Thursday, June 30, 2011

Psychisme & guérison




En médecine, l’action la mieux étudiée du psychisme sur le corps se nomme l’effet placebo. Il est très utilisé en pratique médicale et en recherche pharmacologique pour évaluer l'activité chimique réelle d'un médicament. Le placebo est un faux médicament, une substance inactive administrée à un malade qui croit prendre un vrai médicament, Dans certains cas, le résultat est tel que le placebo soigne de façon satisfaisante, mais induit également les mêmes conséquences indésirables (nausées, vertiges...) que le produit qu'il remplace. Ce phénomène existe, chez les très jeunes enfants, y compris les bébés, et même chez des animaux domestiques. En plus de cet effet spécifique, orienté par le thérapeute qui attend d'une substance inerte un résultat précis, il existe un effet psychique dont l’origine est inconnue, Il fonctionne pour n'importe quelle maladie, c’est la guérison inexpliquée, le miracle. Les placebos antalgiques (antidouleur), le sport, le rire et plus généralement les sources de plaisir stimulent chez l’homme la sécrétion de morphines naturelles - les endorphines -, susceptibles de soulager. Par ailleurs, des expériences prouvent que le psychisme influe sur des paramètres organiques tels que la tension artérielle, l'acidité de l'estomac ou le nombre de globules blancs. Le psychisme aurait même un rôle important, complémentaire des thérapeutiques, en matière de cancérologie. Une de ces expériences consiste à enfermer dans trois cages différentes des rats de la même espèce, à qui une tumeur cancéreuse a été greffée.

Dans la cage n° 1, on laisse évoluer les rats et leurs cancers sans intervenir. Dans la cage n° 2, les rats reçoivent des chocs électriques d'intensité, de durée et de survenue aléatoires, de sorte qu’ils ne savent jamais ni quand ni combien de temps ils vont avoir mal. Dans la cages n° 3, l'expérimentateur envoie les mêmes décharges électriques que dans la cage n° 2, mais les rats ont à leur disposition une manette leur permettant d'interrompre à tout moment le choc, ce qu'ils font très rapidement. Au bout d’un mois, 50 % des rats de la cage n° 1 ont rejeté la tumeur ; dans la cage n° 2, ils sont seulement 34 %. Conclusion : le stress incontrôlable est cancérogène. En revanche, dans la cage n° 3, 64 % des rats rejettent la tumeur : le stress maîtrisé aurait donc, un effet anticancéreux.

En médecine, un des meilleurs facteurs de guérison du cancer du sein semble être la réaction, au diagnostic. Les femmes qui décident rapidement de lutter sont plus nombreuses à guérir que celles qui se croient "fichues". Certains chercheurs pensent que le psychisme commanderait à notre organisme de sécréter massivement des substances anticancéreuses, comme les interférons par exemple. Ces molécules, utilisées en thérapeutique, existent aussi à l’état naturel dans nos cellules. C'est pourquoi de plus en plus d'hôpitaux mettent en place dans les services de cancérologie des psychothérapies ou travaillent en collaboration avec des psychothérapeutes.

Patrick Lemoine, psychiatre, Centre hospitalier spécialisé Le Vinatier, Bron.

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