Wednesday, July 13, 2011

Moines nudistes




En Inde, des moines, des yogis, des ermites (Jaïns, shivaïtes, sadhus nagas...) vivent nus. Le droit à la nudité était pour Élisée Reclus « la grande révolution esthétique et morale qui laissera au civilisé moderne le droit qu'avait le Grec autrefois de se promener débarrassé de langes à la lumière du soleil, cette grande révolution est encore, parmi toutes les ambitions de l'homme moderne, celle qui paraît la plus difficile à réaliser ».

Marco Polo et les yogis qui « vont nus et n'ont nulle vergogne de montrer leur membre ».

Ils (les brahmanes) ont parmi eux des réguliers et des ordres de moines qui sont nommés ciugi (transcription du terme « yogi »), et qui vivent certainement plus que tous les autres du monde, car vivent de cent cinquante à deux cents ans ; et même alors, ils gardent encore leurs facultés corporelles : ils peuvent fort bien aller et venir là où ils veulent, et font fort bien tout le service de leurs moustiers (moutiers, monastères) et de leurs idoles, et quoiqu'ils soient si vieux, lisent aussi bien que s'ils étaient jeunes. C'est à cause, disent-ils, de la grande abstinence qu'ils font du manger et du boire. Car ils prennent toujours fort peu de nourriture, mais fort bonne : pain, riz et lait plus que de toute autre chose. Et encore vous dis que ces ciugui qui vivent aussi longtemps que je vous ai dit mangent de ce que je vous dirai, ce qui vous semblera bien grande chose. Car je vous dis qu'ils prennent vif-argent et soufre, et les mêlent ensemble, et en font breuvage avec de l'eau. Puis le boivent, et disent qu'il accroît la vie. Ils font ainsi deux fois chaque mois, et sachez qu'ils usent de ce breuvage dès l'enfance pour vivre plus longtemps, et il n'y a pas d’erreur ; ceux qui vivent aussi longtemps que je vous ai dit usent de ce breuvage de soufre et de vif-argent.

En ce royaume de Maabar (Côte de l’État indien du Tamil Nadu) est encore une autre religion, également appelée ciugui, qui font aussi grande abstinence que je vous dirai, et mènent très forte et âpre vie pour l'amour de leurs idoles. Car sachez très véritablement qu'ils vont tous nus sans rien porter sur eux, et ne se couvrent ni la nature ni nul membre. Ils adorent le bœuf, et la plupart d'entre eux portent une peau de bœuf ou un petit bœuf découpé dans du cuir, du cuivre ou du bronze dorés au milieu du front; et entendez qu'ils se les attachent en cet endroit... Et encore vous dis qu'ils brûlent aussi la fiente de bœuf et en font une poudre, dont ils font une grande variété d’onguents. Ils s'en oignent alors en plusieurs lieux du corps avec grande révérence, bien aussi grande que celle que les Chrétiens ont pour l'eau bénite. Si quelqu'un les salue lorsqu'ils vont leur chemin, ils l'oignent au front de cette poudre comme de quelque chose de très saint. Ils ne mangent ni sur table, ni en écuelles, mais sur des feuilles de pommier du Paradis ou sur d'autres grandes feuilles ; toutefois, non quand elles sont vertes, mais sèches. En effet, les vertes, ils disent qu'elles ont une âme, ainsi, d'ailleurs, que toutes les choses créées, et ce serait donc un péché. Car je vous dis que plus que, toute créature au monde, ils se gardent de faire une chose dont ils pensent qu'elle serait péché, car ils se laisseraient plutôt mourir que de faire une chose qu'ils supposent péché. Et quand les autres hommes leur demandent pourquoi ils vont nus et n'ont nulle vergogne de montrer leur membre, ils disent :

- Nous allons nus parce que nous ne voulons nulle chose de ce monde, parce que nous vînmes en ce monde sans nul vêtement et nus ; et si nous n'avons pas honte de montrer notre membre, c'est parce qu'avec lui nous ne faisons nul péché. Voilà pourquoi nous n'avons pas plus honte de lui que vous n'en avez lorsque vous montrez vos mains, votre visage, ou vos autres membres qui ne commettent point de pêché de luxure. Mais comme votre membre commettra péché et luxure, vous le portez couvert et en avez vergogne. Nous, nous n'en avons pas plus que de montrer le doigt, parce que nous ne faisons nul péché avec eux.

Telle est la raison qu'ils donnent aux hommes qui leur demandent pourquoi ils n'ont point vergogne de montrer leur membre. Et encore vous dis qu'ils n'occiront nulle créature ni animal du monde, ni mouche, ni puce, ni pou, ni ver, parce qu'ils disent qu'ils ont une âme, et disent qu'ils n'en mangeraient point à cause du péché qu'ils commettraient. Et encore vous dis qu'ils ne mangeraient nulle chose verte, ni herbe, ni fruit, ni racine, tant qu'elle n'est pas sèche, parce que, disent-ils, les choses vertes ont une âme.

