jeudi, octobre 03, 2019

Le fascisme prophétisé

"1984", bande annonce.

"Écrivain, journaliste, combattant, militant, George Orwell - de son vrai nom Eric Arthur Blair - était un homme engagé contre toute forme de totalitarisme. Il n'a eu de cesse de dénoncer les travers de son époque : l'impérialisme britannique, le stalinisme, le nazisme, l'exploitation des classes laborieuses..."


Le fascisme prophétisé

par George Orwell


L'oppression capitaliste 
Le Talon de fer (The Iron Heel) de Jack London 

La réédition du livre de Jack London, "The Iron Heel", met à la portée de tous un livre qui a été très recherché pendant les années de l’offensive fasciste. Comme d’autres ouvrages de Jack London, il a eu de nombreux lecteurs en Allemagne et s’est acquis la réputation d’une oeuvre visionnaire décrivant avec précision l’ascension de Hitler. En fait, ce n’est pas ça du tout. "The Iron Heel" est simplement un récit ayant pour thème l’oppression capitaliste, écrit en un temps où diverses réalités qui ont rendu le fascisme possible – ainsi le brutal retour en force des nationalismes – n’étaient guère aisées à prévoir.


Impitoyable contre-attaque 

Là où, en revanche, London a fait preuve d’une prescience aiguë, c’est en comprenant que le passage au socialisme ne se ferait pas automatiquement, ni même facilement. La classe capitaliste n’allait pas disparaître, minée par ses « contradictions internes », comme une fleur qui meurt à la fin de la belle saison. La classe capitaliste était assez astucieuse pour comprendre ce qui se passait, pour oublier momentanément ses conflits internes et lancer sa contre-attaque contre le monde ouvrier. La lutte qui s’ensuivrait serait la plus sanglante et la plus impitoyable que le monde ait jamais connue.


Quand le dormeur s'éveillera (The Sleeper Wakes)

Il n’est pas sans intérêt de rapprocher "The Iron Heel" d’un autre ouvrage de fiction anticipatrice, écrit quelques années plus tôt, et auquel le livre de London doit beaucoup : je veux parler de "The Sleeper Wakes", de Herbert George Wells. On découvre ainsi les limites de London, en même temps que l’intérêt qu’il y a à ne pas être, comme Wells, un homme parfaitement civilisé. Littérairement parlant, "The Iron Heel" est très inférieur à l’oeuvre de Wells. C’est un livre à l’écriture incertaine, qui ne témoigne d’aucune compréhension des ressources de la science et dont le héros est ce genre de gramophone humain qui tend à disparaître jusque dans les tracts socialistes. Mais c’est précisément grâce à son côté « sauvage » que London a pu comprendre ce qui apparemment devait échapper à Wells, à savoir qu’une société hédoniste ne saurait se maintenir durablement.

 Un système de castes rigides

Tous ceux qui ont lu "The Sleeper Wakes" s’en souviennent. C’est la vision anticipée d’un monde sinistre, d’un monde nickelé où la société s’est figée en un système de castes rigides et où les ouvriers sont perpétuellement tenus en esclavage. C’est aussi un monde sans projet, dans lequel les classes supérieures, qui vivent du labeur des ouvriers, sont formées d’êtres mous, cyniques et totalement désabusés. Il n’y a dans la vie aucun but qui mérite d’être poursuivi, rien qui ressemble à la ferveur du révolutionnaire ou du martyr chrétien.


L'hédonisme poussé à son paroxysme
Le meilleur des mondes (Brave New World) d’Aldous Huxley

Dans "Brave New World" d’Aldous Huxley, sorte de parodie d’après-guerre de l’utopie wellsienne, ces tendances sont encore exagérées. Le principe hédoniste est ici poussé à son paroxysme, le monde entier n’est plus qu’un vaste hôtel sur la Riviera. Mais s’il est une brillante caricature du présent (le présent de 1930), "Brave New World" ne jette probablement aucune lumière sur l’avenir. Aucune société de l’espèce dépeinte ne pourrait subsister plus de deux ou trois générations, car une classe dirigeante ne pensant qu’à se « donner du bon temps » perdrait très vite tout ressort vital. Toute classe dirigeante a besoin d’observer une morale stricte, elle doit être animée d’une foi quasi religieuse en elle-même, d’une mystique. London l’a bien compris et, s’il présente la caste de ploutocrates qui gouvernent le monde pendant sept siècles comme des monstres inhumains, il se garde d’en faire des oisifs ou des sensualistes. Ils ne peuvent se maintenir en place que pour autant qu’ils croient sincèrement que la civilisation dépend d’eux et d’eux seuls – et en ce sens ils sont aussi courageux, capables et dévoués que les révolutionnaires qui les combattent.



