Tuesday, September 16, 2014

La véritable élite selon René Guénon


 photo CLEOPATRE2_zps24d50030.gif



La politique n'a pas de sens pour Guénon : « Nous n'avons que la plus parfaite indifférence pour la politique et tout ce qui s'y rattache de près ou de loin, et nous n'exagérons rien en disant que les choses qui ne relèvent pas de l'ordre spirituel ne comptent pas pour nous. »



Cette position, explique Erik Sablé, était particulièrement remarquable à une époque où les passions politiques étaient d'une rare violence, avec d'un côté les Camelots du roi, les Jeunesses patriotes de Taitinger. les Croix de Feu et les Volontaires nationaux du colonel de La Rocque, et de l'autre, les socialistes, les communistes, la CGT, les anarchistes. La société était profondément polarisée et la démocratie impuissante face à la montée des totalitarismes.



L'indifférence de Guénon à la politique lui aura permis de ne pas tomber dans les pièges des prises de position partisanes, à la différence de nombreux intellectuels de l'époque. Dans Orient et Occident, il considère le mouvement bolchevique comme « nettement antitraditionnel, donc d'esprit entièrement moderne et occidental ». Dès 1931, il ne manque pas une occasion de parler avec mépris des « racistes allemands » à propos des nazis. Pour lui la notion de « race » est « une concession plutôt fâcheuse à certaines idées courantes, qui sont assurément fort éloignées de toute spiritualité », écrit-il dans la critique d'un article de Julius Evola paru dans la Vita italiana, en septembre 1938. Dans Le Symbolisme de la croix, il écrit : « Nous laissons entièrement de côté, cela va sans dire, l'usage tout artificiel et même anti-traditionnel du swastika par les "racistes allemands" qui, sous l'appellation fantaisiste et quelque peu ridicule de hakenkreuz ou "croix à crochets", en firent très arbitrairement un signe d'antisémitisme, sous prétexte que cet emblème aurait été propre à la soi-disant "race aryenne", alors que c'est au contraire [...] un symbole réellement universel. » De même, à propos du fascisme, il affirme dans une lettre à R. Schneider datée du 6 janvier 1937 : « Il y a de singulières ressemblances entre les emblèmes du fascisme et ceux d'une certaine "Maçonnerie noire" qui n'avait d'ailleurs de maçonnique que le nom. »



A propos de l'Action française, s'il lui arrive de citer Jacques Bainville, et d'approuver certaines idées de Léon Daudet, il est très éloigné de la pensée maurrassienne xénophobe, raciste et antisémite. Il affirme nettement à plusieurs reprises que « le nationalisme est anti-traditionnel » et il consacre de nombreuses pages dans Orient et Occident ou dans La Crise du monde moderne à réfuter avec virulence les thèses anti-orientalistes et pro-occidentales de ce parti. A l'époque où il écrivait Orient et Occident, qui dénonce les méfaits de la présence occidentale en Orient, seuls les communistes et quelques groupes libertaires étaient fondamentalement anticolonialistes. Ce n'est pas pour autant que Guénon était anarchiste. Il ne l'était pas plus que partisan de l'Action française, et il jugeait l'agitation et le bruit faits à son époque par les différents partis avec hauteur, distance, et rapportés à la pensée traditionnelle, comme autant d'illusions.



D'une manière plus générale, c'est la démocratie elle-même qu'il remettait en cause. Elle lui semblait une expression parfaite du « règne de la quantité » Il nous faut encore insister sur une conséquence immédiate de l'idée "démocratique", qui est la négation de l'élite entendue dans sa seule acception légitime […] Celle-ci, par définition en quelque sorte, ne peut être que le petit nombre, et son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle, n'a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la "démocratie", dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et aussi, par là même, [...] la qualité à la quantité, donc l'élite à la masse. »



