Saturday, November 26, 2011

Impostures égyptiennes & syndrome égyptomaniaque




Le vendredi 11 novembre 2011, les autorités égyptiennes décident de fermer la pyramide de Kheops. 


Plusieurs milliers d'illuminés sont venus en Égypte afin de participer à une « cérémonie pour la protection de la Terre » qui doit se dérouler dans la Grande Pyramide. A l'occasion de ce jour extraordinaire (le jour des trois 11, 11/11/ 2011), la fondation polonaise Dar Swiatowida a mobilisé une armée d'initiés pour créer un bouclier de protection entre le cosmos et la Terre. La présence parmi ces experts de l'ésotérisme de plus d'un millier de Juifs désireux de planter une étoile de David au sommet de la Grande Pyramide explique peut-être la décision des autorités égyptiennes. 


Ce qui se passe sous le voile d'Isis est secret

L'Égypte est la terre sacrée des initiés de tous les pays. En 1889, dans son livre « Les grands initiés », Édouard Schuré ne jure que d'après la tradition ésotérique de l'Égypte antique : 


"Depuis l’époque aryenne, à travers la période troublée qui suivit les temps védiques jusqu’à la conquête persane et à l'époque alexandrine, c'est-à-dire pendant un laps de plus de cinq mille ans, l’Égypte fut la forteresse des pures et hautes doctrines, dont l'ensemble constitue la science des principes et qu’on pourrait appeler l'orthodoxie ésotérique de l'antiquité. Cinquante dynasties purent se succéder et le Nil charrier ses alluvions sur des cités entières, l’invasion phénicienne put inonder le pays et en être expulsée : au milieu, des flux et des reflux de l’histoire, sous l'idolâtrie apparente de son polythéisme extérieur, l’Égypte garda le vieux fonds de sa théologie occulte et son organisation sacerdotale. Elle résista aux siècles comme la pyramide de Gizeh à demi enfouie sous les sables, mais intacte. Grâce à cette immobilité de sphinx gardant son secret, à cette résistance de granit, l’Égypte devint l'axe autour duquel évolua la pensée religieuse de l'humanité en passant d'Asie en Europe. La Judée, la Grèce, l’Étrurie, autant d’âmes de vie qui formèrent des civilisations diverses. Mais, où puisèrent-elles leurs idées mères, sinon dans la réserve organique de la vieille Égypte ? Moïse et Orphée créèrent deux religions opposées et prodigieuses, l'une par son âpre monothéisme, l'autre par son polythéisme éblouissant. Mais dans quel moule se forma leur génie ? Où l’un trouva-t-il la force, l'énergie, l'audace de refondre, un peuple à demi sauvage, comme l'airain dans une fournaise, et l'autre la magie de faire parler les dieux, comme une lyre accordée, à l'âme de ses barbares charmés ? dans les temples d’Osiris, dans l'antique Thébah, que les initiés appelaient la cité du soleil ou l'Arche solaire – parce qu’elle contenait, la synthèse de la science divine et tous les secrets de l'initiation." 


La franc-maçonnerie égyptienne

La prétendue science ésotérique égyptienne est au cœur de nombreuses sociétés secrètes. Un initié de salon, plus escroc que sage, l'aventurier Joseph Balsamo, connu sous le nom de Cagliostro, créa la première loge maçonnique égyptienne en 1784, la Loge de la Sagesse Triomphante. Mais la carrière de Cagliostro fut brisée par l'escroquerie connue sous le nom de l'affaire du collier de la reine. Cagliostro fut embastillé et expulsé de France.

Dans son livre « L'égyptomanie, une imposture », Roger Caratini s'en prend à l'égyptomanie, « ce produit inattendu mais inévitable de la civilisation de consommation, qui, depuis une trentaine d'années, a fait de l'Égypte une proie bien juteuse ».

Édouard Schuré, qui prétendait que les pharaons étaient des sages grâce à l'influence des prêtres initiés, n'avait que mépris pour Sumer et Babylone. « Babylone, métropole du despotisme », disait-il. Toutefois, les écrits des initiés (Schuré était théosophe et anthroposophe) comportent de regrettables inversions de la réalité :

Autocratie égyptienne et royauté parlementaire sumérienne

« Les anciens Égyptiens, qui, au milieu du IIIe millénaire avant notre ère, étaient – avec les Sumériens et les Akkadiens de Mésopotamie – les seuls peuples du monde à connaître l'écriture, n'ont jamais eu aucune loi écrite, ni a fortiori aucune constitution qui puisse limiter ou freiner le bon plaisir délirant des pharaons, alors qu'Ur-Nammu (2111-2094), le roi sumérien de la vieille cité chaldéenne d'Ur, a promulgué le premier code écrit de l'histoire deux cent cinquante ans avant le fameux code d'Hammourabi.