Sur le plan intellectuel, London acceptait les conclusions du marxisme et pensait que les « contradictions » du capitalisme – la surproduction, les crises et tout le reste – subsisteraient même si la classe capitaliste parvenait à s’organiser en une force unifiée. Mais, par son tempérament, il se distinguait très nettement de la majorité des marxistes. Avec son goût pour la violence et la force physique, sa croyance en une « aristocratie naturelle », son culte de l’animalité et son exaltation de la sauvagerie primitive, il avait en lui ce qu’on pourrait sans exagération appeler une tendance au fascisme. Et cela l’a sans doute aidé à comprendre la façon dont réagirait la classe possédante dès qu’elle se sentirait vraiment menacée.

C’est précisément sur ce point que les socialistes marxistes ont pour la plupart achoppé. Ils ont donné de l’histoire une interprétation si mécaniste qu’ils n’ont même pas su prévoir des dangers pourtant évidents aux yeux d’individus qui n’avaient jamais entendu prononcer le nom de Marx. On reproche parfois à Marx de n’avoir pas su prédire la montée du fascisme. Je ne sais pas si cela est vrai ou non – à son époque, il n’aurait pu le faire qu’en termes très vagues –, mais ce qui est certain, c’est que ses adeptes n’ont vu en quoi le fascisme était dangereux que le jour où ils se sont eux-mêmes retrouvés à l’entrée du camp de concentration.

L'ennemie c'est la démocratie

Plus d’un an après que Hitler fut arrivé au pouvoir, le marxisme officiel proclamait encore que celui-ci était quantité négligeable et que le « social-fascisme » (c’est-à-dire la démocratie) était le véritable ennemi. London n’aurait sans doute pas fait pareille erreur. Il savait que les lois économiques n’agissent pas de la même façon que la loi de la pesanteur, qu’elles peuvent longtemps être tenues en suspens par des gens qui, comme Hitler, croient en leur destin.

"The Iron Heel" et "The Sleeper Wakes" sont tous deux écrits du point de vue populaire. "Brave New World", bien qu’étant avant tout une critique de l’hédonisme, est aussi, par voie de conséquence, une dénonciation du totalitarisme et du règne sans partage d’une caste. Il n’est pas sans intérêt de rapprocher ces ouvrages d’une utopie moins connue qui envisage la lutte des classes du point de vue de la classe supérieure, ou plutôt de la classe moyenne – je veux parler de The Secret of the League, d’Ernest Bramah.

La mentalité de la classe moyenne en période de crise

Ce livre a été écrit en 1907, au moment où l’essor du mouvement ouvrier commençait à effrayer les membres des classes moyennes qui se croyaient, à tort, menacées par ceux d’en bas plutôt que par ceux d’en haut. Vu sous l’angle de la prophétie politique, l’ouvrage est assez banal, mais il présente un grand intérêt par la lumière qu’il projette sur la mentalité de la classe moyenne en période de crise.

L’écrasement total du prolétariat

L’auteur imagine un gouvernement travailliste accédant au pouvoir avec une majorité si considérable qu’il serait vain d’espérer l’en chasser. Ce gouvernement, toutefois, se garde de mettre en place une économie véritablement socialiste : il se borne à utiliser le capitalisme au bénéfice des travailleurs en pratiquant une politique de hausse continue des salaires, en créant une gigantesque armée de bureaucrates et en accablant d’impôts les classes supérieures. Si bien que « tout part à vau-l’eau », selon l’expression consacrée. Par ailleurs, en matière de politique étrangère, le nouveau gouvernement se comporte à peu près comme le gouvernement d’Union que nous avons connu entre 1931 et 1939. Les classes moyennes et supérieures forment alors une coalition secrète et organisent leur révolte d’une manière très ingénieuse, du moins dans le cadre d’un capitalisme purement national : elles décrètent la grève des consommateurs. Deux ans durant, les membres des classes supérieures font secrètement provision de mazout et convertissent les installations industrielles de façon à utiliser ce combustible au lieu du charbon. Puis, brusquement, c’est le boycott de la principale industrie britannique, l’industrie charbonnière. Les mineurs se trouvent placés devant le fait accompli : aucun débouché pour le charbon pendant deux ans. C’est le chômage, et son cortège de misères, qui aboutit à une guerre civile au cours de laquelle les classes supérieures (trente ans avant Franco !) bénéficient de l’aide étrangère. Victorieuses, elles suppriment les syndicats et instituent un régime « fort », sans parlement – autrement dit un régime que nous qualifierions aujourd’hui de « fasciste ». Le ton général du livre est plutôt jovial, comme le permettait encore l’époque, mais ce à quoi tend l’auteur est sans équivoque.

