Wednesday, February 23, 2011

Derviches & soufis




L’institution plonge ses racines dans les sectes helléniques de Pythagore et de Platon. Il s’y mêla des influences hindoues, voire chinoises (la doctrine de l’« invariable milieu »). En fait, l’ordre proprement dit remonte à Orchan, le second sultan turc. Gérard de Nerval qui fréquenta les derviches, les classait en groupes très distincts :


Les « munasihi »


Les « munasihi » croient à la transmigration ou métempsychose : l’homme qui involue (en dégénérant spirituellement) renaît en animal ; et l’animal peut renaître en homme. De là, ces fondations pieuses en faveur des animaux, par exemple pour les chiens errants d’Istanbul ;  de là encore, disent les derviches, l’interdiction par l’Islam de la chair de porc, cet animal étant biologiquement le plus proche de l’humain… 


Les « eschraki »


Les « eschraki » (comparer à l’allemand « erschreckt » = effrayé, illuminé), plus mystiques que théosophes, recherchent la contemplation divine par les nombres (comme les anciens pythagoriciens), par les formes et les couleurs. Toutefois, contrairement aux pythagoriciens, ils rejettent toute spéculation sur les nombres ; ils se bornent à immobiliser leur mental sur des nombres donnés, jusqu’à illumination !


Les « haïreti »


Les « haïreti » (comparer au mot « hérétique ») sont des sceptiques ou faux sceptiques ; ils n’adhèrent à aucun article de foi, mais sans en rien rejeter… Ils estiment sagement que toute vérité contient son pôle d’erreur et inversement ; ceux-là se réfèrent à l’invariable milieu des Chinois. Ils pratiquent (toujours comme les sages chinois) le « non-agir », afin d’être agissants par leur inconscient.


Le derviche se voue à la pauvreté, ce qui, paradoxalement, lui donne le droit de recevoir. Certains usent et abusent (avec détachement) de la nourriture, des boissons alcoolisées, de la pâte de hachisch, de l’érotisme – l’élan mystique maintenant leur être profond dans l’indifférence. Mais ceux-ci marchent « sur le fil du rasoir » ! D’autres pratiquent l’ascétisme, avec le même détachement.


Les derviches furent toujours aimés de la foule musulmane qui apprécie leur gaieté, leur enthousiasme mystique, leur charité et cette simplicité d’initiés qui les places au-dessus de tous, sans piédestal. Dans leurs couvents, ils nourrissent les chiens et les oiseaux, sans les retenir, et instruisent les enfants. L’étranger les connaît uniquement par les exhibitions des derviches tourneurs : vêtus de blanc (sauf le supérieur, en bleu céleste), ils tournent sur eux-mêmes jusqu’à l’exaltation magnétique ; alors, fondus dans leur double, donc en transe, ils accèdent à une certaine extase et à une certaine médiumnité prophétique. Les derviches hurleurs dansent autour d’un mât en psalmodiant une litanie dont le refrain est « Allah hay ! » (Dieu vivant). Puis, ils entrent en transe aussi.


Gurdjieff, célèbre en Occident entre les deux guerres, avait reçu une initiation chez les derviches.


Jean Louis Bernard 




Voyage en Orient
Gérard de Nerval


L'Orient, le voyage... Mais pourquoi ? Pour découvrir, seulement ? Ou pour trouver, là, sur place, une ou des vérités déjà pressenties ? Un rêve d'humanité première que l'Orient demeurerait seul à porter ? Nerval a vu, noté, dans une attention, souvent une sympathie que tous alors ne partagent pas forcément. Mais davantage encore : il est arrivé sur l'autre rive de la mer en mêlant à l'Orient qui l'accueillait le sien propre, recomposé à partir de l'antiquité biblique ou gréco-romaine, de l'islam, de la franc-maçonnerie. Le tout en romancier, tant cette course à l'étoile entrevue et toujours dérobée s'inscrit de plein corps sur la trajectoire d'une destinée. En conteur, dans la lumière ou les nuits des vieilles légendes. En poète, dont les illuminations, passant du vers à la prose, éveillent d'autres résonances, tout aussi bouleversantes au cœur.





Constantinople


Eté 1852. A l'instar de nombreux écrivains du XIXe siècle, Théophile Gautier s'embarque à Marseille sur le Léonidas et file vers Constantinople. Envoyé par La Presse d'Emile de Girardin, il va composer des tableaux saisissants sur ce monde oriental qui s'offre enfin à lui. Sur les traces de son ami Nerval, il découvre les marchés, les mosquées, les cafés et tous ces lieux qui nourrissent son vagabondage émerveillé. Sa prose étincelle. Mais le texte étonne aussi par sa modernité, son souci du présent et de ce qui, au cœur de la société turque, se transforme. Déjà il s'interroge et regrette souvent l'occidentalisation, qui envahit même la vieille ville. Aussi, à l'écart des sentiers battus et des touristes, s'enfonce-t-il dans le dédale de l'« Istanbul miséreux et délaissé ». On retrouvera ici tout Gautier, le poète et le romancier, le chroniqueur sensuel et le voyageur ironique, que notre temps redécouvre. Sa Constantinople nous aide à mieux comprendre et aimer l'Istanbul d'aujourd'hui. La présente édition est préfacée par Stéphane Guégan, chef du service culturel du musée d'Orsay, qui prépare actuellement une biographie de Théophile Gautier.





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