jeudi, mars 08, 2018

Bouddhisme et transhumanisme


« De nombreux groupes de discussion existent actuellement au sein d'universités et de groupes de recherche, ainsi que sur les réseaux sociaux, qui tentent de jeter des ponts entre (néo-)bouddhisme et transhumanisme. Le sujet est vaste et mériterait à lui seul une enquête. Notons toutefois, en guise de préambule, quelques notions communes évoquées dans ces groupes : la relativisation, voire le déni, de la notion de « personne » (l'être humain a tort de se considérer comme un individu à part entière ; il est, en fait, un produit de son cerveau, ou de son esprit), le désir de contrôler l'univers en le reconfigurant à sa guise, la confiance absolue en la science, la focalisation quasi exclusive sur les capacités du cerveau, avec le dédain pour le corps que cela entraîne, et enfin, évidemment, l'idée selon laquelle la méditation serait une « technique » visant le développement personnel. Les débats sont ouverts, et de nombreux bouddhistes dénoncent le caractère illusoire du transhumanisme : si son objectif ultime est bien la construction d'un monde parfait où évolueraient des individus immortels, ce projet irait alors à l'encontre de la doctrine fondamentale du bouddhisme. Selon ce dernier, en effet, la croyance en l'existence d'une identité personnelle et l'attachement à un univers matériel sont précisément les obstacles à lever pour atteindre la délivrance. La coopération du bouddhisme et du transhumanisme se fera donc probablement au prix de nombreuses entorses aux croyances et aux valeurs essentielles du bouddhisme asiatique... » 



Marion Dapsance, "Qu'ont-ils fait du bouddhisme ?"







« L'immortalité, pour qui, comment et pourquoi ? » s'interroge Patrick, un bouddhiste qui revendique son attachement à une « tradition spirituelle primordiale », qu'il nomme le « Dharma du Bouddha ».

« Cette recherche de l'immortalité, poursuit Patrick, ne peut généralement se faire qu’au dépend d’autrui par de multiples formes de prédations souvent insidieuses par des prédateurs nourris, à partir de leur activité des six sens, de l’énergie des autres, quels qu’ils soient.

En Occident, le mental n’est pas un sens [comme en Orient traditionnel] et son importance y est démesurée par la croyance en un ego, ego qui est la chose la plus illusoire qui puisse exister. Maintenant, en Orient… le mental et l’intellect deviennent aussi comme en Occident les “Dieux modernes du progrès”, amis du “Dieu matérialisme” des infantiles. Il y a une énorme différence entre bénéficier des environnements en respect de ces mêmes environnements et “profiter” inconsidérément de ces environnements sans respect, sans dignité, et sans une éthique de vie vers un équilibre frugal.


Tout le monde parle d’éthique mais qui l’a intégré et compris à quoi elle sert ? L’éthique n’est qu’un tremplin au service de l’Eveil, tandis que les supercheries scientistes et pseudo-religieuses anesthésiantes ne peuvent donc éveiller car elles cautionnent la prédation. Sauf pour ceux qui sont totalement aveugles et confus, il n’est pas difficile de voir ce qui se passe au sein des pouvoirs religieux et des pouvoirs politiques qui s’appuient les uns sur les autres pour dominer et contrôler les masses qui seraient avides. Toutes les monstruosités de l’histoire humaine “religieuse et politique” sont visibles. Sans les diaboliser, les faits sont un constat terrifiant sauf encore pour ceux qui refusent de voir, pris par le déni, par la dénégation et par la peur dans l’instinct de troupeau. L’homme est un animal assez bien décrit par l’éthologie ; son néocortex en rétroaction avec “le cœur obnubilé” ressemble plus à une tumeur maligne qu’à autre chose.

Voici que des religieux très hauts placés dans le bouddhisme tibétain cherchent à nous faire croire que les sciences et les neurosciences vont apporter un bonheur suprême à cette humanité et que le salut viendrait des Tibétains qui seraient une sorte de race supérieure !

