Monday, September 14, 2009

L’Inde spirituelle

Les Beatles et l’Hindouisme
Le 14 septembre 1969 à Tittenhurst, John Lennon et George Harrison rencontrent le sage hindou Srila Prabhupada. Deux ans plus tôt, en 1967, les Beatles avaient fait la connaissance du gourou de la méditation transcendantale, Maharishi Mahesh Yogi, décédé en 2008




Auroville et le Dalaï-lama





Figure de proue du nouveau spiritualisme, le dalaï-lama est accueilli à Auroville comme le messie.
La communauté, située à dix kilomètres de Pondichéry, commercialise de nombreuses techniques prisées par les adeptes du nouvel âge et du néo bouddhisme.

Alain Daniélou


L’indianiste Alain Daniélou (1907 – 1994), frère du cardinal Jean Daniélou (1905 – 1974), déplorait l’avilissement de la tradition spirituelle indienne « devenue purement dogmatique, puritaine et sociale, non seulement en Occident mais dans l’Inde moderne elle-même ». Il espérait que la redécouverte de l’antique tradition « pourrait être la source de cette ère nouvelle qui doit succéder aux désastres qui menacent l’humanité », disait-il.

Non content de piller les richesses de l’Inde et de réduire à la misère une grande partie du peuple, l’Empire britannique s'efforçait de pervertir les élites. Vivékânandä enseignait un védantä adapté aux concepts et aux préjugés du puritanisme anglo-saxon. L’auteur du livre « Autobiographie d’un yogi », Paramhansa Yogananda, éduqué à la Scottish Church College (Université de l'Eglise Ecossaise) de Calcutta, attirait l’attention des Occidentaux sur les aspects secondaires et racoleurs de la spiritualité (pouvoirs, réincarnation…), favorisant ainsi l’expansion d’un spiritualisme très éloigné de la véritable philosophie indienne.

« Athènes, écrit Daniélou, Alexandrie, la Syrie, la Palestine étaient des lieux de rencontre où se trouvaient de nombreux Hindous. Aristoxène, cité par Eusébius parle de discussions entre Socrate et un philosophe indien. L’école des Sceptiques fut fondée selon des principes jaïna. Comme l’a remarqué Schröder (Pythagoras und die Inder) presque toutes les doctrines philosophiques ou mathématiques attribuées à Pythagore sont dérivées du Sânkhya et étaient courantes dans l’Inde à son époque. Nous retrouvons d’ailleurs les concepts fondamentaux du Sânkhya chez Anaximandre, Héraclite, Empédocle, Anaxagore, Démocrite et Epicure. Les influences indiennes sur la pensée des Gnostiques, des Néo-platoniciens ainsi que sur l’Evangile de Saint Jean sont généralement reconnues. L’Apocalypse est une adaptation du Bhavishya Purâna. Il existait des colonies d’Hindous sur le haut Euphrate bien avant l’ère chrétienne et c’est seulement en 304 de notre ère que Saint Grégoire détruisit leurs temples et en brisa les images. »

Les castes

Anandamayî Mâ (1896 – 1982), considérée comme la plus grande sainte de l’Inde du 20ème siècle, et de nombreux spiritualistes ne critiquaient pas à le système des castes. Il est vrai que son abrogation en 1950 n’a pas remédié aux injustices sociales.

« En dehors du système des castes, qui assure l’équilibre entre les fonctions essentielles dans toute société, il n’a jamais existé, et il ne peut exister aucun système qui n’aboutisse à la suprématie tyrannique de l’une des castes, de l’une des catégories sociales. C’est pourquoi il existe selon Manu (1), quatre systèmes de gouvernement tyrannique : la dictature du clergé, la dictature aristocratique, la dictature bourgeoise et la dictature prolétarienne. Bien qu’ils différent par leur forme, ces quatre modes de gouvernement sont similaires dans leur nature et également instables et injustes. Aucun ne peut être durable car ils sont basés sur la domination d’une caste qui, pour rester au pouvoir, doit opprimer ou écraser les autres. Mais ceci ne peut jamais réussir car, supprimées de l’extérieur, les mêmes divisions inévitables, les mêmes inégalités reparaissent au sein même de la classe dominante et la course au pouvoir recommence indéfiniment.