Comment un écrivain honnête et sympathique comme Ernest Bramah a-t-il pu voir dans l’écrasement total du prolétariat une perspective plutôt réjouissante ? En fait, c’est tout bonnement la réaction d’une classe moyenne en difficulté, qui se sentait menacée non pas tant dans ses privilèges économiques que dans ses valeurs morales et son mode de vie. On découvre le même type de réflexe social d’hostilité à la classe ouvrière chez un écrivain antérieur, mais d’une tout autre importance, George Gissing. Le temps et Hitler aidant, les classes moyennes ont appris un certain nombre de choses et aujourd’hui elles ne feraient peut-être pas cause commune avec leurs oppresseurs contre leurs alliés naturels. Mais leur attitude dépendra en partie de la manière dont on les aura traitées, et l’imbécile propagande socialiste, avec sa manie de s’en prendre systématiquement au « petit bourgeois », porte à cet égard une lourde responsabilité."


George Orwell écrit ce texte en 1940, 9 années avant son plus célèbre roman, "1984".

1984 (Nineteen Eighty-Four) décrit "une Grande-Bretagne trente ans après une guerre nucléaire entre l'Est et l'Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950 et où s'est instauré un régime de type totalitaire fortement inspiré à la fois du stalinisme et de certains éléments du nazisme. La liberté d'expression n’existe plus. Toutes les pensées sont minutieusement surveillées, et d’immenses affiches sont placardées dans les rues, indiquant à tous que « Big Brother vous regarde » (Big Brother is watching you).

"1984" est communément considéré comme une référence du roman d'anticipation, de la dystopie, voire de la science-fiction en général. La principale figure du roman, Big Brother, est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés." Source



(titre original : Homage to Catalonia) 

"Texte fondateur qui préfigure en partie les visions dramatiques du monde totalitaire de 1984, Hommage à la Catalogne est autant un reportage qu'une réflexion sur la guerre d'Espagne. Engagé aux côtés des républicains, Orwell voit dans la trahison des communistes les conséquences du jeu politique stalinien. Il en découlera la prise de conscience d'un nécessaire engagement..."

Franco et l’entité sioniste

"Jamais Franco ne reconnut l’entité sioniste, et celle-ci ne le fut que par le socialiste Felipe Gonzales : d’une part Franco suivait la politique de l’Eglise catholique romaine qui, conformément au dit droit romain, jusqu’à ce que Paul VI rompit avec cette sagesse (pour des raison bien personnelles), refusait alors tout Etat qui n’avait point de frontières déclarées. Ce qui est toujours le cas de cet « Etat » ; et d’autre part, le Caudillo avait ses propres raisons exposées dans son article du 9 juillet 1950 :

« Un autre point névralgique de cette infiltration soviétique que la maçonnerie nous offre est celle de l’Etat d’Israël où, sous prétexte de créer un Etat confessionnel juif, on a procédé à une concentration d’éléments athées du centre de l’Europe et des bas -fonds internationaux
[y de los bajos fondos internationales], lesquels viennent en taxant de pharisiens et d’arriérés les ministres et représentants du culte mosaïque (ou mosaïste). Ce qui voulait être un Etat juif fondé sur les vieux moules du judaïsme international, se convertit en un foyer de concentration de gens sans foi et sans racine [foco de concentración de gentes sin fe y sin arraigo] ouverts aux consignes et aux influences étrangères. »"


Lire la totalité de l'article de Pierre Dortiguier Franco contre la franc-maçonnerie.

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