Le système démocratique favorise les plus ambitieux, les plus agressifs, ceux qui veulent « réussir » et sont prêts à toutes les compromissions. « Comme l'égalité est impossible en fait, et comme on ne peut supprimer pratiquement toute différence entre les hommes, en dépit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un curieux illogisme, à inventer de fausses élites, d'ailleurs multiples, qui prétendent se substituer à la seule élite réelle [...] On peut s'en apercevoir aisément en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le présent état de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c'est-à-dire sur une supériorité tout extérieure et d'ordre exclusivement quantitatif, la seule en somme qui soit conciliable avec la "démocratie", parce qu'elle procède du même point de vue. » Et c'est bien ce qui se passe dans notre monde qui privilégie, en réalité, les valeurs les plus basses, celles du profit, tout en nous faisant croire que ce sont les plus méritants qui « gagnent ». C'est ainsi que l'on se retrouve gouverné par des êtres monstrueux d'avidité et de duplicité — et les grands discours humanitaires ne servent qu'à camoufler ce fait.



À l'inverse. « une élite véritable [...] ne peut être qu'intellectuelle ; c'est pourquoi la "démocratie" ne peut s'instaurer que là où la pure intellectualité n'existe plus, ce qui est effectivement le cas du monde moderne ». Cela signifie qu'une société harmonieuse doit être dominée par des êtres de spiritualité. Ils constituent la seule véritable élite car une société « normale », traditionnelle, doit se fonder sur le spirituel, comme c'était le cas dans beaucoup de villages afghans avant l'invasion soviétique. Les artisans du bazar faisaient souvent partie de tariqas soufies et le Sheikh (le maître spirituel) représentait l'autorité suprême. même s'il ne participait en rien à la vie de la communauté villageoise. Il était souvent une simple « présence », à l'image du roi taoïste dont le pouvoir ne s'exerce pas. ne se voit pas. qui demeure inconnu des hommes, mais qui est. par son rayonnement. la source d'une continuelle bénédiction pour le peuple. Il est l'expression du ciel sur la terre. Il reflète le Tao et maintient l'harmonie de l'univers dans son royaume. Dans l'ancien Tibet nous retrouvons cette prééminence du spirituel avec l'institution des Dalaï Lamas. Ces derniers représentaient « l'autorité spirituelle ». alors que les khans de Mongolie étaient le « pouvoir temporel », et chacun demeurait à sa place. Du vivant du 5ème Dalaï Lama, qui réunifia le Tibet, le dirigeant mongol Goushri Khan siégeait sur un trône plus bas que le chef spirituel du pays des neiges pour bien marquer le rapport de hiérarchie entre les deux hommes. Goushri Khan ne demanda comme récompense. pour avoir largement participé à l'unification du pays, que la seule bénédiction du chef spirituel des Tibétains.



Chez les anciens Celtes, les druides étaient entourés d'un très grand respect et tout le monde leur obéissait, y compris les rois. Ce sont eux, d'ailleurs. qui veillaient à ce que le choix du roi se fasse dans les meilleures conditions et soit « régulier et bénéfique ». Comme le dit Françoise Le Roux : « La royauté celtique a vécu à l'ombre et pour ainsi dire sous la protection du sacerdoce druidique. » Le recrutement des druides n'était pas héréditaire et tous ceux qui le désiraient et en avaient la capacité pouvaient suivre l'enseignement pour devenir druide.



On a caricaturé le système des castes de l'Inde ancienne. On a oublié que « plus le rang est élevé dans la société, plus les obligations morales et les restrictions sont sévères ». Un brahmane, la caste la plus élevée, celle qui détient la connaissance, « ne peut posséder que très peu de biens matériels [...] En revanche, un membre de la caste artisanale, un shudra, a beaucoup plus de liberté. À tel point que les bateliers du Gange, quand ils se disputent, se menacent mutuellement : "Par ma malédiction tu renaîtras brahmane..."»



Cependant, toutes les sociétés traditionnelles sont loin d'avoir un système de castes aussi rigide qu'en Inde ancienne. Dans la société pharaonique, un « fils de paysans peut prétendre aux plus hautes fonctions de l'État ». C'est ainsi qu'un personnage aussi important qu'Imhotep, grand prêtre d'Héliopolis et organisateur de tous les grands chantiers de l'époque. était un simple fils d'agriculteur. Amenhotep, l'un des plus grands sages reconnus de l'ancienne Égypte, qui fut l'éminence grise du roi et de la reine Tiyi, était le fils d'un petit fonctionnaire. Senmout, ministre et architecte de la reine Hatcheptout, était l'enfant d'un modeste artisan. Des prêtres étaient même chargés de repérer les enfants aptes à suivre l'enseignement sacré des Temples. Ces derniers devenaient médecins, officiers, scribes, prêtres, etc., en fonction de leurs qualités, de leurs aptitudes, pour que se perpétue l'enseignement sacré sur lequel était fondée la civilisation de l'ancienne Égypte.



