Wednesday, January 23, 2013

Aristote, reviens, ils sont devenus fous !




Le bonheur, quoi qu'on dise, est la grande affaire de notre vie. Une petite enquête le montrerait aisément. Interrogeons les gens alors qu'ils courent au travail, flânent sur les boulevards, ou prennent un verre au café, et demandons-leur : « Que cherchez-vous dans la vie ? » Peut-être les uns diraient-ils : « Réussir au travail, avoir une promotion » ; d'autres répondraient : «Me marier, fonder une famille » ou « Vivre en paix, sans conflits », « Obtenir une augmentation de salaire, prendre des vacances au soleil, m'amuser avec mes amis ». Poursuivons l'interrogation : « Pourquoi voulez-vous réussir, obtenir une augmentation de salaire, fonder une famille, passer de bonnes vacances... ? » Sans doute leur réponse serait-elle : « Parce que alors je serai heureux. »

Être heureux, connaître le bonheur, c'est le grand désir de chaque homme, de chaque femme. Peut-être différons-nous quant aux moyens d'atteindre ce bonheur, mais nous cherchons tous à être heureux. C'est là notre grande attente.

Entraînés par la vie et nos activités diverses, il est vrai que nous ne nous posons pas souvent la question : « Pourquoi est-ce que je fais cela, qu'est-ce que je cherche ? » C'est pourtant la question incontournable du sens de la vie. Dès que nous nous posons à nous-même cette question, nous commençons à philosopher.

Pour quoi l'être humain est-il fait ? Pour quel bonheur ? C'est la question que posaient les philosophes grecs, c'est la question du peuple juif, c'est la question centrale des Béatitudes du message de Jésus, c'est la question qui habite le cœur des hommes et des femmes de tout temps, de toute origine, de toute race et de toute religion. C'est la question éternelle de l'être humain.

Aristote est l'un des grands témoins de cette recherche du bonheur. Il a réfléchi non pas en idéologue, mais à partir des faits humains et de sa propre expérience. C'est ainsi qu'il a été amené à proposer une morale du bonheur, pour aider l'homme à voir clair en lui-même et à trouver son propre accomplissement. C'était il y a 2 400 ans, mais sa réflexion traverse les siècles et nous rejoint encore aujourd'hui.

Aristote croit à l'intelligence humaine. Il est convaincu que ce qui distingue l'être humain de l'animal c'est cette capacité de réfléchir, de connaître et d'interroger la réalité, de faire des choix, d'orienter sa vie dans telle ou telle direction. Il n'admet pas que nous ne soyons que des faisceaux de désirs ou d'impulsions déjà prédestinés. Il pense que chacun est plus ou moins maître de sa vie et de son destin.

Mais Aristote ne cherche pas à répéter des axiomes moraux ni seulement à inciter, d'une manière extérieure, les gens à être justes, à rechercher la vérité et à obéir aux lois. Il veut poser les fondements d'une science morale en réfléchissant à partir des désirs profonds de l'être humain. Sa question fondamentale est : « Que voulons-nous vraiment ? » et non : « Que devons-nous faire ? » Sa morale n'est pas une morale de la loi, mais une morale qui scrute les inclinations les plus profondes de l'homme pour les porter à leur épanouissement le plus ultime.

La morale d'Aristote se fonde alors non sur une idée, mais sur ce désir de plénitude inscrit dans chaque être humain. La morale d'Aristote demande un travail sur soi. On pourrait être déçu qu'elle ne donne pas tout de suite les repères que nous cherchons pour agir, ou les valeurs qu'on attendrait qu'une morale énonce. Mais Aristote nous invite à chercher et à discerner des repères à l'intérieur de nous-même. « Quel est ton désir le plus profond, caché peut-être derrière des désirs plus superficiels ? » À nous de creuser.

La pensée d'Aristote n'est pas sans lacunes [...]. On lui reproche souvent de s'accommoder fort bien de l'esclavage et de la place subalterne de la femme. Considérons à sa décharge que presque deux millénaires et demi nous séparent de lui. Depuis, il y a eu la naissance du christianisme, l'émergence des grandes villes, toutes les découvertes scientifiques, une évolution extraordinaire dans la façon de vivre des hommes et des femmes. Tout cela a conduit les êtres humains à découvrir des choses nouvelles sur eux-mêmes et sur la place de l'homme et de la femme. La femme n'est plus, comme au temps d'Aristote, à une époque où la mortalité infantile était grande, complètement liée à la tâche de donner naissance à des enfants, et de veiller sur sa maisonnée. Les femmes peuvent maintenant prendre davantage leur place dans la vie sociale, sans pour autant négliger leur rôle de mère.

