Sunday, September 04, 2011

Concept opérationnel de l'expérience mystique




Implants de cornes en titane, des crocs de vampire, de multiples piercings, des scarifications..., renoncer à son apparence humaine exige des mortifications et une forme de discipline ascétique. Autrefois, la discipline ascétique était pratiquée par les mystique désireux de pénétrer dans la beauté de la lumière spirituelle.

Dans les années 1930, Alexis Carrel écrit :

Chez les hommes modernes, nous n'observons presque jamais les manifestations de l'activité mystique, du sens religieux. Même dans sa forme la plus rudimentaire, le sens mystique est exceptionnel, beaucoup plus exceptionnel encore que le sens moral. Néanmoins, il fait partie de nos activités essentielles. L'humanité a reçu une empreinte plus profonde de l'inspiration religieuse que de la pensée philosophique. Dans la cité antique ; la religion était la base de la vie familiale et sociale. Le sol de l'Europe est encore couvert des cathédrales et des ruines des temples que nos ancêtres y ont élevés. Aujourd'hui, il est vrai, nous comprenons à peine leur signification. Pour la plupart des civilisés, les églises ne sont que des musées où reposent les religions mortes. L'attitude des touristes qui profanent les cathédrales d'Europe montre à quel point la vie moderne a oblitéré le sens religieux. L'activité mystique a été bannie de la plupart des religions. Sa signification même a été oubliée. A cet oubli est liée probablement la décadence des Églises. Car la vie d'une religion dépend des foyers d'activité mystique qu'elle est capable de créer. Cependant, le sens religieux est resté dans la vie moderne une fonction nécessaire de la conscience de quelques individus. A présent, il recommence à se manifester parmi les hommes de haute culture. Et, phénomène étrange, les grands ordres religieux n'ont pas assez de place dans leurs monastères pour recevoir les jeunes gens qui veulent, par la voie de l'ascèse et de la mystique, pénétrer dans le monde spirituel.

L'activité religieuse, comme l'activité morale, prend des aspects variés. Dans son état le plus rudimentaire, elle est une inspiration vague vers un pouvoir dépassant les formes matérielles et mentales de notre monde, une sorte de prière non formulée, la recherche d'une beauté plus absolue que celle de l'art et de la science. Elle est voisine de l'activité esthétique. Le sens de la beauté conduit à l'activité mystique. D'autre part, les rites religieux s'associent aux différentes formes de l'art. C'est ainsi que le chant se transforme facilement en prière. La beauté que cherche le mystique est plus riche encore et plus indéfinissable que celle de l'artiste. Elle ne revêt aucune forme. Elle n'est exprimable dans aucun langage. Elle se cache dans les choses du monde visible. Elle se manifeste à peu d'hommes. Elle demande l'élévation de l'esprit vers un être qui est la source de tout, vers un pouvoir, un centre de forces, que les mystiques chrétiens nomment Dieu. A toutes les époques, dans toutes les races, il y a eu des individus possédant à un haut degré ce sens particulier. La mystique chrétienne exprime la forme la plus élevée de l'activité religieuse. Elle est mieux liée aux autres activités de la conscience que les mystiques hindoue et tibétaine. Elle a eu, sur les mystiques asiatiques, l'avantage de recevoir dès sa petite enfance les leçons de la Grèce et de Rome. Elle a appris de l'une l'intelligence, et de l'autre, l'ordre et la mesure.

Dans son état le plus élevé, elle comporte une technique très élaborée, une discipline stricte. Elle demande d'abord la pratique de l'ascétisme. Il est aussi impossible de l'aborder sans un apprentissage ascétique que de devenir un athlète sans se soumettre à un entraînement physique. L'initiation à l'ascétisme est dure. Aussi, peu d'hommes ont-ils le courage de s'engager dans la voie mystique. Celui qui veut entreprendre ce rude voyage doit renoncer à lui-même et aux choses de ce monde. Il demeure ensuite dans les ténèbres de la nuit obscure. Il éprouve les souffrances de la vie purgative pendant qu'il pleure sa faiblesse et son indignité, et demande la grâce de Dieu. Peu à peu, il se détache de lui-même. Sa prière devient une contemplation. Il entre dans la vie illuminative. Il ne peut décrire ce qu'il voit. Quand il veut exprimer ce qu'il sent, il emprunte, comme saint Jean de la Croix, le langage de l'amour charnel. Son esprit s'échappe de l'espace et du temps. Il prend contact avec une chose ineffable. Il atteint la vie unitive. Il contemple Dieu et il agit avec lui.

