Wednesday, June 29, 2011

Les homosexuels interdits de séjour céleste


Toutes les religions ont dressé des interdits quant à l'homosexualité entre adultes, pour ces censeurs le plus évident des comportements qui mettent en péril la procréation. Ce qui, de toujours, a été stigmatisé - parce qu'au départ hostile au développement démographique - c’est le plaisir gratuit associé au désordre. Les couches laborieuses ont d’ailleurs attribué l'homosexualité aux riches oisifs. Quand elle se développe chez les pauvres, elle est jugée comme sexualité de compensation, pis-aller, voire moyen vénal de suppléer à la misère - grâce justement aux sollicitations des pervers des classes favorisées. Il est donc absurde de proclamer que l’homosexualité, était plus tolérée en France dans la première moitié du XXe siècle, comme de regretter la grande liberté de mœurs des peuples sous-développés et de s’étonner de la répression sexuelle qui s’installe dès qu'un pays tente de moderniser ses structures économiques.

Homosexualité et politique

Qu’on le veuille ou non, n’en déplaise aux nostalgiques, l'homosexualité adulte (dont la désignation d’ailleurs n’intervient qu’à la fin du XIXe siècle, en même temps que la suprématie de la médecine) n’existe, comme mode de vie explicite, dans aucun groupe social. Les façons qu’ont tenté - et que tentent - les sociétés d’en régler la présence et l'éternel attrait sont de deux ordres : soit (comme chez les Perses, par exemple, ou chez les Grecs et dans certains groupes ethniques qui préservent ainsi les rites de la puberté) en canalisant, sous forme de cérémonies initiatiques, le désir que peuvent avoir des adultes mâles pour de jeunes adolescents ; soit, de nos jours en Occident où le surpeuplement inquiète, en autorisant les relations homosexuelles entre adultes. Si, dans le premier
cas, les bases de la société patriarcale ne sont pas ébranlées, il en va bien autrement dans le deuxième cas où est remise brutalement en question la famille traditionnelle.

Ce long préliminaire est nécessaire. Il faut détruire une illusion que les homosexuels eux-mêmes entretiennent et qui est aussi préjudiciable que de vouloir définir l'homosexualité comme immanente, donnée à la naissance par un gène rédhibitoire : à savoir que l’homosexualité aurait bénéficié dans le passé d’un âge d’or ! L’homosexualité adulte, telle que nous la définissons aujourd’hui, a été de tout temps refoulée.

Nombre d'homosexuels voudraient que la religion, qui est affaire d’âme disent-ils, n’ait pas à se préoccuper d’autre chose que de l'âme et d'argumenter longuement sur les vertus de générosité et de courage que les homosexuels partagent avec les hétérosexuels. C’est éliminer un élément majeur et décisif. Les religions se créent et s’entretiennent dans des sociétés données. Elles renforcent les lois - parfois les corrigent - et il serait inefficace de s’en tenir, par exemple, au message de Jésus qui n’est que parole dans un monde qui ne se préoccupait que d’argent. Que les homosexuels le sachent : quand on parle de religion, ce n’est pas de la parole supposée du Christ, de Bouddha, d’Allah ou de Jéhovah qu’il s’agit mais des commandements qui, au cours des siècles, ont élaboré les pratiques de la religion qui régularisent - en la restreignant - la florissante et polymorphe effervescence du désir. Les religions interdisent et limitent l’épanouissement individuel dans le but aujourd’hui contestable de favoriser l’évolution collective.

