deux Reclus vécurent ensuite en exil, d'abord en Suisse, puis à Bruxelles où ils retrouvèrent Louis David. C’est à Bruxelles qu’Elisée composa la magistrale « Géographie Universelle » (1875-1894), qui lui valut de professer à l’université nouvelle de Bruxelles où, de son côté, Elie enseignait l’histoire des religions et l’ethnographie. Au contact des frères Reclus, la jeune Alexandra acquit les bases solides des disciplines qui l’intéressaient. Elle apprit d’eux aussi bien d’autres choses. Elie Reclus s’occupait à Bruxelles du journal des exilés français, « la Rive gauche » ; plus extrémiste, Elisée collaborait aux publications anarchistes et y faisait figure de théoricien ; il défendait l’union libre et la « reprise individuelle », c’est-à-dire le vol à des fins politiques, mais par souci de rectitude logique, de justice sociale, et non sans un certain puritanisme – que Kropotkine, d’ailleurs, lui reprochait – et qu’il tenait en partie de ses origines calvinistes.

« Pour la vie »

Malgré la grande différence d’âge – Elisée Reclus avait cinquante-huit ans quand Alexandra en avait vingt - , une même indépendance intransigeante, un même souci de rigueur et nombre d’idée communes lièrent l’anarchiste vieillissant et la jeune fille d’une vive amitié. Pour Alexandra, Reclus fut ce que son père n’avait pas su, ou pas pu être, un guide sûr, mais aussi un compagnon plein de ferveur et d’enthousiasme. Dans la brochure « Pour la vie », le premier écrit qu’ait publié Alexandra, elle apparaît comme la digne héritière d’Elisée Reclus qui, du reste, préfaça l’opuscule. Elle lui demeura fidèle jusqu’à sa mort survenue en 1905. »
Jacques Brosse

Le fascisme spirituel

Pendant qu’Elisée Reclus est engagé dans la construction du mouvement anarchiste et que Michel Bakounine défend le peuple au sein de l’Alliance internationale de la Démocratie socialiste, qu’il fonde en 1868, Helena Blavatsky (1831-1891) œuvre au plan malveillant de la hiérarchie de Shamballa, des Maitreya, Djwhal Khul (le maître tibétain) et des guides (führers) ascensionnés. Ce plan propage de fausses méthodes de libération et des techniques méditatives qui sont en réalité des pièges de l’âme, des camisoles psychiques…

Ashtravakra Gîtâ & Avadhuta Gîtâ

Devant la profusion de méthodes d'un spiritualisme douteux, élitiste et hiérarchisé, Alexandra David-Néel, traduit deux textes emblématiques de la spiritualité libertaire : l’« Ashtavakra Gîtâ » et l’« Avadhuta Gîtâ ». Dans son introduction, elle dénonce l’imposture spirituelle qui envahit l’Occident :

« Depuis quelques années des prédicateurs, tant orientaux qu’occidentaux, tentent de propager, en Europe et en Amérique, sous le nom de Védanta, un mélange de Védanta édulcoré et de doctrines diverses parmi lesquelles se rencontraient la bhakti émotive des Vaishnavas, des théories et des pratiques empruntées au Tantrisme et au Yoga tardif et divers autres éléments hétérogènes. Certains s’ingénient même à introduire dans leur présentation de ce védanta, des rapprochements avec le mysticisme catholique. J’ai donc pensé qu’il pourrait être utile d’offrir au public lettré français, non spécialiste des études de philosophie indienne, un texte qui présente sous une forme très brève et dans toute sa rigoureuse pureté, le véritable Advaïta Védanta. »

Ashtavakra Gîtâ :

Prendre pour objet de ses méditations un objet qui ne peut pas en être un, c’est simplement faire travailler son esprit. Ayant rejeté cette idée (rejeté de méditer sur un tel objet), je me tiens où j’en suis.
Commentaire d’Alexandra David-Néel :
« L’idée (ou la croyance) « je suis Brahman » est une action mentale tout comme l’idée « je suis le corps » et doit être supprimée de même que toute autre idée. C’est là un enseignement à bien retenir pour la compréhension de la doctrine profonde de l’Advaïta Védanta. En effet : aham asmi « je suis cela » (c’est-à-dire le Brahman) est la plus haute expression de la doctrine de l’Advaïta Védanta, mais il est enjoint à ses adeptes de ne point s’y arrêter. « Je suis Brahman » n’est encore qu’une conception de notre esprit, il faut la dépasser pour en arriver à ce silence qui d’après les Oupanishads, est la seule façon possible de décrire le Brahman qui n’est rien de ce que nous pouvons exprimer ou concevoir. »

Certaines choses tourmentent le corps, certaines autres l’esprit, certaines autres la parole (le jeûne, les macérations, l’étude, la répétition des formules religieuses). Ayant rejeté tout cela, je vis heureux en mon propre Moi.

