vendredi, janvier 11, 2019

Front de la Contre-Subversion : JULIUS EVOLA

Archives de Julius Evola de 1971 (français)


Quelque temps avant sa mort, vieilli, paralysé mais toujours alerte, Julius Evola évoque entre autres les thèmes de l'essence de ses ouvrages, sa période artistique dadaïste, ses rapports avec René Guénon, ainsi qu'avec les régimes politiques de l'époque, et bien d'autres explorations métaphysiques.



Questions : 


1:06 - Pouvez-vous nous préciser votre position par rapport au futurisme et au dadaïsme ? 

3:31 - En ce qui concerne le dadaïsme, on a dit que votre conception était fondamentalement spiritualiste. Pouvez-vous nous préciser dans quel sens, et quelle signification eu pour vous l'expérience dadaïste ? 

7:55 - Quels ont été les manifestations du dadaïsme au sens propre en Italie, en particulier, quel a été votre contribution personnelle au dadaïsme ? 

15:42 - Avec le recul du temps, que pensez-vous de votre expérience dadaïste, du dadaïsme et du regain d'intérêt de mains milieux actuels pour ce mouvement ? 

20:13 - Que pensez-vous du regain d'intérêt de nombreux milieux actuels vis à vis du mouvement dadaïste ?

23:29 - Y avait-il un aspect politique dans le futurisme ? 

29:07 - Votre peinture pouvait se diviser en deux périodes distinctes, la première de 1915 à 1918 dite "Tendance d'idéalisme sensoriel" et la seconde de 1918 à 1921 dite "Tendance d'abstraction mystique". Est-ce bien exact et pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ces genres de peintures ? 

32:56 - Julius Evola, voulez-vous nous parler de vos origines, de vos années de jeunesse, et de votre formation spirituelle ?

34:10 - Nous savons que vous avez participé dans votre jeunesse aux mouvements d'avant-garde, quels ont étés dans cette période vos rapports avec le futurisme et avec Dada ? 

36:57 - Nous savons qu'en 1923 vous avez cesser de vous intéresser de façon active, tant à la peinture qu'à la poésie. Quels sont les raisons de ce changement ? 

38:42 - En 1925, et jusqu'en 1930, vous formulez la théorie de l'idéalisme magique et l'individu absolu. C'est le sujet de votre livre, Il camino del cinabro (ndlr : Le chemin du cinabre). Nous expliqueriez-vous cette doctrine ?

40:41 - Novalis, a-t-il eu une influence sur vous ? 

41:07 - Votre livre "La tradition Hermétique", est une exposition de la doctrine secrète qui se cache sous le symbole de l'Alchimie. Est-ce qu'elle a des rapport avec les enseignements que vous avez exposé dans un autre livre "La doctrine de l'Éveil" ? 

46:31 - A votre avis, peut-on se détacher de soi-même ? 

46:53 - Voulez-vous nous indiquer en quelques mots la matière et l'orientation de la "Révolte contre le monde moderne" ? 

52:17 - A propos de la Tradition dans le sens éminent, quels sont vos rapports avec vos idées et celles de René Guénon qui avait la même orientation traditionnelle et anti-moderne ? 

59:46 - Que pensez-vous du livre le plus mystérieux de René Guénon, "Le roi du monde" ? 

1:01:38 - Sur le plan de l'action, quels ont été vos rapports avec le national-socialisme et le fascisme ? Est-ce qu'à cet égard nous devons nous reporter à votre livre "Le fascisme vu de Droite" suivit des remarques sur le IIIe Reich ? 

1:07:44 - Voulez-vous nous dire quel est votre concept de "race", et pourquoi vous avez été accusé par vos adversaires de raciste ?

1:11:56 - Dans "Les hommes et les ruines" vous avez avancé une doctrine qui serait résumé en ces mots : « Agissez de sorte que ce sur quoi vous ne pouvez rien, ne puisse rien sur vous ». Et aussi, "Chevaucher le tigre". Voulez-vous nous expliquer cette doctrine ? 

1:17:34 - Vous vous êtes beaucoup occupé du sexe et surtout de la "Métaphysique du sexe". Pouvez-vous nous en parler ? 

1:24:45 - Vous ne vous êtes jamais marié. Pourquoi ? 

1:25:35 - On a souvent dit que vous vous livrez à des pratiques magiques, à la magie noire de la "voie de la main gauche tantrique". D'où pensez-vous que naissent de tels bruits, de telles suppositions ? 

1:29:23 - Vous affirmez que nous traversons "L'âge obscur" dont parle la tradition hindou. Quel est à votre avis le remède, ou les remèdes, à cette dissolution de la civilisation actuelle ? 

1:32:02 - Est-ce que vous avez l'espérance de la vie éternelle ? 

1:32:48 - La dimension invisible du monde qui est dans tous vos livres, dimension surnaturelle, est-ce que vous lui donneriez le nom de "Dieu" ? 

1:41:06 - Voudriez-vous nous raconter quelques anecdotes sur la manière futile dont parfois on vient vous questionner ? 

1:42:36 - Quelle est votre opinion sur les idées économiques d'Ezra Pound ? 

