Sunday, March 11, 2012

Cankahneries politiciennes





Serge Dassault, héros de la résistance contemporaine qui a décidé de libérer la France de... l'impôt sur la fortune. Question intellect, Johnny Hallyday à côté est une réincarnation de Spinoza (mais, dans leur spécialité respective, la voix et l'avoir, ils sont imbattables). Héritier d'un grand constructeur d'avion qui, grâce aux aéroplanes qu'il n'a pas conçus, a pu acheter des grands journaux qu'il n'avait pas créés, contrairement aux Servan-Schreiber qui ont, eux, créé de grands journaux qu'ils ont dû vendre. Le premier est un capitaliste. Les seconds furent des entrepreneurs.


Alain Duhamel, version sociale-libérale et démocrate de il est partout. Est à la bien-pensance ce que la grenouille est à la météorologie. Peut collaborer à un journal de gauche et à un journal de droite, non pas parce qu'il change d'avis selon les titres (il a de solides convictions en même temps qu'une immense culture) mais parce que, en réalité, les journaux en question, qu'ils soient de droite ou de gauche, ont le même avis : celui d'Alain Duhamel justement. Ce qui tombe bien. Se trompe presque toujours dans ses prévisions, mais toujours très intelligemment. A soutenu Giscard en 1981, Barre en 1988, Balladur en 1995 et Jospin en 2001, Sarkozy et Hollande frissonnent.

Les bobos : la droite NAP (Neuilly-Auteuil-Passy) avait ses « rentiers viagers », la gauche caviar a ses bobos. A chacun son peuple. Qu'est-ce qu'un bobo ? Un lili baba obsédé par sa bibitte qui lit « Libé ». Après les pavés, la plage. Passé du culte de Mao à celui du « Moâ ». Ce qui compte, pour le bobo, c'est bibi ! Naturellement hédoniste, il pratique la lutte des Glaces, au nom de la cause du « people ». Gâté du PIB, il fait fureur dans la pub. Ex-rouge, s'affiche vert, pense gris, n'y voit que du bleu, apprécie les Jaunes et paie Fatima au noir ! L'estomac à droite, le foie à gauche, le zizi à l'extrême gauche, le cœur au centre et la tête ailleurs. Actif avec Alain Madelin, festif avec Jack Lang. Libertaire le week-end (c'est-à-dire à partir du jeudi après-midi), libéral en semaine. Ici on Nike, là on nique. Roule en semaine en Scenic 4/4 et le week-end en velo-Sollers ! Identifiant le capitalisme à une partouze, le bobo voit poindre le spectre de « l'ordre moral » derrière toute critique du marché du sexe. Le porno est pour lui ce qu'au prolo fut le Pernod. S'attire tout ce qui « bourge ». Pousse la témérité jusqu'à dénoncer, en 2004, le régime du maréchal Pétain ; et le courage jusqu'à stigmatiser, sans faux-fuyants, le « populisme » de ces démagogues qui exigent la revalorisation du Smic. Soutient les sans-papiers qui acceptent, eux, de travailler pour moins cher que ceux qui en ont. Défend l'endroit de l'Homme, ignore l'envers. Aucun CAC 40 de conscience ! Dénonce les « dérives sécuritaires » à l'ombre de son double digiCode pénal. Pratique l'antiracisme d'entre Blancs, comme des Polonais l'antisémitisme sans Juifs. Tombé du haut de ses juvéniles utopies, le bobo a inventé, pour se rehausser, la semelle antifasciste de compensation. L'antilepénisme de posture lui sert volontiers de progressisme d'imposture.

Le bobo ne jure que par Godard, exalte les colonnes de Buren lit Voici caché dans Les Inrockuptibles et ne rate pas un épisode de « Loft Story ». Le bobo est cool, le bobo pense « bien » et en rond, le bobo en société est plaisant, quoique le bobo, comme le « Bororo », reste généralement entre soi. Utilise un discours précongelé disponible dans tous les rayons Picard du « politiquement correct ». Idéologiquement propre sur lui, le bobo se fait volontiers un uniforme de son impensé unique. Coupe au carré, un seul ton, tissu imperméable. Le bobo est « dans la ligne » du grand parti intello-médiatique-bobo. Et n'imagine d'ailleurs pas qu'on puisse s'en éloigner. Il traverse dans les clous sous l’œil attendri des poulagas de la bien-pensance. En fonction de quoi, très civilement, très poliment, très benoîtement totalitaire, il excommunie en douceur et ostracise mezzo voce.

Même quand il a bu, le bobo, à bout, boude l'abus, comme si la moindre tension réveillait en lui les anciens bobos du bébé bobo. Vocabulaire minimum, mais des batteries de références. Peu cultivé, mais forcément « d'avant-garde ». Ne citerait pas une seule pièce de Racine, ne connaît de Voltaire que le boulevard, croit qu'Anatole France est le fils de Mendès, mais n'ignore rien des expériences de Catherine Millet et des extases de Michel Houellebecq. Côté vacances : plus Marrakech que Palavas-les-Flots. En babouche, le bobo biche ! Son couvert d'argent est mis à la table de la droite économique, et son Lubéron de serviette à celle de la gauche culturelle !

Le bobo se place toujours du côté de la modernité. Son choix est net. Et même Internet ! C'est pourquoi il s'est précipité sur les actions Vivendi Universal et a même cru aux start-up qui proposaient des chaussures qu'on ne pouvait pas essayer !

Bobos de tous les pays, unissez-vous ?
C'est fait !
Et ça donne quoi ?
Le monde actuel...

Jean-François kahn
Dictionnaire incorrect

1 comment:

  1. Très drôle et bien écrit - Bon dimanche

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