Voilà le type même du syndrome d’utopie, totalement aberrant et si opposé à la Tradition primordiale que subtilement certains cherchent à évacuer car elle dérange leur ignorance.

Le Dharma n’est pas une philosophie, encore moins une philosophie du bonheur et du bien-être mondain. Il est uniquement “supramondain” dès les origines, et réservé aux moines intelligents et aux laïcs intelligents, ascètes stabilisés au-delà des extrêmes, chercheurs sereins et appliqués aux enseignements validés, qui peuvent alors solder dès l’abord la question abstruse des frustrations par attachement à l’illusoire et opérer la purification de leur affectivité pour la terminer. 

Mais au cours des siècles, l'enseignement du Bouddha deviendra un porte-greffe synthétique sur lequel s'ajouteront des greffons parfois étranges. Peu de temps après la mort du Bouddha, les greffons des 18 écoles anciennes. Le greffon Theravâda n'apparaissant en réalité au Sri Lanka que longtemps après les premières écritures, même si le Canon Pâli est déjà fixé. Puis, s'ajoutera le greffon Mahâyâna, fabriqué par des moines intellectuels et érudits (souvent remarquables) au sein même des écoles du bouddhisme ancien. Entre les écoles Mahâyânistes, y compris celles qui deviendront celles du Ch’an et du Zen en Chine et au Japon, il existe toujours des chamailleries et un mépris envers le Bouddhisme ancien… qui parfois et curieusement se comporte lui aussi de la même façon ! Plus d'un millénaire après la naissance du Bouddha, surgira le greffon Vajrayâna dans lequel l'irrationnel et la magie sont indissociables, “alors même qu’il affirme être une "science infaillible dans laquelle rien n’a été négligé" [?]. Le Vajrayâna se considère supérieur aux autres greffons bouddhiques et dénigre certaines formes du Mahâyâna.

Ce Vajrayâna s’est prolongé au Tibet, submergé par la mythologie hindoue, à partir du 8ème siècle de notre ère, soit 1300 ans après la mort du Bouddha. Plusieurs courants existent et aussi se chamaillent à partir des divers Tantras inférieurs et supérieurs. Les inférieurs seraient pour les "pas-intelligents". Les supérieurs seraient pour les "intelligents". Chacun y va de ses Tantras. Nous laissons à la réflexion ce propos subtil : “Sur la Trame (Tantra) de la Vigilance, je tisse le va et vient du souffle !”, qui, pour nous, résume profondément en une phrase ce qu’est le Tantra, une trame, tel que le Bouddha connaissait grâce au yoga ; et l'enseignait par la technique Ónâpânasati qui le conduira à l’Eveil : “La Vigilance appliquée au va-et-vient du souffle.”

Le greffon particulier des Tibétains qui s’approprièrent les Tantras hindous et créèrent ensuite les leurs, a envahi l’Occident. Aussi, le greffon du Dzogchen tibétain [...] ce Dzogchen serait encore mieux que le Vajrayâna !  Le Dzogchen existait bien avant dans le Ch’an et le Zen (selon les lamas nyingmapa et bönpos ) ! Alors, que comprendre de tout cela ?

MAIS, dans tous ces greffons il y a des éveillés qui ne se montrent pas, semble-t-il, et il y a les autres qui ne sont pas éveillés mais qui le font croire. N’insistons pas sur la sinistre et pitoyable affaire Sogyal Rinpoché qui, depuis le 14 juillet 2017, génère des foires d’empoigne entre les disciples inconditionnels du lama et ses détracteurs de plus en plus nombreux.

La purulence de l’aveuglement se nomme en sanskrit : Avidyâsrava. Certains de ces lamas « moniteurs d'auto-école » font alliance avec les neurosciences, pour “conduire” les existences vers leurs vues fausses de ce qui serait bon pour vous, car, nous l’avons dit, ils prétendent savoir ce que vous ne savez pas, et vous demandent de les croire et de leur obéir.

