Friday, November 05, 2010

Anarchisme précoce


Je sais ma fibre anarchiste depuis mes plus jeunes années, instinctivement, de manière confuse et trouble, sans que j’ai pu poser un nom sur cette sensibilité issue des viscères et de l’âme. Dès l’orphelinat de salésiens où je fus envoyé par mes parents à l’âge de dix ans, dès la première main levée sur moi, dès les premières vexations infligées par les prêtres, dès les autres humiliations contemporaines de mon enfance, plus tard, à l’usine où je fus quelques semaines, puis à l’école ou la caserne, j’ai rencontré la révolte, connu l’insoumission. L’autorité m’est insupportable, la dépendance invivable, la soumission impossible. Les ordres, les invites, les conseils, les demandes, les exigences, les propositions, les directives, les injonctions me tétanisent me vrillent la gorge, me tordent le ventre. Face à tout commandement, je me retrouve dans la peau de l’enfant que je fus, ravagé de devoir reprendre la route du pensionnat pour la quinzaine qui était devenu la mesure de mes incarcérations et de mes libérations. […]

Je n’ai que tardivement, vers l’âge de dix-sept ans, découvert qu’il existe un archipel de rebelles et d’irréductibles, un continent de résistants et d’insoumis qu’on appelle des anarchistes. Stirner me fut un viatique, Bakounine un éclair trouant mon adolescence. Depuis mon abordage sur ces terres libertaires, je n’ai cessé de me demander comment, aujourd’hui, on pouvait mériter l’épithète anarchiste. Loin des options datées du siècle dernier ou des démarquages de ce qui relève encore du christianisme dans la pensée anarchiste des grands ancêtres, je me suis souvent interrogé sur ce que serait une philosophie libertaire ayant pris en considération deux guerres mondiales, l’holocauste de millions de juifs, les camps du marxisme-léninisme, les métamorphoses du capitalisme entre le libéralisme échevelé des années 70 et la planétarisation des années 90, et surtout l’après-Mai 68.

Michel Onfray, « Politique du rebelle ».

Politique du rebelle
Traité de résistance et d’insoumission


Commentaire d’un lecteur :

Traité de résistance et d'insoumission : tout le propos du livre est contenu dans ce sous-titre.

Le livre est très rigoureusement construit. Le lecteur n'est jamais perdu. Il requiert, cependant, des connaissances philosophiques dont les « thèses » de M. Onfray. On en trouve une synthèse parfaite dans La puissance d'exister : manifeste hédoniste.

L'auteur nous propose, en introduction, une partie autobiographique captivante : la genèse du livre semble avoir ses racines dans sa première expérience professionnelle, à 16 ans, dans une fromagerie. Son second hapax existentiel... L'usine est décrite comme une « bête » immonde : les taches exténuantes à accomplir et les petits chefs despotiques... Déjà, le lecteur est happé physiquement : nausée, ambiance poisseuse... Le ton est donné et on est bousculé, au sens physique, du terme pendant toute la lecture.

Un réquisitoire virulent et circonstancié contre toutes les formes d'injustice, qui sont scrupuleusement examinées, et un hymne à l'insoumission. Politique donc cette philosophie, explosive mais constructive surtout. Elle emporte le lecteur dans un tourbillon énergique et l'invite à poursuivre la brèche ouverte par Mai 68.

Il convoque Aristote, Cicéron, Dante, les physiocrates, Leibniz, Hegel, Darwin, Bakounine, Marx, Proudhon, Adam Smith, Blanqui, Nietzsche, Foucault, Deleuze, Bataille, Leiris, Bourdieu... Une profusion de réflexions déclinées sur un mode puissant et guerrier mais sans ressentiment. Il brasse les concepts comme s'ils étaient de la « matière ».

Si le constat est sombre, l'auteur ne nous laisse pas sans remédiation... bien au contraire. On en sort « dopé »


Graine d'ananar





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