1:47:31 - Est-ce que vous voyez Ezra Pound dans un système de culture fasciste ?




Julius Evola

Evola, le penseur politique, doit être lu, avec distance, sans passion. Cet essai de philosophie politique, s’il n’abandonne pas complètement la polémique, est d’une grande richesse quant aux principes qu’il expose. Surtout, il est criant d’actualité.


Le fait que des mouvements extrémistes se soient réclamés dans le passé, ou se réclament encore aujourd’hui, de la pensée de Julius Evola, ne doit pas nous empêcher d’étudier l’œuvre de ce penseur qui véhicule le sens profond de la Tradition.

-Il suffira de garder un esprit critique par exemple quand il se montre incapable de comprendre la grandeur des civilisations traditionnelles d’Afrique Noire et la valeur des peuples noirs.
Comme le note à juste titre Junio Valerio Borghese, « Dans un certain sens, l’Auteur se situe au-delà des disputes et des divergences politiques contingentes – c’est-à-dire fascisme et anti-fascisme, libéralisme et communisme, capitalisme et socialisme – parce qu’il nie que la discussion doive se situer sur le plan uniquement matérialiste qu’ont choisi nos adversaires. Et par adversaires, il faut entendre ceux pour qui l’intérêt est supérieur au devoir ; le double jeu, préférable à la loyauté ; la richesse, une composante de la civilisation ; pour qui la résignation, la bassesse et l’égoïsme s’appellent vertus, l’audace et le courage, vices ; pour qui l’arbitraire remplace l’ordre ; pour qui le nombre démocratiquement indifférencié pèse davantage que l’aristocratie des valeurs : tous ceux qui sont du côté de la quantité contre la qualité, de la matière contre l’esprit. »

Nous avons déjà dit l’erreur fondamentale, à nos yeux, que constitue l’application des principes de la verticalité dans le champ de l’horizontalité, tout particulièrement en Kali-Yuga. Julius Evola, et plus encore, ceux qui se sont réclamés de lui, souvent à tort, n’ont pas réussi à se dégager de cette tenace illusion. Ceci dit, sans soutenir toutes ses positions, replaçant les écrits d’Evola dans leur contexte historique italien mouvementé, nous avons là une pensée traditionnelle remarquable qui s’appuie sur deux axes : la solarité, qui se traduit dans la pensée politique d’Evola par le concept d’imperium qu’il confond en partie avec l’Etat, et l’aristocratie, qui nous renvoie à la voie magique du héros.

La dénonciation de l’économie par Evola demeure exemplaire, à la fois prophétique et étrangement actuelle. Evola utilise l’expression « démonie de l’économie », rejetant capitalisme moderne et marxisme comme des subversions :

« On n’entend parler que d’économie, de consommation, de travail, de rendement, de classes économiques, de salaires, de propriété privée ou socialisée, de « marché du travail » ou d’ »exploitation des travailleurs », de « revendication sociales », etc. Pour les uns comme pour les autres on dirait vraiment qu’il n’existe que cela au monde. Pour le marxisme le reste existe bien, mais à titre de « superstructure » et de dérivation. Dans le camp adverse, on éprouve quelque pudeur à s’exprimer d’une façon aussi brutale, mais, en fait, l’horizon est le même, le standard est toujours économique, l’intérêt central est toujours l’économie.

Tout cela témoigne d’une véritable pathologie de la civilisation. C’est une hypnose, une démonie que l’économique est en train d’exercer sur l’homme moderne. Et comme il arrive souvent dans l’hypnose, ce sur quoi l’esprit se focalise finit par devenir réel. L’homme d’aujourd’hui est en train de donner corps à ce qui, dans une civilisation normale et complète serait apparu comme une aberration ou une plaisanterie de mauvais goût, à savoir, précisément, que l’économie, et le problème social en fonction de l’économie, « sont un destin ».

Ces mots ont un écho très particulier aujourd’hui, face à l’outrancière mondialisation économique et financière et au déni absolu de la personne. Evola poursuit :

« Si l’on veut poser un principe, il ne s’agit donc pas d’opposer une formule économique à une autre, mais de changer fondamentalement d’attitude, et de repousser absolument les prémisses matérialistes qui sont à l’origine de l’ « absolutisation » de l’économique. »

Rejetant l’antisémitisme primaire et toute idée de complot judéo-maçonnique, Evola identifie un tout autre adversaire engagé depuis plusieurs siècles dans une guerre occulte totale basée sur quatre tactiques, substitution, subversion, contrefaçon, inversion. Mettant en garde contre le fantasme ou la superstition, rejoignant René Guénon par certains aspects, Evola dénonce la guerre souterraine, qui atteint les inconscients collectifs et particuliers, menée contre l’Esprit de Tradition et en appelle à une nouvelle aristocratie.

On voit tout l’intérêt de la démarche. On en voit aussi tout le danger. Les temps sont peu propices à l’Esprit et Evola presque impossible à lire tant l’individu d’aujourd’hui est conditionné, sans accès à sa propre réalité. Pensons à Fernando Pessoa qui parle, à propos de nos contemporains, de « cadavres ajournés ». Qu’est-ce qu’un cadavre ferait de la voie héroïque ?


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