Wednesday, November 24, 2010

Philosophes libertaires de l’Antiquité


Dans la Cité grecque, les philosophes cyniques ont pensé et vécu en farouches « libertaires ». Le nom de cyniques leur viendrait de l’endroit où ils se réunissaient, le gymnase du Cynosarge, situé dans le quartier des métèques à Athènes. De plus, soit par défi soit par dérision, les Cyniques comparaient volontiers leur façon de vivre à celle d’un chien (Cynique peut se traduire par : qui s’apparente à un chien). Par réaction contre l’idéalisme platonicien et la théorie des Idées, ils affirmaient que ce qui existe réellement ce n’est pas du tout, comme le prétendait Platon, l’archétype, le modèle intelligible, l’essence générique des êtres, mais au contraire les individus formant une espèce, tels que nous pouvons les rencontrer autour de nous.

L’autonomie individuelle, l’autosuffisance, voilà le but à rechercher. Sarcastiques, utilisant avec une infatigable agressivité l’ironie socratique, les Cyniques n’ont cessé de faire le procès de toutes les conventions sociales.

C’est ainsi qu’Antisthène (~440-v. - ~336), le fondateur de l’Ecole, prônait le détachement complet et le mépris des « tabous », pour employer un terme à la mode. Le sage est un homme libre parce qu’il a su renoncer à tous les impedimenta de la vie en société. Il ne règle pas sa conduite d’après les lois de la Cité, mais d’après la vertu. Les affaires publiques ne le concernent en rien. Les hommes d’Etat sont des calamités. Nous sommes tous frères.

Son disciple Diogène (~494-v. - ~323), poussa l’enseignement d’Antisthène jusqu’à ses limites extrêmes. Clochard-philosophe, logeant dans son fameux tonneau, apatride – toujours de la manière la plus provocante – les anecdotes pittoresques plus ou moins légendaires abondent à son sujet, la plus connue étant bien sûr sa réponse insolente à Alexandre le Grand. Comme le conquérant lui demandait ce qu’il pourrait faire pour lui être agréable, Diogène lui répondit simplement : « Ecarte-toi de mon soleil. »

Les Cyniques ont inauguré certainement, dans la philosophie occidentale, la recherche de l’homme nu, de l’homme de la nature. A travers leur critique radicale de la civilisation, l’apologie du primitif, du bon sauvage fait son apparition. Cité et anti-cité, la Grèce aura tout inventé !

Les Stoïciens reprendront quelques-uns des thèmes de la philosophie des Cyniques : recherche de l’autonomie personnelle, nous sommes « confiés à nous-mêmes » ; choix d’une vie conforme à la nature et opposition de la Nature et des lois de la Cité, détachement à l’égard des biens terrestres, etc., se proclamant enfin citoyens du monde.

Jean Préposiet, « Histoire de l’anarchisme ».

Lettre de Cratès aux riches :

Allez vous faire pendre : vous avez des lupins, des figues, de l’eau et des tuniques de Mégare, et pourtant vous partez en mer, vous cultivez quantité de terres, vous pratiquez la trahison, vous exercez la tyrannie, vous commettez des meurtres, et ainsi de suite, quand il faudrait rester en repos.
Quant à nous, nous sommes dans le repos absolu, affranchis de tout mal par Diogène de Sinope, et sans rien avoir, nous avons tout, alors que vous , en ayant tout, vous n’avez rien, parce que vous vivez dans la rivalité, la jalousie, la crainte et la vanité.

Histoire de l'anarchisme


L'anarchisme est-il un mouvement politique, une philosophie, un mode de vie, une vision du monde ? Doit-on le considérer uniquement sous l'angle de la violence et de " l'action directe " ? Comment se situe-t-il, depuis deux siècles, dans l'histoire des luttes sociales, des mouvements révolutionnaires et par rapport aux idéologies dominantes ? A partir de l'analyse des philosophies et des courants de pensée qui sont à l'origine de l'esprit libertaire, Jean Préposiet nous donne le premier tableau historique complet des anarchismes en Occident. Il retrace le parcours politique et doctrinal des pères fondateurs - Proudhon, Stirner, Bakounine ou Malatesta -, analyse le rôle tenu par les anarchistes pendant la révolution russe ou la guerre d'Espagne, rappelle ce que furent les attentats anarchistes en France à la Belle Epoque avant d'explorer les avatars et les marges de la galaxie libertaire : antimilitarisme et pacifisme, nihilisme et terrorisme, anarcho-syndicalisme et mythe de la grève générale, anarchisme de droite, anarcho-capitalisme, situationnisme, écologie, antimondialisme, etc., autant de propositions qui continuent de concerner nos sociétés et posent l'éternelle question de la liberté des hommes.

No comments:

Post a Comment

Les commentaires sont momentanément désactivés.

Note: Only a member of this blog may post a comment.