« Dans aucune de ces formes de gouvernement, il n’y a véritablement une loi au-dessus des intérêts, des idées, des croyances du groupe au pouvoir. C’est pourquoi aucune ne peut assurer aux groupes d’individus la liberté d’être différents des autres, d’avoir la religion, la morale, la civilisation qui leur convient. Toutes les dictatures que ce soit celle du prolétariat, de l’armée, de la bourgeoisie ou de l’église, vivent de propagande, de lavage de cerveaux, d’oppression, de prisons, de bûchers, dont l’horreur échappe souvent à leurs auteurs car ils se sentent différents des autres castes. Même dans les dictatures bourgeoises (capitalistes, caste des marchands) les prisons sont pleines de gens de caste ouvrière pour de menus larcins ou autres « crimes » insignifiants alors que les grands bourgeois pour des « appropriations » plus ou moins légales (la loi étant faite pour eux, et par eux) sont traités avec considération bien qu’une seule de leurs malversation puisse correspondre à des sommes supérieures à celles réunies de milliers de prisonniers ouvriers.

« C’est seulement dans le système des castes, similaire d’ailleurs sur certains points aux corporations, au clergé, aux bourgeois et aux princes de l’Europe ancienne, que nous trouvons une autorité capable de contrôler, le gouvernement au pouvoir qu’il soit bourgeois ou militaire (royal). La difficulté consiste toujours à placer les arbitres de la loi au-delà de toute corruption ou influence, et de toute violence. C’est pour cela que les règles de vie des Brahmanes sont dans la société hindoue d’une telle sévérité, façonnant le caractère dès l’enfance avec une rigidité à laquelle les Spartiates ou les Samouraïs n’auraient rien à envier. En même temps leur position sociale est inattaquable et leur mise à mort interdite par de terribles sanctions. Pratiquement, toutes les professions techniques ou lucratives, sauf la prêtrise et l’enseignement, sont interdites aux Brahmanes et encore n’ont-ils point le droit de vendre le savoir, d’enseigner pour de l’argent. C’est pourquoi dans l’Inde moderne les lettrés traditionnels ne peuvent enseigner dans les Universités conçues sur le plan européen puisque les professeurs y touchent un salaire, sont des employés qui vendent leur savoir sans tenir compte des qualifications des élèves pour le recevoir et n’en pas faire un mauvais usage. […]

« Il existe toutefois dans la société hindoue, un moyen pour l’individu qui a des dons particuliers de sortir de sa caste, mais ceci ne peut être fait qu’à condition que ce soit à titre de valeur personnelle, et non pas sur le plan social ou pour tirer des avantages matériels. L’individu d’exception n’a droit à une place d’honneur que s’il renonce à créer une lignée.

« Il peut donc renoncer au mariage, à la vie familiale et revêtir la robe monastique de sannyasi qui, lui, est hors caste et au-dessus de toutes les castes. Il peut aussi, tout en restant dans sa famille, s’adonner à l’étude, aux sciences, aux arts, aux lettres, à la philosophie, mais sans en faire exactement un métier et sans entraîner sa famille et ses enfants hors de la profession familiale. Plusieurs des grands poètes et mystiques de l’Inde ainsi que les artistes et les musiciens ont appartenu aux castes artisanales et n’en ont pas moins vu des rois se prosterner à leurs pieds. Par ailleurs, des princes ont été des musiciens, des peintres, mais n’en ont pas fait leur profession et n’en ont pas pour cela abandonné leurs devoirs de chevaliers.

« Il est utile de rappeler que, dans la religion hindoue, la vie de sannyasi n’implique pas la claustration dans un monastère. Liés seulement par leurs vœux (qui n’incluent pas nécessairement la chasteté), les sannyasi-s vivent librement et jouent souvent un rôle très actif dans la vie politique, religieuse ou intellectuelle du pays car leur devoir est d’enseigner la philosophie, la morale, la théologie dans les villages où ils passent. Il est interdit de poser au sannyasi la moindre question sur ses origines, sa caste, sa famille. Ses liens avec elle n’existent plus.

Alain Daniélou « Les quatre sens de la vie », éditions du Rocher.




(1) Manu Vaivasvata est le législateur de l’ère actuelle.

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