Dans ces sociétés traditionnelles, la caste sacerdotale dûment choisie était donc la gardienne de la Tradition. Les prêtres étaient l'axe autour duquel gravitait la vie sociale, ils étaient la source de l'harmonie du royaume. Sans leur présence, les individus ne pouvaient que s'égarer, et la société sombrer dans le chaos.



Toute société humaine se retrouve finalement gouvernée par une élite. Même le communisme, qui voulait abolir la hiérarchie du monde bourgeois, se retrouva dirigé par une caste de privilégiés, peut-être plus tyrannique et violente que celle qu'ils avaient bannie. Le problème est simplement de savoir quelle élite nous voulons avoir. Est-ce celle de la finance, de la noblesse, de penseurs médiatiques, de techniciens, ou même de l'apparence, comme on le voit avec l'importance actuelle des acteurs. des actrices et des mannequins ?



Les sociétés traditionnelles, au sens où l'entendait Guénon, ont toujours privilégié les personnes consacrées à la quête du spirituel. Une élite que nous avons oubliée depuis longtemps et qui n'appartient même plus à nos références scolaires.



Une expression populaire parle de « marcher sur la tête ». Nous pouvons dire que la modernité « marche sur la tête ». Elle a renversé la hiérarchie véritable et les valeurs de sagesse qui en découlent. Ce qui doit être normalement en haut se retrouve en bas, et le bas domine, pour le plus grand malheur de l'être humain.





7 comments:

  1. Anonymous7:42 AM

    Guénon n'ignorait pas les méfaits de la franc-maçonnerie noire (qui n'a plus aucun rapport avec la maçonnerie traditionnelle des métiers). Les loges noires contrôlent le monde.

    ReplyDelete
  2. Robert Lichtron9:27 AM

    Un Dalaï Lama cité en exemple de la vertu des chefs spiritueux sur Bouddhanar! Félicie vous devenez folle de la Messe!

    ReplyDelete
  3. La « pacification » du Tibet par les Mongols ne devait pas être très pacifique.
    En outre, le 5ème Dalaï-lama serait, selon des lamas tibétains dissidents, le produit d'un complot contre-initiatique (Guénon doit se retourner dans sa tombe). Curieusement, la machination qui a permis d'introniser le 5ème dalaï-lama coïncide avec l'arrivée des jésuites au Tibet.

    ReplyDelete
  4. Anonymous7:10 PM

    "La Compagnie de Jésus est la société secrète la plus structurée et sans doute la plus active sur la terre. C’est, en tout cas, le seul groupe qui ait réellement des pouvoirs occultes concentrés et efficaces. Cela est ignoré par la plupart des gens qui croient que les jésuites sont un ordre ecclésiastique dédié à l’éducation de la jeunesse issue de la bourgeoisie. Et il est vrai que nos élites occidentales sont passées par ce moule, mais être un élève des jésuites ne fait pas de vous un jésuite. Cela vous marque tout au plus, comme une trace psychique.

    Les jésuites initiés, c’est tout autre chose. Nous ne parlons pas du père jésuite de base, assez sympathique au demeurant, que vous avez pu croiser dans un collège, une organisation sociale ou un centre éducatif. Non, nous parlons des initiés, les Profès du grade du 4e Vœu. C’est parmi eux qu'est recruté le gratin de la cour luciférienne, les véritables illuminati...

    ReplyDelete
  5. Anonymous7:12 PM

    (SUITE)


    La Piste jésuite La Piste jésuite Joël Labruyère
    Qui sont les jésuites et que veulent-ils?