Les pharaons étaient des monarques qui n'avaient de comptes à rendre à personne, et le caractère simpliste de leurs institutions ne prévoyait aucune voie de recours en cas de crise. À ce sujet, il nous semble bon de citer ici l'exemple des anciennes cités sumériennes, qui, trois mille ans avant notre ère, à l'époque où, en Égypte, les premiers signes hiéroglyphiques faisaient timidement leur apparition sur quelques objets rituels, possédaient déjà, comme l'ont montré les sumérologues et en particulier S.N. Kramer, des institutions parlementaires évoluées.

Nous faisons allusion à un poème écrit en babylonien, connu sous le nom d’Épopée de Gilgamesh, contant, à la manière d'une épopée, le déroulement d'un conflit qui serait né aux alentours de l'an 3000 av. J.-C. entre deux cités-États du pays de Sumer, Uruk et Kish, qui se disputaient l'hégémonie comme le feront, plus tard, Athènes et Sparte à propos du Péloponnèse. Le roi de Kish, qui, dans le poème, est nommé Agga, soucieux de maintenir la prédominance de sa cité sur les autres États du pays de Sumer, envoie aux habitants d'Uruk des messagers, porteurs d'un ultimatum les menaçant de porter la guerre chez eux s'ils ne se soumettent pas à son autorité. Avant de leur répondre, le roi d'Uruk, Gilgamesh, consulte l'« Assemblée des Anciens » de la cité, autrement dit son Sénat, et l'exhorte à ignorer l'ultimatum de Kish et à prendre les armes pour défendre leur patrie ; mais les Anciens repoussent la proposition du roi : ils préfèrent se soumettre pour éviter la guerre. Déçu, mais respectueux des lois de son royaume, Gilgamesh se rend alors devant Assemblée des combattants de la ville », lui expose sa thèse, et cette Assemblée, moins timorée que le Sénat, se déclare contre la soumission et pour la guerre contre Kish.

Voici le passage du poème qui relate la première « bataille parlementaire » de l'histoire, comme il n'en exista jamais en Égypte. Même si le poème babylonien est une fable, il n'en reste pas moins que le décor politique de cette fable n'a pas été inventé pour la circonstance et nous présente les institutions sumériennes comme une monarchie parlementaire : le destin de l'État n'y dépend pas des caprices ou des ukases d'un quelconque pharaon.

« Les envoyés d'Agga, fils d'Enmebaraggesi,
Quittèrent Kish pour se rendre auprès de Gilgamesh, à Uruk.
Le seigneur Gilgamesh devant les Anciens de sa ville
Porta l'affaire, et demanda conseil :

"Ne nous soumettons pas à la maison de Kish, leur dit-il, Frappons-la de nos armes !"
L'Assemblée réunie des Anciens de sa ville
Répondit à Gilgamesh : "Soumettons-nous à la maison de Kish,
Ne la frappons pas de nos armes !"

Une seconde fois Gilgamesh, le seigneur de Kullah [nom d'un quartier d'Uruk],
Devant les combattants de sa ville
Porta l'affaire et demanda conseil :

"Ne vous soumettez pas à la maison de Kish, leur dit-il, Frappons-la de nos armes."
L'Assemblée réunie des combattants de la ville
Répondit à Gilgamesh : "Ne vous soumettez pas à la maison de Kish !
Frappons-la de nos armes !" 

Lors Gilgamesh, le seigneur de Kullah,
À cet avis des combattants de la ville,
Son cœur se réjouit et son âme s'éclaire. » (Trad. selon S.N. Kramer.)

