Wednesday, February 01, 2012

Plus rien ne sera comme avant





Nous vivons la plus grande mutation civilisationnelle depuis la Révolution française de 1789 et le triomphe de la société bourgeoise moderne qui s'était élevée sur les ruines de la société féodale. Or, prévient Jean Ziegler, « nous allons vers un reféodalisation du monde ». Des « sociétés transcontinentales privées » entretiennent la famine, détruisent la nature et abolissent la démocratie, elles étendent leur emprise sur le monde et veulent réduire à néant les conquêtes des Lumières.

Fondés sur la consommation et le gaspillage des ressources naturelles, la barbarie économique et le féodalisme oligarchique ne sont pas une fatalité. Il est encore temps de remettre en question le mythe de la croissance infinie.


Pendant pratiquement toute l'histoire de l'humanité, les guerres, les famines et les épidémies ont assuré un équilibre démographique et préservé les ressources naturelles de la Terre. Mais, depuis un siècle, la population mondiale a triplé et devrait atteindre bientôt neuf ou dix milliards d'individus contre deux milliards en 1900.

La croissance infinie de la production et de la consommation dans le système capitaliste mondial ne semble-t-elle pas suicidaire ? La décroissance n'est-elle pas nécessaire dans nos sociétés surproductrices et surconsommatrices ?

Décroissance aussi de la natalité, que le capitalisme ne cesse d'encourager afin de faire tourner au maximum la machine économique. Il y a un siècle, les anarchistes, conscients de cette course à l'abîme, ne prônaient-ils pas, déjà, la contraception et le néomalthusianisme ?

« Le bonheur est désormais assimilé à la consommation, écrit J.-P. Tertrais. Les syndicats, comme le Medef, revendiquent la croissance » comme solution aux problèmes d'emploi et de pauvreté. Voir Du développement à la décroissance. De la nécessité de sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme, par Jean-Pierre Tertrais (Éditions libertaires, 2006).

La boulimie de consommation est devenue effarante. « 20 % de la population consomme 80 % des ressources planétaires. » Or la déforestation, la disparition progressive de l'eau douce, la dégradation des sols, la disparition de nombreuses espèces animales, la pollution chimique conduisent Hubert Reeves à cette constatation désabusée : « Personne ne peut dire si notre planète sera encore habitable à la fin du siècle. »

Il fut un temps où la croissance énergétique se justifiait par le bien-être. Elle n'est plus inspirée aujourd'hui que par une volonté de profit et de pouvoir. Le rapport annuel de la Coca-Cola Corporation l'exprime en toute ingénuité : « Chacun de nous, dans la famille Coca-Cola, se réveille tous les matins en sachant que chacun des 7 milliards d'humains aura soif aujourd'hui [...]. Si nous faisons en sorte que ces 7 milliards de personnes ne puissent pas échapper à Coca-Cola, alors nous nous assurerons le succès pour de nombreuses années. »

Décroissance et capitalisme sont antagonistes, puisque le capitalisme ne peut survivre sans une croissance continue.

Michel Ragon



Du développement à la décroissance.
De la nécessité de sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme.

Ici et là, dans les palais comme dans les chaumières, on commence à s'inquiéter. De l'épuisement de toujours plus de  ressources fossiles ou vivantes. De la fin du pétrole bon marché. Du réchauffement de l'atmosphère. De la fonte des pôles... Mais, c'est peu dire que ces inquiétudes, pour en rester au seul stade de l'inquiétude, sont à cent lieues de prendre la mesure de l'événement qui nous menace : la destruction à moyen terme des conditions de la vie sur cette planète. Ce livre, en énonçant toute une série de faits qui ne laissent aucun doute sur la gravité de la situation rompt délibérément avec cette attitude inconsciente ou criminelle. Idem quand il dénonce l'absurdité selon laquelle on pourrait ; croître indéfiniment (en termes de démographie, de production, de consommation...) dans un monde fini. Idem, encore, quand il démontre que la décroissance qui est la seule réponse à la situation actuelle ne pourra pas faire l'économie d'une rupture radicale avec un système capitaliste dont l'appétit de profit immédiats est shooté à l'exploitation et au pillage de toujours plus d'êtres humains et de choses. Idem, enfin, quand il nous explique que, sauf à faire le choix de la dictature, cette rupture doit se poser problème d'un changement de civilisation mettant clairement l'économique au service d'un politique, d'un social et d'un culturel fonctionnant à la liberté, à l'égalité, à l'autogestion et à l'entraide. On l'aura aisément compris, ce livre est de ceux, rares, qui vont à l'essentiel des choses. De ce fait il ne manquera pas de susciter l'adhésion ou la réprobation.
 
Reste, qu'avec le temps, personne n'échappera à ses conclusions.



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