    Auteur: Joël Labruyère

    La Compagnie de Jésus est la société secrète la plus structurée et sans doute la plus active sur la terre. C’est, en tout cas, le seul groupe qui ait réellement des pouvoirs occultes concentrés et efficaces. Cela est ignoré par la plupart des gens qui croient que les jésuites sont un ordre ecclésiastique dédié à l’éducation de la jeunesse issue de la bourgeoisie. Et il est vrai que nos élites occidentales sont passées par ce moule, mais être un élève des jésuites ne fait pas de vous un jésuite. Cela vous marque tout au plus, comme une trace psychique.

    Les jésuites initiés, c’est tout autre chose. Nous ne parlons pas du père jésuite de base, assez sympathique au demeurant, que vous avez pu croiser dans un collège, une organisation sociale ou un centre éducatif. Non, nous parlons des initiés, les Profès du grade du 4e Vœu. C’est parmi eux qu'est recruté le gratin de la cour luciférienne, les véritables illuminati.

    Les chefs des illuminati sont des jésuites d’un grade supérieur ?

    Les illuminati sont de vrais jésuites et vice-versa. Il ne peut pas en être autrement. Les jésuites ont fondé le célèbre ordre des Illuminés de Bavière qui est devenu un leurre pour les amateurs de curiosités initiatiques. Si cet ordre était vraiment une société secrète, vous ne le connaîtriez pas. Car ce qui est vraiment secret demeure secret. Par contre, l’ordre intérieur des jésuites est une véritable société secrète. Et vous n’en connaissez rien, ni vous, ni aucun soi-disant ésotériste. Lisez les livres d’occultisme et tout ce qui touche aux sociétés secrètes, et vous n’en trouverez, tout au plus, qu’une timide allusion.

    Les gens ont-ils peur d’en parler, ou est-ce parce que cela est si secret que rien n’en transparaît ?

    Lorsqu’on explique à des gens qui se gargarisent avec le complot des illuminati que tout repose sur la société des jésuites, il y a comme un flottement. Les gens ont été conditionnés à ne voir dans les jésuites qu’un groupe de prêtres en noir qui rasent les murs. C’est l’image que les jésuites ont voulu donner, afin qu’en les prenant pour des religieux, au demeurant parfaitement repérables, on ne puisse imaginer à quel point leur duplicité dépasse les normes. Chez eux, tout est paradoxal et extrême. Nous parlons des jésuites des hauts grades car, encore une fois, les jésuites de la base ne sont pas initiés aux secrets de l’ordre, quoiqu’ils forment un bataillon de soldats obéissants prêts à remplir n’importe quelle mission. On ne recrute qu’un seul initié sur quarante candidats qui, écoutez bien, ont été préparés pendant quinze ou vingt ans !

    Source : Centre de recherche sur l'Ordre Mondial
    http://www.crom.be/documents/la-piste-jesuite

    ReplyDelete
  6. kenker10:27 AM

    Merci pour ce post de La Piste Jésuite de J. Labruyère, un des rares penseurs spirituels contemporains à proposer un projet concret de résistance ACTIVE (Nova Polis), mettant en lumière le piège de l'ordi qui fait croire que comprendre seul devant l'écran permet de lutter. Les Jésuites sont une armée qui nourrie depuis 4 siècles la part obscure de l'homme, poussant de plus en plus l'humanité vers le bas. Aujourd'hui la situation est catastrophique. Ils ont coupé les liens avec les systèmes traditionnels antiques (prenons l'exemple de l’Égyptologie qu'ils ont étouffé et dé spiritualisé ou des derniers liens avec la Grèce Platonicienne qu'ils galvaudent en matérialisme politique). Le résultat est là, ne restent que deux seules visions pour l'avenir: soit une obsession matérialiste qui conduit à la folie généralisée et à l'avènement du transhumanisme soit une fausse spiritualité via les religions qui s'opposent en apparence alors qu'elles servent les mêmes intérêts. La ou les Jésuites montrent leur force spirituelle maléfique, c'est que les masses n'ont toujours pas compris que nous étions en guerre et qui était l'ennemi.

    ReplyDelete
  7. Anonymous9:30 PM

    "Le nationalisme est antitraditionnel". Soral et de tous les "patriotes" se réclamant de Guénon devraient méditer cette phrase...

    ReplyDelete