S'il y a des lacunes dans la pensée d'Aristote, il y a également des valeurs importantes : son souci d'être à l'écoute de la réalité humaine dans son intégralité et de ne pas créer une morale idéologique. Sa morale intègre les dimensions du corps et de l'affectivité, et celle du plaisir. Elle fait une large place à l'amitié, car Aristote est persuadé qu'on ne peut pas être heureux tout seul. « Sans amis, personne ne choisirait de vivre ». Plus largement, le bonheur a une dimension sociale ou citoyenne. L'homme qui veut être pleinement humain ne peut rester étranger à la vie de la cité.

Jean Vanier


Le goût du bonheur

Entraînés par le tourbillon de nos activités quotidiennes, nous prenons rarement le temps de nous poser la question incontournable du sens de la vie. Pourtant, revenu des fausses promesses du modernisme et des idéologies du passé, l'homme du XXIe siècle continue de croire au bonheur. Jean Vanier s'interroge sur les fondements d'une morale apte à répondre à cette quête contemporaine. Ayant découvert, aux côtés des personnes ayant un handicap mental, combien nos sociétés sont divisées, il nous invite à relire d'un œil neuf les propos visionnaires d'un grand sage de l'Antiquité. De tous les Grecs, Aristote est sans doute celui qui a mené avec la plus grande profondeur humaine la réflexion sur le bonheur. Plaisir, amitié, recherche de la vérité et de l'amour sont pour lui autant d'éléments qui y concourent. Dévoilant le lien qui unit morale, psychologie et spiritualité, ce livre ouvre des pistes de réflexion pour aider l'homme d'aujourd'hui à trouver un sens à sa vie, c'est-à-dire à voir clair en lui-même et à faire le meilleur usage de sa liberté.


Cliquer sur la vignette pour feuilleter le livre.

Télécharger gratuitement « Politique » d'Aristote :




7 comments:

  1. une vie de chien3:15 PM

    Ce chien adhère à la théorie du bonheur : un nouveau marché très prometteur !

    http://www.carevox.fr/sante-des-animaux/article/la-neige-un-bonheur-a-vivre

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  2. Une vie de chien3:33 PM

    Faites confiance à votre chien : il est zen .Petite leçon de coaching pour lui faire faire pipi en plein conscience

    http://www.delhommealanimal.com/trois-habitudes-pour-promener-votre-chien-dans-la-zen-attitude/

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  3. un intouchable4:26 PM

    Lire "Tous intouchalbe" de Philippe Pozo di Borgo, jean Vanier, Laurent de Cherisey, écrit en collaboration avec vivianne perret

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  4. correction du titre4:27 PM


    "Tous intouchables ?" édition Bayard

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  5. J'ai trouvé cet article intéressant :

    http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/01/25/19754-nouvelles-cles-bonheur

    J'ai d'ailleurs eu un échange de correspondance avec Alexandre Jollien peu de temps avant Noël.Il m'a répondu très gentiment et en toute simplicité.

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  6. Anonymous10:20 AM

    En effet, l'article du Figaro est intéressant. J'ai plus particulièrement noté ceci :

    «La méditation est une mode dévoyée de sa vocation première.

    Ce souci de ne pas mettre la religion de côté est assez symptomatique de ces nouveaux philosophes. L'héritage du christianisme, qui envisage le bonheur non comme un but à atteindre mais comme un état de béatitude qui fait que l'on est heureux et non qu'on le devient, interpelle ces intellectuels. La réflexion d'Alexandre Jollien ne va pas sans critique. Ce qu'il reproche à certains «gourous», c'est de galvauder les messages, celui du bouddhisme par exemple, comme celui d'Epicure, en transformant «l'art de vivre dans l'instant» en besoin de «jouir de l'instant». Il prend des exemples concrets: «La méditation est devenue une mode qui est dévoyée de sa vocation première et qui sert bien des fois à nourrir l'ego, à le dorloter plus qu'à le faire disparaître, explique le jeune philosophe. Mais au-delà de cette mode, une ascèse est possible. Pratiquer au quotidien des exercices spirituels, être ancré dans le présent, ne pas laisser la voix off de nos ruminations incessantes ternir la richesse du réel, voilà le chemin de la joie.»

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  7. Anonymous10:37 AM

    How to get heard from media and politics ?
    http://evel.in/1181

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