Tuesday, November 16, 2010

L’art de vivre pleinement


L’art de vivre pleinement, totalement et intensément n’est pas quelque chose d’ardu ou de difficile, mais on l’a rendu presque impossible. Il est si simple et si évident qu’il n’y a aucun besoin de l’apprendre.

On naît avec une intuition, intrinsèque à la vie elle-même. Les arbres connaissent cet art, les oiseaux le connaissent, les animaux le connaissent. Seul l’homme est malchanceux. L’homme est le sommet le plus élevé de la vie, et il veut connaître l’art de vivre. Il a continuellement reçu un conditionnement qui s’oppose à la vie. C’est pour cette raison fondamentale qu’il a besoin de cet art.

Toutes les religions du monde qui ont dominé l’humanité pendant des siècles sont anti-vie. Leur fondement même, c’est que cette vie est une punition. Selon le christianisme, vous êtes né du péché parce qu’Adam et Eve ont désobéi à Dieu. C’est incroyable à quel point on peut étirer une fiction. Même si Adam et Eve ont désobéi à Dieu, je ne vois aucune relation avec vous ou moi. Et deuxièmement, la désobéissance n’est pas nécessairement un péché. Parfois, c’est peut-être ce qu’il y a de plus vertueux à faire.

Mais toutes les cultures, toutes les sociétés veulent l’obéissance. C’est un autre nom pour l’esclavage, pour l’emprisonnement spirituel. Quel mal Adam et Eve ont-ils fait en mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance ? La sagesse est-elle un péché ? L’ignorance est-elle une vertu ? Et Dieu leur a interdit de manger de deux arbres : l’un était celui de la sagesse et l’autre celui de la vie éternelle. Qui a commis un péché ? Adam et Eve ou Dieu ? Ni la sagesse, ni l’aspiration à la vie éternelle ne sont quelque chose de mal ; elles sont absolument naturelles. C’est la prohibition qui est fausse, et leur désobéissance est parfaitement juste. Ils furent les premiers révolutionnaires du monde, les premiers êtres humains à avoir de la dignité.

C’est grâce à leur désobéissance que toutes les civilisations, la science et l’art, et tout le reste ont été possibles. S’ils n’avaient pas désobéi, nous serions encore nus dans le jardin d’Eden a mâcher de l’herbe, même le chewing-gum n’aurait pas été possible.

Il ne s’agit pas que du christianisme ; les autres religions trouvent d’autres raisons pour condamner la vie. L’hindouisme, le jaïnisme, le bouddhisme, tous disent que vous souffrez, que vous êtes misérables et que vous ne pouvez pas vous en sortir, car c’est une punition pour les actes mauvais que vous avez commis dans des vies passées. A présent, ce qui a été fait dans une vie passée ne peut pas être défait ; vous devez souffrir. Cette misère, cette souffrance, cette anxiété, vous les avez créées vous-même, et tout ce que vous pouvez faire, c’est souffrir patiemment afin d’être récompensé dans une vie future. Un argument étrange !

Si vous faites quelque chose de mal dans cette vie, vous devriez être puni dans cette vie. En fait, les causes et les effets vont toujours ensemble. Mettez simplement votre main dans le feu : pensez-vous que vous serez brûlé dans une vie future ? Vous serez brûlé ici et maintenant. Chaque acte a sa propre récompense ou sa propre punition. Cette distance dans le temps est une ruse pour vous faire accepter la vie à son minimum, et toutes ces religions vous enseignent à renoncer à la vie. Ceux qui renoncent à la vie deviennent des saints ; ils sont vénérés. Ceux qui vivent pleinement, totalement ne sont vénérés par personne ; personne ne les apprécie. Au contraire, on les condamne.

Toute notre éducation s’oppose au plaisir, à la joie, au sens de l’humour, au fait de se réjouir des petites choses de la vie : chanter une chanson, danser, jouer de la flûte. Personne ne vous qualifiera de saint parce que vous jouez si bien de la flûte – à part moi.

Je vous qualifierai de saint si vous dansez si totalement que vous en disparaissez que seule la danse demeure ; le danseur est complètement dissout, fondu, il est devenu la danse. Si vous jouez de la flûte si totalement que vous vous oubliez complètement vous-même, il ne reste que le chant, et vous n’êtes pas le chanteur, mais juste celui qui écoute, alors la flûte est sur les lèvres de Dieu.

Si vous aimez, c’est condamné.

Toutes les religions ont dit que l’amour était animal. Bien que j’aie observé les animaux, je n’ai jamais vu d’amour dans aucune espèce animale. L’amour est absolument humain. Les animaux peuvent s’adonner au sexe, mais avez-vous observé les animaux dans ces moments-là ? Vous n’y trouverez aucune joie. Vous les trouverez parfaitement anglais. Des chiens battus, comme s’ils subissaient un malheur. Et en fait, ils subissent un malheur. C’est une nécessité biologique et ils le ressentent, une force inconnue les force à faire quelque chose qui ne les intéresse pas.

C’est pourquoi, à part l’homme, aucun animal ne fait l’amour toute l’année. Cela ne se passe qu’à la saison de l’accouplement, quand la biologie les y pousse : « Maintenant, tu dois le faire » - sous pression, comme si quelqu’un les menaçait d’un fusil et leur donnait un ordre : « Fais l’amour ». Regardez simplement les animaux, leurs yeux : ils n’éprouvent aucune joie.

Parler de l’amour comme de quelque chose d’animal est un tel non-sens. Les animaux ne savent pas ce qu’est l’amour. même des millions d’êtres humains ne savent pas ce qu’est l’amour. L’amour a besoin, comme base, d’une certaine centration, d’un certain enracinement dans votre être, car à moins d’être centré dans votre être, vous ne connaîtrez pas tous les trésors que vous portez en vous. L’amour n’est qu’un de ces trésors. Il y a des choses plus grande : la vérité, l’extase et l’expérience du divin. A moins d’être dans une méditation profonde, on ne peut aimer et on ne peut pas vivre.

Vous m’interrogez sur l’art d’être pleinement vivant. Commencez avec la méditation de façon à pouvoir connaître la source de votre vie ; vous pouvez être à la source de votre vie, et c’est une expérience étonnante. Soudain, vous devenez conscient que vous avez tant, une telle abondance ; si vous le vouliez, vous pourriez aimer le monde entier. Vous pourriez remplir le monde entier de votre amour. […]

L’art de vivre commence par la méditation. Et par méditation, j’entends le silence du mental, le silence du cœur, atteindre le centre même de votre être et trouver ce trésor qu’est votre réalité (1). Une fois que vous l’avez connu, vous pouvez irradier de l’amour, vous pouvez irradier de la vie, de la créativité…



(1) « La méditation vécue au quotidien n’est autre que la transformation de l’esprit, c’est une révolution psychologique qui fait que l’existence quotidienne telle que nous la vivons – et il ne s’agit pas là de théorie, d’idéal, mais du vécu de chacun des instants de notre vie – est pleine de compassion, d’amour, et de l’énergie nécessaire pour transcender toute forme de médiocrité, de petitesse, de superficialité. Quand l’esprit se tait – qu’il est réellement silencieux, mais pas de manière forcée, sous la contrainte d’un désir, d’un vouloir – il naît alors un mouvement d’un autre genre, qui n’est pas de l’ordre du temps. »
Krishnamurti, « Cette lumière en nous, la vraie méditation ».

No comments:

Post a Comment

Note: Only a member of this blog may post a comment.