Tuesday, December 04, 2012

Sortir du chômage





En France, cinquième puissance économique mondiale, il y a cinq millions de chômeurs et neuf millions de pauvres.

Lorsque, j'étais enfant, les chômeurs n'existaient pas. Nous vivions à la campagne et nous trouvions toujours une activité pour gagner de l'argent. Nous n'étions jamais inactifs. L'industrialisation a créé le chômage et le prolétariat. Je pense que les hommes sont heureux lorsqu'ils ont des activités liées à la nature et la spiritualité. [...]

Dans un premier temps, pour les chômeurs, il s'agit de remettre à l'honneur les jardins ouvriers cultivés en bio. Ce premier pas vers l'autonomie alimentaire permettra aux jeunes de découvrir des vocations étonnantes. Devant les souffrances qui, cette fois-ci touchent toutes les classes de la société, l'État est invité à promulguer une réforme agraire. Elle consiste à distribuer une parcelle de terre à la mesure des bouches à nourrir : par exemple, un demi-hectare pour une petite famille. Ces terres louées par l'État sous forme de bail emphytéotique renouvelable proviennent des expropriations contre compensations aux propriétaires. Le Japon, en situation de famine en 1947, distribua un demi-hectare à chaque famille et, en moins de trois ans, devint auto-suffisant du point de vue alimentaire. Aujourd'hui, on dit facilement : « quand le bâtiment va, tout va ». L'expérience récente montre clairement que ce dicton n'est plus juste du tout. On peut le remplacer par « quand l'agriculture familiale va, tout va. » Le paysan a comme mission de soigner la nature et, dès lors qu'on lui permet de gagner sa vie en voulant bien lui payer la nourriture au prix qu'elle vaut, il aura toujours le souci de bien faire. Bien faire est la fierté du paysan.

Tous les artisanats aspireront à la qualité ainsi que les services et les professions libérales. Dans mon village natal en Flandre, il y avait 3 boulangers, 2 bouchers, 2 cordonniers, 3 tailleurs, 2 menuisiers, 2 forgerons... La « concurrence » n'existait pas, puisque chaque artisan avait sa spécificité. La croissance économique n'était pas l'objectif à atteindre. Le travail était un plaisir et les fêtes enjolivaient la vie. Après dix ans, vingt ans, la boutique était toujours là. Ils travaillaient avec leurs enfants et avec des apprentis aussi la succession était-elle facile...

Il y avait aussi un immense besoin de culture : poètes, peintres, sculpteurs, comédiens étaient honorés et respectés. En général, ils avaient leur propre potager et ne se plaignaient pas de leur choix de vie.

Produire et consommer localement est le véritable enjeu de l'avenir. Il permettrait d'éviter les transports qui nous tuent et créent une montagne de déchets, des emballages inutiles. (Un yaourt a un parcours de 1 000 km avant de se trouver sur notre table.)

Question tourisme, il est facile de voir combien le dépaysement qu'on aime rechercher peut se trouver à une distance étonnamment proche. Dès lors que les petits trains pourront être remis en service ainsi qu'un service de transports à cheval, la vie reprendra de vraies couleurs et la convivialité pourra renaître.

Le retour rural massif permettra, en plus de la création de millions d'emplois rien qu'au niveau de la France, de se passer de l'actuel abus de transports, puisque les consommateurs habiteront à nouveau en majorité sur place, là où les aliments sont cultivés et transformés. De plus, la consommation des produits est plus adaptée à notre santé. [...]

Les projets de sociétés, de mini-sociétés, qui renaissent dans les villages et hameaux sont porteurs d'espoir vers un retour à la vraie convivialité et à l'esprit d'entraide, vers le retour au sacré. Le dialogue entre les pouvoirs publics et toutes les nouvelles initiatives doit être intensifié. II doit surtout porter sur le statut des échanges locaux, l'activité des personnes inscrites au POLE EMPLOI, le statut des artisans à faible revenus, face aux cotisations sociales coûteuses, le droit du travail, le droit de construire dans les zones agricoles pour les nouveaux ruraux... Ces nouveaux ruraux devront retrouver un intérêt à la vie à la campagne et là, c'est une affaire d'habitude à reconquérir :

• L'habitude de communiquer avec ses voisins.
• L'habitude d'organiser ses courses en commun.
• L'habitude de l'entraide.
• L'habitude de la fête aux nombreuses occasions.

Pierre Gevaert (interviewé par Jean Marc Governatori).  



Pierre Gevaert a créé la société LIMA en 1957. À partir de 1979, il a joué un rôle important dans l'organisation de la filière bio dont les travaux serviront de base à des réglementations officielles. En 1993, il a été l'initiateur d'un « éco-village » dans le Lot en Garonne. Il est l'auteur de "L'Exode urbain... est-il pour demain ?" et "Alerte au Vivant" (Éd. Ruralis).




3 comments:

  1. Anonymous11:05 AM

    Les exploitants agricoles sont responsables de nombreuses maladies (des allergies aux cancers) qui coûtent beaucoup d'argent à la collectivité. Ils devraient dédommager leurs victimes.

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  2. Anonymous11:19 AM

    L'agriculture productiviste détruit le bien vital de l'humanité au nom du profit :
    http://www.youtube.com/watch?v=DPczv2Oh6Mo

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  3. Anonymous5:25 PM

    Quelques familles s'enrichissent grâce à l'exploitation intensive de la terre, de l'eau, des forêts, des animaux, des minerais et de toutes les ressources de la nature. La nature ne doit plus être pillée par des malades obnubilés par le fric.

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