Il est clair que ce passage du poème, aussi concis soit-il, nous décrit l'État d'Uruk comme doté de deux « chambres » parlementaires, dont la composition est différente : un Sénat sans doute conservateur, partisan de la paix, et une Chambre des combattants plus ardente. […]

Syndrome égyptomaniaque

« Les symptômes de l'égyptomanie sont généralement anodins et, de prime abord, ils peuvent passer inaperçus de l'entourage du sujet qui en souffre. Pour les déceler, il suffit au thérapeute qui examine un patient soupçonné d'être atteint de ce mal de prononcer une courte phrase dans laquelle il glisse l'un des trois mots suivants : «Égypte », « pharaon » ou « hiéroglyphes » et de laisser parler le malade dont le discours, en apparence raisonné, présente des caractères qui permettent de poser sans hésitation aucune le diagnostic de syndrome égyptomaniaque, dont les quatre signes pathognomoniques sont les suivants :

— l'admiration irraisonnée et illimitée de tout ce qui se rapporte à l'Égypte ancienne ;

— la croyance forcenée en l'existence d'une « histoire » de l'Égypte ancienne qui se serait déroulée, antérieurement à celle de toutes les autres nations, dans des cadres (institutions, systèmes de gouvernement, législation, guerres et traités) et avec des moyens (princes, ministres, fonctionnaires, généraux et soldats) analogues à ceux des grands peuples historiques connus, tels les Grecs ou les Romains ;

— l'affirmation péremptoire et gratuite de l'existence, chez les anciens Égyptiens, d'un savoir scientifique étendu ;

— l'affirmation tout aussi péremptoire que les prêtres de l'ancienne Égypte possédaient en outre un savoir caché relatif à la destinée des humains après la mort, réservé aux seuls initiés.

Les plus enragés des égyptomaniaques en concluent – sans rien prouver, car le propre d'un syndrome délirant est de refuser implicitement toute réalité et toute rationalisation – qu'il a existé une culture égyptienne antique exceptionnelle qui aurait été le point de départ de tous les éléments des civilisations de l'Europe méditerranéenne, y compris même du monothéisme judéo-chrétien. »

Roger Caratini, L'égyptomanie, une imposture.



L'égyptomanie, une imposture 

Reprenant point par point la réalité de ce qui est connu de l'histoire des dynasties pharaoniques et de la culture de l’Égypte ancienne, l'auteur s'attache à montrer que la littérature et le tourisme de masse ont inventé depuis deux siècles une Égypte mythologique qui n'a que peu à voir avec celle des véritables égyptologues. Si on peut affirmer, en effet, qu'il y a plus de cinq mille ans s'est installé dans la vallée du Nil un peuple d'agriculteurs-pasteurs doté d'une étonnante stabilité qui a duré 2000 ans environ, rien en revanche ne permet de justifier de l'invention d'une véritable écriture (à l'inverse de ce qui s'est passé à Sumer, en Mésopotamie) ni de l'existence d'une science mathématique, d'une astrologie, d'une astronomie ni d'une médecine égyptiennes sans même parler du pseudo-mystère des pyramides. Dans un style incisif et en se fondant sur une documentation solide, Roger Caratini fait voler en éclat l’Égypte de pacotille qui mobilise pages de revues et librairies.





Projekt Cheops :
http://www.projekt-cheops.com/plain.aspx?languageId=23&menuId=101&sectionId=407&cmd=

Dessin :
http://alain-prunier.com/blog/index.php?post/2011/11/11/Pyramide-11-11-2011

1 comment:

  1. Il est facile de faire peser le blâme sur les "égyptomaniaques" mais plusieurs arguments utilisant par exemple la rationalité occidentale ne tiennent pas la route.... quand on prend en compte que le problème d'un égyptomaniaque ne se réduit pas simplement ce en quoi il "croit" mais la manière dont il "croit"... Ce problème est le même pour tous types de délire, même si la source même de ce délire est en elle-même honorable.

    Sans compter que plus de deux cents ans de recherche sur l'Égypte ancienne ne peuvent être que limitées à la seule "raison" moderne. L'égypte est et restera l'un des berceaux des diverses philosophies païennes et monothéistes des derniers 3000 ans, et une grande inspiration pour tous les chercheurs.

    Pour terminer, j'ajouterais que le Kémétisme est une voie honorable qui ne mérite pas de chasse aux sorcières. Ce qu'il faut détruire, ce sont les préjugés et la rationalisation excessive de nos sociétés. Ceci dit, je n'exclut pas la possibilité de dérives possibles, comme cela se produit dans tous les schèmes philosophiques, religieux, politiques, etc.

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