Wednesday, August 12, 2015

Méfiez-vous des Auxcriniers !



Le Roi des Auxcriniers, dessin de Victor Hugo. Le poète s'est inspiré d'une illustration représentant le dieu égyptien Bès dans "L'Histoire de la caricature antique" de Champfleury.


L
e channeling, une nouvelle forme de spiritisme, recommande d'user de la méditation pour se connecter à de prétendus maîtres ascensionnés ou des « anges ». Attention, des créatures du monde intermédiaire, que Victor Hugo appelle les « Auxcriniers », seraient à l’affût !

« Hugo se prend de passion pour ce qu'il nomme « les tables mouvantes » en septembre 1853, lors de son exil à Guernesey. Il demeure un spirite fort actif tout au long de l'année 1854, mais s'interrompt brutalement au début de l'an 1855 quand l'un des participants aux séances de tables tournantes, Jules Allix, devient la proie d'une crise de démence. Dans « Hugo », Henri Guillemin évoque un phénomène particulièrement troublant et déstabilisateur :

« Mais si l'on ne touche plus, à Guernesey, au guéridon loquace, les « esprits » une fois convoqués ne se laissent pas ainsi réduire au silence. Jusqu'à la fin de sa vie, pendant les trente années qui lui restent à parcourir, Hugo ne cessera plus [...] de subir ces inquiétants contacts. [...] Ces "anges ténébreux" dont il entend les frappements dans son mur, le glissement dans sa chambre (et quelqu'un, dans le noir, le touche à l'épaule, et on respire à côté de lui, et une espèce de chant devient perceptible, et un mot, soudain, retentit, inexplicable, et une force horrible sépare violemment ses mains jointes), ces visiteurs énigmatiques l'obsèdent". » (Guillemin, « Hugo ».)

Une nuit de 1865, un nom lui vient brusquement à l'esprit : « les Auxcriniers ». Ainsi nomme-t-il les créatures du monde intermédiaire, qui parfois s'introduisent dans notre réalité...

Victor Hugo été envoûté par les « esprits » ? Les « tables mouvantes » lui ont-elles tourné la tête ?

Cet homme qui se dit officiellement « libre-penseur » semble perpétuellement habité par la question de Dieu. Selon ses enfants, il prie quotidiennement et pratique une sorte de déisme personnel. Jusqu'à sa mort, il se montre même ouvertement attaché à la personne du Christ. Un long poème inachevé, Dieu, témoigne de son regard nimbé de spiritualité. A ses yeux, Dieu ne saurait être que l'Inconnu, l'Inachevé, le grand X de l'algèbre.


« Cet X a quatre bras pour embrasser le monde, 
Et, se dressant visible aux yeux morts ou déçus, 
Il est croix sur la terre et s'appelle Jésus. » 


Christophe Bourseiller, « Et si c'était la vérité ».




No comments:

Post a Comment