Jouissance et homosexualité

Refuser l’homosexualité, c'est refuser la passivité du mâle. C’est en même temps refuser le plaisir, la jouissance, l’égalité des sexes ; c’est surtout cantonner la femme au rôle de servante d’un homme qui inscrit sa virilité dans le vide creusé par sa soumission, réduite qu’elle est au rôle de porteuse de petits d’hommes, de mère et de putain, en fait une sorte d’envers nécessaire et troublant de cela seul qui compte parce qu’il fallait en protéger la survie : l’homme actif, dispensateur de semence. L’homosexualité (masculine) est d'abord condamnée de crainte qu’elle se développe et écarte l’homme de ses devoirs. Ce qui est annulé, ce ne sont pas les égarements occultes de l’homosexualité mais sa reconnaissance sociale. Elle est inversion, monstruosité puisqu’elle désigne des hommes qui, non seulement se veulent femmes - donc inexistants - mais n'ont même pas le
privilège de couver des petits d’hommes. On retrouve donc dans ce schéma initial – très simple en définitive - tout ce qui hante la société : l'effémination de l'homme, la sodomie (déni primaire de la transmission de l'espèce), le travestissement et le grand tabou de notre époque, la pédophilie masculine, dont la peur rejoint l'angoisse de l’inceste et bloque la relation père-fils qui s’interdit la tendresse dans l’obsession de la virilité.

La religion, dans sa réalité temporelle, ne peut passer outre ces angoisses fondamentales puisque ses règles et sa pratique ont précédé la morale laïque quand elles ne l’ont pas annulée ou déterminée. Avec de nos jours une crispation particulière: sorti de la misère, l'homme occidental se détache des oukases religieux pour prôner la morale individuelle. Les religions sont face à une homosexualité gênante puisqu’elle ne peut plus s’insérer dans une condamnation globale de la jouissance que la contraception, l'avortement et l’émancipation des femmes ont déclarée indépendante de la procréation.

Bouddhisme et homosexualité

Le bouddhisme basé sur l’évolution intérieure de l’individu devrait ne se préoccuper en rien de l'homosexualité qui n’est qu’un épiphénomène de l'incarnation. A partir du bouddhisme, il nous faut considérer pourtant les sectes qui s'en réclament comme l'implantation en France de la NSF (Nichiren Shoshu française), une communauté d’inspiration bouddhique qui attire beaucoup d’homosexuels. Soucieuse de garder ses membres et sachant combien le développement du sida en inquiète certains et les perturbent, elle affronte la question. Dans Dialogue pour l’Europe, l’alternative bouddhisme/homosexualité est clairement posée : « Question : comment le bouddhisme considère-t-il l'homosexualité ? L’homosexuel doit-il lutter contre son propre destin ou bien peut-il accepter sa condition comme étant naturelle ? »

La réponse est formulée dans la question !
Réponse : En fait le bouddhisme ne dit pas que l’homosexualité est bonne ou mauvaise. Comme vous le savez, le bouddhisme est la philosophie de la vie, donc concerne la vie... Quant à l’homosexualité, c’est un problème qui se situe à un niveau différent ; par conséquent, le bouddhisme ne la considère pas comme un vice et ne la juge pas comme tel. En renforçant de jour en jour la pratique bouddhique, l’homosexuel parviendra à se comprendre clairement et à saisir à la lumière du bouddhisme si ses actes quotidiens correspondent à l’attitude la plus digne de l’homme. Donc, il faut veiller à ne pas con- sidérer l’homosexuel comme un déséquilibré. Il faut éviter de penser que s’il est homosexuel, cela prouve que sa croyance est faible ou incorrecte. Il est important de veiller sur lui. En tant que membre, nous devons l'encourager inlassablement, de façon apparente ou non, afin que sa conviction s’approfondisse ; nous devons également souhaiter son développement. Si nous agissons ainsi, un tel homme arrivera à s’engager sur le chemin de la vie, conscient de sa mission qui est de vivre pour la propagation du bouddhisme.

Ce texte malhabilement conciliant ne pose pas différemment la... différence que le catholicisme : il y a la bonne sexualité et la déviante.

L’homosexuel juif

La situation est plus ambiguë lorsqu’il s'agit de la religion juive. Un regard superficiel peut envisager que les persécutions dont ont été victimes les juifs les prédisposent à l’indulgence. Les homosexuels juifs se heurtent pourtant à un triple opprobre : celui de la religion, celui de la famille, et peut-être surtout celui de la communauté. La Thora, qui, dans ses 613 règles, définit précisément ce que l’on peut faire et ce qui est interdit, rappelle que le couple doit se former comme Dieu l’a formé au départ, composé d’un homme et d’une femme et non de deux hommes (ce qui présuppose que cela peut exister !). Quant au chapitre 18 du Lévitique, il donne la liste des mariages interdits, et mentionne l’homosexualité au même titre que l’inceste ou la zoophilie. Comme pour la religion catholique, c’est la cellule familiale qui est dominante et si la condamnation à la lapidation des homosexuels et la mise en garde de la dépravation que pouvaient subir les jeunes juifs dans les gymnases grecs n’est plus en vigueur, l’hostilité résolue des religieux à l'homosexualité persiste aujourd’hui.

