mercredi, avril 04, 2018

Le Dzogchen de Namkhaï Norbu Rinpoché

Namkhaï Norbu Rinpoché a réalisé une adaptation du Dzogchen à la mentalité des Occidentaux et à leur mythe du surhomme. Le Dzogchen développe une idéologie du super yogi pourvu de tous les pouvoirs magiques et d'un corps de gloire immortel (ja'-lus).




Le Dzogchen de Namkhaï Norbu Rinpoché 


par Marion Dapsance 


Les Nyingmapa déclarent « conserver les enseignements les plus anciens introduits par le maître indien Padmasambhava, que les Tibétains appellent « Gourou Rinpoché ». Leurs enseignements les plus élevés sont le dzogchen (Grande Perfection), présenté comme une voie d’accession « directe » à l’éveil, fondée moins sur le savoir philosophique que sur la pratique rituelle comprenant des techniques d’ordre physiologiques, liées à une conception ésotérique du corps et de l’esprit humains ». 


C’est en 1976 que Namkhaï Norbu Rinpoché commença à transmettre un savoir et une pratique désignés sous le nom de Dzogchen, d’abord à quelques-uns de ses étudiants de l’Université, puis à un plus large public d’Italiens, enfin, à des Européens, Américains, Australiens et Russes. Il lui a consacré de nombreux ouvrages en anglais170 et a fondé, en Toscane au milieu des années 1970, un centre international, la Communauté Dzogchen. […]



Une adaptation du Dzogchen 



Les enseignements et pratiques proposés par Namkhaï Norbu sont présentés comme une « adaptation du Dzogchen au monde moderne ». Ils ont trait à « l’esprit, la voix ou l’énergie, et le corps », suivant la conception tibétaine des composantes de la personne. Les exercices visant à transformer l’esprit sont, selon Namkhaï Norbu, les plus difficiles d’accès, l’esprit étant tout à la fois une entité insaisissable et la cause ultime de la souffrance et de la libération. Ses enseignements se déroulent de la manière suivante.


Tout d’abord, il convient d’écouter de longues explications détaillées de notions bouddhiques, des plus simples (les Quatre Vérités) aux plus complexes (la nature de l’esprit dans le Dzogchen). Ces notions sont replacées dans leur contexte historique et dans un panorama relativement complexe des autres traditions bouddhiques existantes. Cependant, cet exposé érudit n’empêche pas Namkhaï Norbu de se présenter davantage comme un religieux que comme un historien, plaçant sa propre tradition en position de supériorité par rapport aux autres, ou, au moins, la considérant comme la plus adaptée au « monde moderne ». 



Contemplation et chant du Vajra 


Selon Namkhaï Norbu, le pratiquant doit avant tout s’observer et réfléchir sur ce qui le constitue en tant qu’être mortel, à partir d’exercices tels que la contemplation de la syllabe tibétaine « A », souvent accompagnée de son émission sonore. L’exercice se pratique notamment au moment de s’endormir. Des rituels de « présentations directes de la nature de l’esprit », caractéristiques de la tradition Dzogchen, sont officiellement programmés trois ou quatre fois par an à dates fixes, suivant le calendrier lunaire tibétain. Depuis peu, ils peuvent aussi se faire via internet (en video-streaming, l’essentiel étant de voir le maître en direct). Ils associent comportent une exégèse et des rites, accompagnés de la récitation de formules. Parmi les exercices centrés sur la voix ou « l’énergie » (laquelle fait l’objet d’explications succinctes concernant le système physiologique tibétain traditionnel, avec mention des canaux, chakras et souffles subtils), figure surtout la pratique du « Chant du Vajra », récitation chantée d’un poème philosophique composé par Namkhaï Norbu Rinpoché. Ce chant est destiné à faciliter la concentration et la contemplation de la « nature de l’esprit » et, dit simplement, à parvenir à un état de quiétude intérieure. 



Le Yantra Yoga


Entre les niveaux « énergétique » et physique, se situe la pratique du « Yantra Yoga », une série de 108 postures physiques accompagnées d’exercices respiratoires et de gestes dits « yogiques », dont le maître affirme qu’ils sont destinés à « ouvrir des canaux subtils » et à obtenir « la Vue ». Namkhaï Norbu Rinpoché explique ainsi que le fait de porter sa main à l’oreille comme on le voit sur les représentations de Milarépa ne signifie pas que ce dernier se met à l’écoute des êtres souffrants, comme il est souvent dit, mais qu’il pratique un exercice yogique précis, destiné à ouvrir un canal d’énergie.



La danse du Vajra 


Enfin, les exercices centrés sur le corps comprennent la « Danse Vajra », une autre innovation importante de Namkhai Norbu. Sur un large tapis rond en matière synthétique représentant un mandala coloré, un groupe d’une dizaine de personnes effectuent de lentes figures chorégraphiques. Leur sens varie en fonction de l’endroit où leurs pieds sont posés et de leur emplacement les uns par rapport aux autres. Cette tradition modernisée n’exige pas, au préalable, la maîtrise des pratiques dévotionnelles tantriques, comme c’est le cas au Tibet : démocratisé, le Dzogchen est accessible à tous. 




La modernisation du Dzogchen 


La modernisation du Dzogchen revendiquée par Namkhaï Norbu consiste donc avant tout en une simplification et en un élargissement des conditions d’accès. Au Tibet, les techniques physiologiques, liées à une conception ésotérique du corps humain, ne sont accessibles qu’à une extrême minorité d’ascètes. En dépit de cette innovation, l’exégèse doctrinale reste reliée aux textes Dzogchen d’une part, aux notions bouddhiques du Mahayana d’autre part. Au sortir d’un weekend de « retraite Dzogchen » avec Namkhaï Norbu, le participant détient des informations techniques relativement claires sur cette tradition spirituelle – ou du moins sur sa place dans le paysage religieux tibétain. Il repart avec des exercices à effectuer chez lui, tels la contemplation du « A » et le « Yoga du sommeil ». Il aura souvent reçu une « introduction » publique à la « nature de l’esprit » et été invité à venir apprendre le « Yantra Yoga » et la « Danse Vajra » dans un centre local. En somme, il aura pu faire l’expérience d’une altérité culturelle, fondée sur des savoir-faire et un solide corpus doctrinal.

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