Dans la vie de tous les grands mystiques, les mêmes étapes se succèdent. Nous devons accepter leur expérience telle qu'elle nous est donnée. Seuls ceux qui ont vécu eux-mêmes la vie de prière peuvent la juger. La recherche de Dieu est, en effet, une entreprise toute personnelle. Grâce à une certaine réalité de sa conscience, l'homme tend vers une réalité invisible qui réside dans le monde matériel et s'étend au-delà de lui. Il se lance dans la plus audacieuse aventure qu'il soit possible d'oser. On peut le considérer comme un héros, ou comme un fou. Mais il ne faut pas se demander si l'expérience mystique est vraie ou fausse, si. elle est une autosuggestion, une hallucination, ou bien si elle représente un voyage de l'âme en dehors des dimensions de notre monde et son contact avec une réalité supérieure. Nous devons nous contenter d'avoir d'elle un concept opérationnel. Elle est efficace en elle-même. Elle donne ce qu'il demande à celui qui la pratique. Elle lui apporte le renoncement, la paix, la richesse intérieure, la force, l'amour, Dieu. Elle est aussi réelle que l'inspiration esthétique. Pour le mystique comme pour l'artiste, la beauté qu'il contemple est la seule vérité.

Alexis Carrel, « L'homme cet inconnu ».



L'homme cet inconnu 






Commentaire d'un lecteur :

A rebours des « commentaires » précédents (1), je vais tenter de faire un commentaire plus objectif de ce livre majeur (diffusé dans le monde entier), qui a été l'objet d'une campagne politicienne particulièrement malhonnête.

L'objet central du livre est d'établir un lien entre les caractère « psychologiques » et « physiologiques » de l'être humain : en clair, la dualité corps/esprit ; complémentarité que Carrel met en relation avec les structures sociales. S'inscrivant dans son époque, il conclut que la société de consommation qui s'affirmait alors ne pouvait aboutir qu'à la dégénérescence de l'homme, à la fois physiquement, et intellectuellement. On le voit, ce livre est tout à fait actuel.

Quant aux passages sur l'eugénisme, sur lesquels on a énormément glosé (en se fiant d'ailleurs plus à des vulgates militantes qu'à l'ouvrage lui-même...), soyons honnête en disant que cette question n'occupe que quelques pages (à peu près une dizaine, selon les éditions) sur près de 400. Pour résumer sa position, il propose la stérilisation des individus dangereux, en ce qu'il croit à l'hérédité des humains (thèse faisant certes débat), mais accepte bien les limites de cette politique.


De plus, il plaide pour un eugénisme 'positif' (et non 'négatif'), c'est à dire sur la favorisation des personnes les plus saines, et ce sur la base du volontariat. Ce qui n'a rien à voir avec une quelconque élimination fanatique, que l'on peut voir fantasmée dans certaines publications militantes et mal informées, qui imaginaient Carrel proposant une tyrannie de doux dingues en blouse blanche...

Pour conclure en revenant à l'objet central du livre (totalement occulté par la polémique sur une petite dizaine de pages...), cet ouvrage, qui met en lumière l'importance de l'hygiène des populations dans le destin des civilisations, est tout à fait actuel, en ce qu'il permet une relecture de l'amécicanisation de notre société: la malbouffe MacDonalds et l'abrutissement général des masses, Carrel l'avait analysé bien avant les altermondialistes d'aujourd'hui...

1) A lire sur le site Amazon.


Photo :
Des adeptes d'un art satanique de la laideur ?


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