Quand ils désirent se soulager, ils vont à la plage ou au rivage de la mer, et là, auprès de l'eau, ils font dans le sable, et se lavent ensuite fort bien avec l'eau. Et lorsqu'ils sont lavés, ils prennent une petite branche ou baguette dont ils dispersent la crotte et la répandent çà et là dans le sable au point qu'on n'en peut plus rien voir. Si on leur demande pourquoi ils font ainsi, ils répondent :

- Parce que des vers y prendraient naissance ; les vers ainsi créés, lorsque leur aliment serait consumé par le soleil, ils mourraient faute de nourriture ; et comme cette substance sort de notre corps, puisque sans nourriture, nous non plus, nous ne pourrions vivre, la mort de tant d'âmes issues de notre substance nous chargerait d'un très grand pêché. Ainsi donc, nous détruisons cette substance, pour que des vers n’en puissent être créés et qu’ensuite lorsque l’aliment leur fera défaut, ils ne puissent mourir par notre faute et négligence.

Et encore vous dis que ces hommes religieux dorment tous nus sur la terre nue, sans rien ni dessus ni dessous. C’est une bien grande merveille qu’ils n’en meurent point, et qu’ils vivent aussi longtemps que je vous ai dit ci-dessus. Ils font aussi grande abstinence de manger, car ils jeûnent tous les ans, ne mangent rien que du pain et boivent de l'eau, rien d’autre.

Et vous dirai encore une autre chose à leur sujet ; car ils ont leurs réguliers, qui demeurent dans les moustiers pour servir les idoles. Et quand on les nomme à un rang ou office, on les éprouve comme je vais vous dire. Donc, quand l’un d'entre eux meurt et qu’un autre doit être choisi à sa place, ils le gardent quelque temps dans leur moustier et lui font mener leur vie. Ensuite, ils font venir les pucelles qui sont offertes à l'idole, et font toucher par ces pucelles cet homme qui garde les idoles. Elles le touchent et çà et là par maintes parties du corps, elles l'accolent et le baisent, et le mettent dans le plus grand plaisir du monde. Cet homme qui est touché de telle manière par les pucelles, si son membre ne change en rien, mais demeure comme il était avant que les pucelles le touchent, alors il est tenu pour bon et pur, et ils le gardent avec eux dans l’Ordre. Mais un autre que les pucelles touchent, si son membre se meut et se dresse, ils ne le retiennent mie, mais le chassent incontinent de la compagnie des moines, disant qu’ils ne veulent retenir un tel homme de luxure.

Marco Polo

Le devisement du monde
Le livre des merveilles

A la fin du XIIIe siècle, l'Europe chrétienne se prépare à la grande plongée qui, de la perte de la Terre sainte et de la Peste noire au grand Schisme, la conduira vers la Renaissance. Le monde islamique subit l'attaque mongole. Le Califat, Byzance et le Saint-Empire germanique vont sombrer. C'est à cette époque charnière que trois marchands vénitiens, Nicolo, Mafeo et Marco Polo sillonnent le monde. De 1250 à 1270, les deux aînés visitent Constantinople, la Russie et poussent à travers l'Asie centrale vers la Chine. A partir de 1271, Marco Polo se joint à eux. Ils traversent les hauts plateaux d'Anatolie, l'Iran, le Haut Afghanistan, le Pamir et le Turkestan chinois pour arriver à Pékin. Seize ans de séjour en Chine permettent à Marco Polo de parcourir une partie importante du pays. Le retour les conduira vers d'autres contrées : l'Indochine, Ceylan, les côtes indiennes. Et même des régions jusqu'alors non visitées comme les côtes de l'Arabie, l’Éthiopie et le littoral africain jusqu'à Zanzibar seront fidèlement décrites à travers les témoignages recueillis. Le livre de Marco Polo se présente non seulement comme une géographie complète de son temps mais comme un témoignage unique qui étale aux yeux de l'Europe en crise les incomparables richesses et le degré de civilisation de l'Asie. Marco Polo clôt l'ère des géographes du légendaire pour ouvrir celle des précurseurs des explorateurs et des colonisateurs des temps modernes.


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Marco Polo (1254-1324), marchand vénitien, est l'un des voyageurs les plus connus de la Route de la Soie. II rapporta les récits d'un voyage qui dura vingt-quatre années de sa vie.

Photo :
"La vigueur magnifique des nagas qui se dirigent, dans un état de profonde excitation, vers le confluent du Gange, de la Yamuna et de la souterraine Sarasanati à Prayaga, le jour du Mauni Amavasya, pour le Grand Bain, remplit l'air d'exultation."
Ramesh Bedi



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