Saturday, July 16, 2011

Le yoga de l’Éveil spontané (Amanaska-Yoga)



Des gourous, parfois parés de titres religieux ronflants, participent au plus redoutable système totalitaire jamais conçu. Ce système utilise l'illusion de la liberté pour mieux enchaîner l'homme.

La société de consommation exploite le mythe du pays de cocagne, terre de fêtes, de liberté et de bombances. Mais l'abondance qui s'étale dans les supermarchés est trompeuse car les produits sont presque tous frelatés, toxiques et de plus en plus chers. 

Le marché culturel et pseudo-spirituel conditionne les esprits. De plus, les nombreuses et coûteuses techniques de développement personnel ne sont pas dénuées de dangerosité. Quand le corps est intoxiqué et quand l'esprit est l'objet d'une constante manipulation, l'homme n'est pas libre. Dans ce contexte, il est utile de reproduire quelques préceptes de l'Amanaska-Yoga (un écrit de la tradition des Nâths traduit par Tara Michaël) qui préconisent une simplicité  et une lucidité revivifiantes. Ainsi, nous pouvons restaurer l'équilibre du corps et de l'esprit.

Dans cette voie, nul besoin d’éveiller Kundalini et de lui faire percer (les chakra), pas d’étapes progressives jusqu’à l'Unmanî (état transcendant le mental). Rien que l'application attentive à ce yoga confère la suprême réalisation. [...]

Ne sachant pas que la Réalité réside en lui-même, le fou s'égare dans les textes sacrés, comme un berger cherche ses moutons dans le puits alors qu'ils sont à la bergerie. [...]

Il y a des sages pleins d'intelligence qui discourent sur le Brahman suprême. Mais ceux qui sont experts à enseigner l'art de l'Eveil total sont rares à découvrir sur cette terre.

Ils parlent en vérité de l'état non mental, ceux qui sont versés dans la connaissance ésotérique du Vedânta. Mais même après avoir expliqué aux autres ce secret, ils ne l'expérimentent pas eux-mêmes. […]

Rejette toujours ce qui est composé, ce qui conceptuel, ce qui est hérissé de difficultés. Consacre-toi toujours à l'Incomposé, à ce n’est pas du domaine des fonctions mentales, à ce qui n'implique aucun effort. […]

Ayant à grand effort conquis son souffle au moyen de techniques variées, sources d'oppression pour le corps, ayant par son acharnement accompli le périple des nâdî qui se trouvent dans son propre corps, ayant même véritablement réussi à atteindre le pouvoir incroyable de pénétrer dans le corps d’autrui, le yogin qui, fort de cette connaissance, se complaît en ce qui n’est que diversion, ne réalise pas le Principe suprême.

Il y a des gens qui boivent de l'urine qui est l’excrétion de leur propre corps (Amarolî) ; d’autres [utilisent des techniques qui] provoquent une abondante salivation (Khecari-mudrâ). Certains, qui vont jusqu'à la limite, font remonter leur sperme même une fois tombé dans le vagin d’une jeune femme (allusion à Vajroli-mudrâ). Il y en a qui absorbent les substances corporelles (dhâtu), habiles qu'ils sont à faire passer l’énergie vitale dans tous les canaux du corps. Chez aucun de tous ces gens ne se trouve la perfection du corps, en l'absence du Râja-yoga qui opère la cessation des fonctions mentales.

Certains ont l’esprit endurci à force de logique et de dialectique, d’autres sont bouffis d’orgueil et d’arrogance, certains sont emplis de présomption du fait de leur caste, d'autres s’embrouillent dans les méditations et autres rites, pour ainsi dire toute la masse des êtres animés est dans la confusion et entretient des conceptions diverses, au lieu de se plonger dans l'unique jouissance, celle de la Béatitude qui est vide de conceptions.

Le port d'un bâton ou d’un trident (emblèmes des ascètes), le chignon tressé et l'onction de cendres, l'épilation des cheveux, la nudité, le vêtement d’écorces de couleur rouge, le comportement démentiel, la pratique de boire et de manger ce qui ne doit pas être consommé, l'observance du mode de vie d'un pâkhanda (homme inculte), tout en arborant des signes de secte de cette sorte, les gens vont braillant leurs positions philosophiques variées.

Pour celui en qui s’est produit l’Éveil à soi-même, qui est devenu détaché de tout et qui s'engage dans la pratique constamment, rien de tout cela n’est utile.

Les différentes manières de fixer le regard, les diverses postures (âsana) et les modalités (bhâva, « états » spirituels) variées du psychisme ne sont jamais d’aucune utilité pour le yogin [qui a atteint le non-mental].

Bien des yogin, dont le sens de l’ego va se fortifiant car ils ont pris connaissance d'une multitude de traités, ne connaissent pas cet enseignement malgré les centaines de livres qu'ils ont lus.

Ceux qui s’absorbent et se perdent dans des textes se préoccupant essentiellement de méditations et autres pratiques qui ont pour racine l'idéation, ceux-là ne découvrent pas, même au prix de pénibles efforts, le Lieu désiré qui est à atteindre. [...]

Le japa pratiqué selon diverses techniques parmi lesquelles la prononciation de « Om ! » est la principale, la visualisation de lumière dans le lotus intérieur, la méditation prenant pour support l'espace vide, tout cela est à transcender, ayant considéré tous les exercices comme une agitation de l'esprit. Au moment de la mort de ce corps, que les sages se consacrent exclusivement à cet indicible et unique Non-mental.
Tara Michaël, "Le yoga de l'Éveil"

Le yoga de l'Éveil

Dans la tradition hindoue, la « voie du Yoga» permet à l'adepte - le yogin - d'accéder à l'expérience de l'Absolu dès cette vie même.

En Occident, où le Yoga passe souvent pour n'être qu'une discipline corporelle salubre, il exerce une fascination parce qu'il se présente comme une méthode expérimentale n'impliquant aucun credo et indépendante de tout endoctrinement dogmatique.

Loin de s'opposer aux religions, le Yoga fournit les méthodes de réalisation spirituelle du Principe suprême, qui est, selon la métaphysique indienne, à la fois la source de l'univers manifesté et le fondement de la conscience individuelle. Il se présente comme la culmination de l'esprit religieux qu'il dépouille de toute extériorité, le menant jusqu'à la plus haute expérience de l'inconcevable. Cette expérience vécue de l'Absolu est comparée à «l'autre Rive» qu'il nous faudrait atteindre, en traversant cette immensité houleuse qu'est l'océan de l'existence.

Ce livre veut précisément expliquer la « Science de la Traversée », ou Éveil au Soi, en nous guidant à travers les textes sanscrits qui l'enseignent.



Tara Michaël, docteur en Études indiennes et chercheur au CNRS, a vécu plus de dix ans en Inde et a publié plusieurs livres sur les nombreuses formes de la tradition du Yoga, dont la Hatha Yoga Pradîpikâ (Fayard, 1974), et sur les danses sacrées de l'Inde.


Photo :
« La cérémonie secrète du percement de l'oreille symbolise l'initiation dans l'ordre Gorakha nâtha. Tout d’abord les disciples de cet ordre portent un anneau en terre (kundala), qui peut être remplacé plus tard. Les boucles d'oreilles de couleur foncée en peau de rhinocéros sont très répandues.
Les sannyâsis tissent eux-mêmes leur laine et confectionnent des sacs dans lesquels ils rangent leurs vêtements et accessoires religieux. »
Ramesh Bedi


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