Les sciences peuvent démythifier mais elles seront toujours centrifuges, tournées vers l’extérieur dans des recherches infinies du macrocosme et du microcosme. 

Le détournement des ciseaux génétiques, découverte récente d'Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna au CRISPR, conduira-t-il à un nouvel eugénisme ? 

Quelles sont les conséquences du “soi-disant progrès” ?

Quels sont les impacts du progrès sur une bioéthique face à un eugénisme qui attendrait son heure ?

Vers quoi peuvent aller ces alliances entre un soi-disant bouddhisme et ces neurosciences ? »

Avec des mots qui évoquent la pensée de René Guénon, Patrick affirme :

« Aucune science mondaine, dont les objets d’étude ne sont que les “phénomènes”, ne peut conduire à l’éveil puisque l’Eveil est : “aller complètement au-delà” de tous les phénomènes : “phenomena” : “apparences” dans les mondes … Ils peuvent toujours essayer, ils n’arriveront à rien sauf à leur dernier souffle du moment qui arrive, inconnu …

La notion de “progrès” est un mirage, une invention utopique récente. Il n’y a que des “changements” constants car rien n’est stable, sauf dans le “non-état” de l’Eveil hors conditions phénoménales, Inconditionné.

Penser comprendre “l’impermanence, l’insatisfaction, le sans-essence” par l’intellect est aussi utopique, illusoire, car la compréhension profonde de ces trois caractéristiques des phénomènes n’est jamais cette compréhension superficielle par l’intellect qui ne change ainsi et en rien le comportement. Il en est de même pour l’ensemble du Noyau du Dharma qui reste impossible à comprendre par le rationnel.

L’évolutionnisme est une erreur voire un mensonge scientiste car il n’arrive que des mutations fortes génétiques dont l’occurrence n’est jamais prédictible. Tout ce qui est né disparaît. Il serait, à la limite, plus adéquat, de parler d’in-volutionnisme.

Comprendre le : “sans-naissance, sans-devenir, sans-création, sans-conditions”.

Nous doutons de la compréhension du Dharma de ces religieux et laïcs qui se disent bouddhistes et qui font alliance avec ce scientisme, lesquels, se faisant, seraient bien déjà les constructeurs de “contrefaçons” du Dharma du Bouddha.

Patrick conclut :

« Le Dharma du Bouddha n’est que très rarement correctement enseigné. Sa partie la plus essentielle à connaître ne peut l’être que par des Eveillés dont l’intuition métaphysique est développée : Prajñâ, qui est indicible, inexprimable… et impensable : acinteya, car elle est anoétique. Chercher à faire comprendre l’incompréhensible par l’intellect ce n’est pas raisonnable ! Ce Dharma véhicule des paradoxes. Il est cependant toujours possible de mettre en garde, de dire en Prajñâ noétique “ce que le Dharma n’est pas”, Dharma à contre-courant des certitudes reçues et imposées par des ignorants.

Comprendre les différences entre religiosité, religieux polarisant, religieux éveillant, voies de libération et “position extra-religieuse non dogmatique”, seule position représentée par le Dharma du Bouddha [non pas par les bouddhismes] et l’Advaïta-Vedånta authentique, deux Via Negativa, par excellence.

Comprendre ce que sont le rationnel, le rationalisme, l’irrationnel et le Transrationnel : autre terme pour nommer la Prajñâ qui est aconceptuelle. Dans le Dharma, l’éthique tient sa place fondamentale qui permet d’accéder au samâdhi : “concentration-composition-synthèse” par et pour le développement de Prajñâ. Si l’éthique n’est pas intégrée, la compréhension juste sera impossible. “Comment je me comporte envers les autres ? ” est à l’évidence au coeur essentiel du processus d’ascèse du chercheur. Les cinq premiers préceptes de l’Ethique du Dharma du Bouddha sont à connaître, à comprendre et à appliquer. Il n’y a pas de compromis possible."




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