Tuesday, October 19, 2010

Actualité de Proudhon


Rejet de l’individualisme

Proudhon (1809 – 1865) a été l’un des premiers à lutter contre l’atomisme et l’individualisme bourgeois. Toute son œuvre est fondée sur la solidarité, les rapports de coopération qu’implique nécessairement la division sociale du travail. Mais peut-on concevoir des atomes distincts et sans autonomie ? S’ils sont sans autonomie, c’est qu’ils constituent donc un tout, une molécule.

Eradiquer la spéculation

Chez Proudhon, la société n’est plus une somme d’individualités, mais un concert de groupes sociaux interdépendants, solidaires, en rapport de réciprocité, de mutualité, organisés dans une structure commune, fondée sur la fédération politique et la fédération économique, régis au plan économique par la stricte application de la loi de la valeur travail, c’est-à-dire par fixation des prix des produits et des services par un organisme central de statistique, de budgétisation et de planification, et régis, au plan économique, par l’appropriation du pouvoir par l’ensemble des groupes sociaux fédérés, de la base au sommet. […]

Réalisme social

Il faut souligner ici l’immense réalisme de Proudhon, qui ne réduit pas le fonctionnement de la société, l’évolution historique, à la simple résolution des contradictions économiques entre deux classes sociales. Il y aura toujours, dans toutes les sociétés, multiplicité groupale, chaque groupe poursuivant ses fins propres et ayant tendance à monopoliser à son profit la plus grande partie possible de l’ensemble social. Toutefois, Proudhon, contrairement à ce que lui ont prêté Marx et ses successeurs, ne nie pas l’irréductibilité du conflit qui oppose la classe du capital à celle du salariat. L’antinomie est de celles que Mao Tsé-toung a qualifiées de contradictions antagoniques, c’est-à-dire qui ne peuvent se résoudre que par un dépassement.

S’unir contre les groupes bancocratiques

Par contre, il existe, il peut se présenter dans la réalité sociale des contradictions non antagoniques, c’est-à-dire susceptibles d’équilibre, mais qui n’en restent pas moins à l’origine du mouvement social dans la société globale. C’est pourquoi Proudhon a pu penser longtemps, et cela correspondait à une analyse conséquente de la réalité sociale française, que le prolétariat et la classe moyenne (artisans, paysans, commerçants…, etc.) avaient une certaine communauté d’intérêts et étaient donc susceptibles de faire alliance pour s’opposer aux visées de la féodalité financière et industrielle, supervisée par les groupes bancocratiques. Mais, aux yeux de Proudhon, le premier travail de la révolution sociale était bel et bien de supprimer la domination du capital sur le travail, de faire disparaître la classe exploiteuse, détentrice du capital, et cela, au besoin, radicalement.

Une autre société

Mais une fois le système capitaliste détruit, il ne s’agit pas d’aboutir à un autre type de société, qui présenterait des travers importants ; c’est pourquoi, dans ses constructions positives, le problème essentiel qu’essaiera de résoudre Proudhon sera de définir les conditions auxquelles le mouvement social pourrait conserver sa spontanéité et son effervescence. D’autre part, il s’agissait d’empêcher qu’un groupe social, tel que l’Etat ou les capitalistes, puisse confisquer, au détriment des autres, l’ensemble de la réalité sociale, en la faisant tourner à son profit, ce qui a pour effet d’orienter dans un seul sens la vie de la société. Or la vitalité sociale provient de la confrontation entre groupes supports d’intérêts et donc de politiques différentes. D’autre part, il fallait définir des conditions organisationnelles qui maintiennent le système ouvert.

La réalisation de la personne humaine

Insister sur l’autonomie propre des groupes sociaux n’est pas nier l’autonomie de la personne. Si l’individu, qu’il le veuille ou non, qu’il en ait conscience ou non, appartient de fait à un groupe de référence qui lui a, en particulier, inculqué une bonne part de ses valeurs via l’éducation reçue dans son groupe d’appartenance, il n’en reste pas moins une individualité plus ou moins autonome. Le groupe social préexiste à l’individu qui n’y peut pas grand-chose, mais celui-ci est en relation dialectique avec son groupe, avec les autres groupes, avec la société qui risque plus ou moins d’étouffer son autonomie. Une donnée du problème est alors pour Proudhon de sauvegarder les intérêts de la personne, l’indépendance de l’être humain dans le vaste concert social.

Proudhon donne ainsi la primauté à la personne humaine, la finalité de la société n’étant que de favoriser la réalisation des personnes.

Jacques Langlois, « Défense et actualité de Proudhon ».


Qu'est-ce que la propriété ?

Ce texte, publié en 1840, rendit célèbre Pierre-Joseph Proudhon grâce à une impérissable formule « La propriété, c'est le vol. » Pour Proudhon, le capitalisme est l'apothéose d'une extorsion invisible. Le rassemblement productif des travailleurs dégage une force collective supérieure à la somme des forces de ces travailleurs pris isolément. Or la propriété privée des moyens de production autorise le capitaliste à rémunérer le travailleur sur la seule base individuelle de ce qu'il aurait produit s'il avait été placé hors de la force collective de production. Le propriétaire du capital empoche la différence ; ce surplus est le profit capitaliste, que Proudhon appelle l'aubaine. Toute la question économique de la justice est de répartir cette plus-value sans accaparement ni spoliation. En notre temps de crise du capitalisme, est-il question plus urgente ? La lecture du texte provocateur de Proudhon nous en prouve l'actualité. Saurons-nous y répondre mieux que lui ?



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