Friday, November 02, 2012

Une société schizophrène



Les polluants sont des poisons. Quand les exploitants agricoles et les responsables de l'industrie agroalimentaire seront-ils jugés et condamnés pour empoisonnement ?


Les profiteurs du système (banques, multinationales...) trembleront-ils quand internet se structurera en véritable agora numérique ? Une vox populi, renouant avec le bon sens, pourra-t-elle résister aux décisions de ceux qui imposent aux populations un mode de vie suicidaire afin d'augmenter les dividendes d'actionnaires insatiables ?

Il y a urgence : « des affections cardiovasculaires à la stérilité masculine en passant par le diabète, l'asthme... nombre de maux dont nous souffrons ne sont plus d'origine naturelle mais artificielle, fabriqués en quelque sorte par l'homme. A court terme, c'est la survie de l'espèce humaine qui pourrait être mise en cause. » (Ces maladies créées par l'homme)

Selon le Professeur Dominique Belpomme, « il y a trois façons d'envisager la fin de l'espèce humaine. La première est sa disparition spontanée, que celle-ci soit génétiquement programmée ou qu'elle soit liée à une cause environnementale, telle que l'épuisement des ressources planétaires. Ce type de disparition est attendu. Il s'inscrit dans les lois de l'Évolution naturelle. Dans ce cas, il est certain que l'espèce humaine disparaîtra un jour, dans de nombreuses années, mais sans qu'on puisse prédire quand, comment et pourquoi. La deuxième possibilité est sa disparition accidentelle. Celle-ci est toujours naturelle et liée à l'environnement, mais elle n'est pas attendue. Elle s'apparenterait à celle des dinosaures. La cause pourrait en être, par exemple, une météorite géante entrant en collision avec la Terre. Un tel événement, qui peut être prévisible, n'est pas biologiquement programmé. L'homme n'en serait pas responsable. Une troisième possibilité est la disparition prématurée de l'espèce humaine, provoquée par l'homme. Il en serait pleinement responsable. Soit l'homme sera parvenu à modifier si profondément son environnement qu'il l'aura rendu invivable —l'augmentation de température de la planète par effet de serre en est l'exemple le plus évident —, soit il aura provoqué prématurément sa propre mort, en induisant de nouvelles maladies, non contrôlables par la médecine. Dans les deux cas, la disparition de l'homme serait purement artificielle. C'est ce troisième type de disparition potentielle que j'envisage, car c'est celui qui est devenu le plus probable. En effet, jusqu'à maintenant on pouvait considérer que les maladies que l'homme avait à traiter étaient d'origine purement naturelle. Celles-ci étaient causées par des bactéries, des virus ou des parasites existant spontanément dans la nature. Notre médecine a pu enrayer la plupart d'entre elles, grâce aux progrès spectaculaires qu'elle a accomplis. La situation a changé. C'est nous qui fabriquons nos maladies. Celles-ci ne sont, en effet, plus naturelles comme jadis, mais artificielles, car elles sont liées à notre civilisation, ou plus exactement à la pollution environnementale que nous induisons. »

Dominique Belpomme envisage un certains nombre de reformes qui pourraient « rompre le cercle infernal généré et qui consiste à fabriquer artificiellement de nouvelles maladies ». « Mais, précise-t-il, ces réformes constituent en réalité une véritable révolution conceptuelle. Elles remettent en cause les nombreux préjugés actuels, en s'opposant parfois radicalement à certains lobbies économiques ou industriels et même à ce qui est considéré comme le fonctionnement normal de nos institutions. Car notre société est en crise, une crise multiforme. Elle se traduit par la perte des valeurs morales, le non-respect du droit, l'inadéquation de notre système sanitaire, social, économique et financier aux problèmes posés. C'est ce que pensent nombre de nos concitoyens, en particulier les jeunes, dont beaucoup se sentent désespérés, sans projet, sans espoir, sans avenir, et dont certains ne trouvent, malheureusement, une solution que dans la drogue ou la violence.

Cette crise est considérée comme essentiellement économique et financière, alors qu'elle est en réalité idéologique, morale et comportementale. Parler de crise de la santé et de déficit de la Sécurité sociale, c'est ne voir que la partie émergée de l'iceberg, car la crise concerne la façon dont nous entrevoyons le progrès, l'organisation de notre société et le développement de notre civilisation. C'est pourquoi il est nécessaire d'aller plus loin. Répondre à la crise de santé proprement dite par une démarche technocratique ou financière, en limitant la consommation des soins, est voué à l'échec. Les dépenses de santé ne peuvent que croître car nous sommes dans un système de libre entreprise non régulé. C'est donc un problème structurel lié à notre système économique.

Notre société est malade. Elle est devenue schizophrène. La schizophrénie est caractérisée par un dédoublement de la personnalité et une rupture avec la réalité. C'est exactement la façon dont se comporte notre société. Le dédoublement de comportement est la base de son fonctionnement. D'un côté, elle sait ce qu'il faut faire, et de l'autre, elle occulte la situation en raison d'intérêts financiers. Ce dédoublement la conduit à se déconnecter de l'environnement, à ne plus tenir compte de la réalité. Refusant de voir celle-ci en face, elle se condamne à sombrer et à disparaître. »

Dominique Belpomme, Ces maladies créées par l'homme.


Ces maladies créées par l'homme




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