Concentration et maîtrise de l’esprit sont le refuge des sots, les sages ne voient rien qui soit à faire. Ils reposent en eux-mêmes comme des gens endormis.

Quand ils voient ces tigres connus comme objets des sens accourir vers eux, les sots prennent peur et se réfugient dans la caverne de la répression de l’esprit ; s’adonnant à la méditation et à la concentration ; les sages ne le font pas, eux qui n’accordent pas d’attention (aux objets des sens).

Plus récemment, le docteur Jacques Vigne a proposé aux lecteurs francophones une nouvelle traduction de l’Ashtavakra Gîtâ : « Soi, l’expérience de l’absolu selon l’Ashtavakra Gîtâ ».



Livres consultés :

« L’Anarchie » par Elisée Reclus

L’anarchie n’est point une théorie nouvelle. Le mot lui-même pris dans son acception "absence de gouvernement", de "société sans chefs", est d’origine ancienne et fut employé bien avant Proudhon. D’ailleurs qu’importent les mots ? Il y eut des "acrates" avant les anarchistes, et les acrates n’avaient pas encore imaginé leur nom de formation savante que d’innombrables générations s’étaient succédé. De tout temps il y eu des hommes libres, des contempteurs de la loi, des hommes vivant sans maître de par le droit primordial de leur existence et de leur pensée. Même aux premiers âges nous retrouvons partout des tribus composés d’hommes se gérant à leur guise, sans loi imposée, n’ayant d’autre règle de conduite que leur "vouloir et franc arbitre", pour parler avec Rabelais, et poussés même par leur désir de fonder la "foi profonde" comme les "chevaliers tant preux" et les "dames tant mignonnes" qui s’étaient réunis dans l’abbaye de Thélème.

Mais si l’anarchie est aussi ancienne que l’humanité, du moins ceux qui la représentent apportent-ils quelque chose de nouveau dans le monde. Ils ont la conscience précise du but poursuivi et, d’une extrémité de la Terre à l’autre, s’accordent dans leur idéal pour repousser toute forme de gouvernement. Le rêve de liberté mondiale a cessé d’être une pure utopie philosophique et littéraire, comme il l’était pour les fondateurs des cités du Soleil ou de Jérusalem nouvelles ; il est devenu le but pratique, activement recherché par des multitudes d’hommes unis, qui collaborent résolument à la naissance d’une société dans laquelle il n’y aurait plus de maîtres, plus de conservateurs officiels de la morale publique, plus de geôliers ni de bourreaux, plus de riches ni de pauvres, mais des frères ayant tous leur part quotidienne de pain, des égaux en droit, et se maintenant en paix et en cordiale union, non par l’obéissance à des lois, qu’accompagnent toujours des menaces redoutables, mais par le respect mutuel des intérêts et l’observation scientifique des lois naturelles.


2 comments:

  1. Ashtavakra Gîtâ :


    Prendre pour objet de ses méditations un objet qui ne peut pas en être un, c’est simplement faire travailler son esprit. Ayant rejeté cette idée (rejeté de méditer sur un tel objet), je me tiens où j’en suis.
    Commentaire d’Alexandra David-Néel :
    « L’idée (ou la croyance) « je suis Brahman » est une action mentale tout comme l’idée « je suis le corps » et doit être supprimée de même que toute autre idée. C’est là un enseignement à bien retenir pour la compréhension de la doctrine profonde de l’Advaïta Védanta. En effet : aham asmi « je suis cela » (c’est-à-dire le Brahman) est la plus haute expression de la doctrine de l’Advaïta Védanta, mais il est enjoint à ses adeptes de ne point s’y arrêter. « Je suis Brahman » n’est encore qu’une conception de notre esprit, il faut la dépasser pour en arriver à ce silence qui d’après les Oupanishads, est la seule façon possible de décrire le Brahman qui n’est rien de ce que nous pouvons exprimer ou concevoir. »

    En résumé, COMMENT s'affranchir de la souffrance inhérente à notre condition humaine?

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  2. Je trouve le passage sur madame Blavatsky un peu sévère. On peut critiquer l'histoire des maîtres et la loge blanche, tout çà, tout çà. Mais il faut accorder à Blavatsky le fait qu'elle a su redonner un souffle nouveau dans une époque de conflits et de grand matérialisme. Evitons de tomber dans les thèses guénoniennes qui sont hautement critiquées par les experts, Guenon ne connaissant pas grand chose au bouddhisme, ni au sanscrit d'ailleurs...

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