Aux États-Unis, certains rabbins affichent leur homosexualité, un juif gay, ne sera pas exclu par la communauté. La famille juive, moins hostile que la famille pratiquante chrétienne, se montre néanmoins accablée. Mais il s’agit moins de vice que de ne pas pouvoir perpétuer des fils. En Israël aujourd’hui, l'homosexualité est punissable mais les sanctions sont rarissimes. Elle reste un motif d’exclusion de l’armée chez les officiers, elle est tolérée chez les simples soldats. Dans le vécu individuel, il peut, bien sûr, y avoir souffrance : une minorité dans la minorité. Là où la communauté juive est importante, l’homosexualité est en voie d’intégration. A New York, deux synagogues gaies accueillent homos et lesbiennes avec leurs amis et familles.

L’islam face à l'homosexualité

A la différence de la religion catholique encombrée d'un Christ chaste et qui a perpétué la culpabilité sexuelle, le Coran se fait le défenseur d’une sexualité presque hédoniste. Mais, dans les faits, elle se cantonne à une hétérosexualité de reproduction. La question sexuelle est absolument centrale dans le Coran. Mais l’homosexuel est un « sous-être ». Comme toutes les religions, l'islam est anti-eugéniste. L’homosexuel qui ose s’affirmer en tant que tel, affronte d’emblée deux codes hégémoniques fondamentalement répressifs : la parole divine qui est absolument fondatrice dans l'islam, et puis la société bâtie sur des bases normatives étouffantes. La société islamique se voue au culte de la virilité. A travers l’homosexualité, l’homme se déclassé et retourne au rang de la femme. La notion d’androgyne est donc récupérée par l'imaginaire et la pratique effective de l'homosexualité chez les jeunes n’est pas nommée. On revient à ce qui domine ce profond refoulement commun à toutes les religions : l’homme actif dans sa relation sexuelle avec un autre homme n’est pas déconsidéré, et au-delà d’une homosexualité de découverte réciproque entre jeunes gens, il y a une homosexualité de domination ou de revanche envers plus jeune que soi ou envers l’Occidental. L’homosexualité de plaisir choisie comme telle est vilipendée. […]

Les successeurs de Jésus

Les homosexuels entretiennent une équivoque entre ce que l’on suppose être la parole du Christ et le christianisme tel qu’il s’est figé au cours des siècles, et notamment à partir des Xe et XIIe siècles où les moines célibataires se sont livrés à un travail de sape et de déformation des évangiles. Jusqu’à l’invention du mot « homosexuel », ce qui fut réglementé sous la forme d’interdits draconiens c’est, nous le répétons, la jouissance. La mise au jour récente de textes répressifs montre que Jésus ne s’est en rien préoccupé de condamner l'homosexualité en tant que telle. Mais sa légende d’homme célibataire né d’une femme vierge a forgé une haine du sexe dont nous portons encore les conséquences. Il peut paraître aujourd’hui invraisemblable que les ecclésiastiques aient pu s’épuiser pendant des siècles à tenter de construire toute une morale sur cette incongruité physiologique : une femme engendre un dieu de chair sans qu’un homme la pénètre. D’où l'abomination des menstrues qui signalent la réalité chamelle du cycle fécondateur, d’où refus du corps - surtout féminin - qui doit voiler tout ce qui provoque la concupiscence, d’où exégèses sans fin pour savoir à partir de quel moment il y a plaisir, donc péché. L’homosexualité s’inscrit dans le droit de cet interdit du plaisir sexuel qui n’aurait pas, en dernier recours, l’excuse de la procréation. Hors du vase naturel, point de salut. Onanisme, sodomie quel que soit le sexe du partenaire, contraception, adultère, et bien sûr avortement sont toutes actions infamantes, au même titre et pour longtemps.

Hugo Marsan



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